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Le Déporté (1950) – Les masques tombent sous le soleil de Toscane

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1950
Réalisation

Robert Siodmak
Titres alternatifs

Deported
Interprètes

Märta Torén, Jeff Chandler, Claude Dauphin, Marina Berti, Silvio Minciotti, Carlo Rizzo, Mimi Aguglia...

Le Déporté est le moins connu des films que Robert Siodmak a livrés pour Universal. Ce n’est pas non plus le plus spectaculaire. Dans une filmographie marquée par des films se distinguant par une bonne dose de sensualité, de suspens et de personnages fous, Le Déporté est un film résolument différent, qui a finalement peu de choses en commun avec les autres œuvres du réalisateur.

Le Déporté 09
Le Déporté 07

Le Déporté est donc une œuvre marginale, à l’instar de son personnage principal, Vic, gangster d’origine italienne, expulsé des États-Unis vers son pays natal. On ne sait pas vraiment ce qu’il a manigancé à New York, mais force est de constater qu’il compte bien relancer son petit business en Italie. Toutefois, sa rencontre avec une comtesse veuve l’amène à revoir ses ambitions.

Pour le spectateur, le doute, quant à la sincérité ou la mauvaise foi du bonhomme, restera maintenu durant toute la durée du film, assurant un suspens de tous les instants. Dans le même temps et pour la réflexion, Le Déporté s’avère tout aussi pertinent en ces temps où l’émigration suscite tant de débats.

Nominé aux Oscars pour son interprétation d’un gentil apache dans La Flèche brisée (1950), Jeff Chandler quitte les Westerns et l’action afin d’endosser le rôle de ce déporté, anti-héros inspiré par le gangster Lucky Luciano. Considéré comme le père du crime organisé moderne, le malfrat est chassé des USA en 1946. Lucky Luciano s’installe alors à Naples et continue de s’illustrer salement, osant même organiser un Yalta du crime à Palerme. La vie tumultueuse de l’original se verra transposée sur le grand écran à plusieurs reprises, entre autres par Gian Maria Volonté et Joe Dalessandro dans, respectivement, Lucky Luciano (1974) et Cotton Club (1984). Toutefois, dans le film de Robert Siodmak, s’il se voit également expulsé vers son pays natal, l’Italie, l’analogie avec le triste sire s’arrête là.

Le Déporté préfère exploiter ce personnage fondamentalement mauvais pour porter un message sur l’importance que peut revêtir sur chaque individu l’influence du collectif. En résumé, si son rayonnement est positif, empreint d’empathie et de reconnaissance, une chance existe que la communauté parvienne à ériger un citoyen à son image… En revanche, si l’atmosphère est injuste et méchante, ne soyez pas surpris d’enfanter des vauriens.

Le Déporté 02
Le Déporté 04

Dans une interview, Robert Siodmak affirmait qu’il avait voulu, pour illustrer son propos, s’inspirer du néoréalisme italien. Le style qui émergea après la guerre de manière accidentelle en raison de la pénurie de plateaux de tournage et de moyens, présentait le quotidien des gens tel quel, en filmant la rue et ses habitants. Pour l’aider dans son entreprise, Siodmak engage le cameraman William H. Daniels, crédité l’année précédente d’un Oscar pour son travail sur La Cité sans voiles (1948). Le film noir se distinguait par son tournage au cœur des rues new-yorkaises bondées.

Robert Siodmak, pour sa part, exploite surtout la Toscane, ici baignée de soleil. Le Déporté s’avère d’ailleurs un investissement non négligeable pour Universal en raison des extérieurs importants, mais pas seulement. En effet, le film bénéficie également de la présence de nombreux figurants pour former la foule du village qui se rassemble en masse en fin de métrage. Au final, on peut dire que le film offre également des images splendides de l’Italie d’après-guerre.

Toutefois, à travers ce mafieux égoïste qui grandit au contact d’une population bienveillante de villageois privés de tout, Le Déporté reste exemplaire en démontrant intelligemment l’importance que revêt le contexte social pour chaque individu. Ainsi, en s’éloignant du visuel qui prévalait dans le cinéma hollywoodien des années 40, le spécialiste du film noir livre un film pertinent sur la complexité de la nature humaine.

Informations complémentaires :

Après La bataille des sables (1949), Le Déporté est la deuxième collaboration entre Jeff Chandler et Märta Torén. La belle n’était pas italienne mais suédoise, ce qui n’est tout de même pas tout à fait la même chose. Sa courte carrière, en raison d’une mort prématurée, ne lui a pas beaucoup permis de briller au cinéma, en dehors de Sirocco (1951) dans lequel elle est aux côtés de Humphrey Bogart. Toutefois, l’actrice se montre élégante dans Le Déporté et l’on comprend que notre héros se demande si finalement il ne devrait pas revoir à la hausse ses valeurs pour se mettre au diapason de la comtesse.


La vénéneuse Marina Berti, qui joue bien des tours à notre héros, est réellement italienne en ce qui la concerne. Marina Berti aura une carrière bien plus longue en choisissant de rester en Italie où elle se spécialisera dans le péplum. Elle restera également fidèle au bis italien puisqu’on la retrouve même dans des petits rôles au sein de La bête tue de sang-froid (1975) où La lame infernale (1974).


TEST DU BLU-RAY/DVD


Éléphant Films propose ce film méconnu de Robert Siodmak dans un beau noir et blanc et une bande-son originale irréprochable.

En bonus, le fascinant Jean-Pierre Dionnet évoque le film avec passion.

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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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