Un texte signé André Quintaine

Tchécoslovaquie - 1970 - Otakar Vávra
Titres alternatifs : Kladivo na carodejnice
Interprètes : Elo Romancik, Vladimír Smeral, Sona Valentová, Josef Kemr, Lola Skrbková, Jirina Stepnicková, Marie Nademlejnská, Miriam Kantorková, Lubor Tokos...

retrospective

Le Marteau des sorcières – intemporel

Lorsque Le Marteau des sorcières sort dans les salles à la fin des années 60, le Printemps de Prague s’essouffle déjà et l’invasion soviétique impose une normalisation à la Tchécoslovaquie qui prône alors une relative libéralisation.

Artistes et autres libre-penseurs doivent alors faire face à des intimidations et menaces et c’est à travers une métaphore à peine voilée que le réalisateur tchèque Otakar Vávra livre son propos dans Le Marteau des sorcières.

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Persécutions à travers temps

Le film s’ouvre sur une scène touchée par la grâce de Dieu, louant la beauté et la grâce de la Femme. Des filles d’Eve, nues, peu ou prou, batifolent, prennent un bain en toute quiétude.

Ces plans pénétrés d’innocence, de délicatesse et de spontanéité naturelle, sont entrecoupés des vociférations d’un mâle débordant de rancœur. Sale et mal rasé, il verse son fiel sur les femmes, proférant des paroles de haine et de fureur.

Lorsqu’une vieille dame se met en tête de dérober une ostie à l’église du village pour “guérir” une vache qui ne donne plus de lait, elle ne sait pas encore qu’elle a tout simplement créé l’alibi qui permettra à certains hommes de décharger leur frustration.

Dans ce larcin, l’Église ne voit qu’un acte de superstition inoffensif. D’autres cependant, décèlent dans ce chapardage une hérésie démontrant la présence du Mal dans la région. Pour eux, réciter quelques Pater Noster ne suffira pas à faire reculer le Diable.

Dès lors, craignant pour sa réputation et son prestige, la comtesse de Galle entreprend les démarches nécessaires afin de déterminer à quel point le culte du Malin a contaminé son domaine. Elle fait appel à un chasseur de sorcières à la retraite… Franz Boblig von Edelstadt n’est pas un tendre, son intransigeance est sa marque de fabrique. Grâce à l’aide de son bras droit pratiquant l’art de la torture, il ne rencontre pas de difficulté pour faire avouer leur culpabilité aux trois premières accusées. Terrifiées, celles-ci vont même jusqu’à dénoncer les complices qui participaient à leurs sabbats imaginaires.

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Inquisition partout, justice nulle part

La servante de Lautner déclare à son maître “N’importe qui peut m’insulter. Et quand il le veut”. Lautner lui répond : “Quand tu trouveras un homme qui te plaît, tu te marieras et vivras en paix”.

En d’autres termes, pour être en sécurité, une femme du 17e siècle doit vivre sous la protection d’un homme. Être émancipée, c’est être à la merci du tribunal d’inquisition dont les juges sont également de sexe masculin.

En somme, quoi qu’elles fassent, les femmes sont sous le joug des hommes.

Dans ce contexte, les tortures qu’elles subissent lorsqu’elles sont accusées de sorcellerie ne sont finalement rien d’autre que les manifestations les plus perverses d’un système discriminatoire qui les soumet aux hommes.

Une telle répression est possible parce qu’elle s’appuie sur un système ne combattant pas les injustices et déséquilibres. Pire, elle organise même les inégalités en permettant à certains d’abuser de leur pouvoir.

Si l’inquisition est la thématique du Marteau des sorcières, difficile de ne pas aussi inscrire le film dans le contexte difficile où se trouvait la Tchécoslovaquie de l’époque…

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Exploitation culturelle

Quoi qu’il en soit, en cette année 1970, Le Marteau des sorcières détonne avec son superbe noir et blanc qui ne colle décidément pas aux canons des films d’exploitation tels que Le Trône de feu ou La Marque du diable qui connaissent alors un réel engouement.

Le film d’Otakar Vávra fait preuve de velléités plus culturelles. C’est d’ailleurs le plus fidèlement possible et implacablement que le récit s’attache à raconter, tel un documentaire, les procès de sorcières qui se sont déroulés à la fin du 17e siècle dans le village de Groß Ullersorf.

Dès lors, grâce à un déchaînement de scènes qui ne peuvent susciter que l’effroi, Le Marteau des sorcières ne perd jamais l’attention du spectateur, même lorsque l’on est déjà initié aux films s’intéressant à l’inquisition.

La narration évite cependant le spectaculaire et le sensationnel. Ainsi les tortures se déroulent hors champs. En revanche, on ne nous épargne pas l’humiliation que subissent les femmes. Les scènes sont effroyables, mettent mal à l’aise.



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Article rédigé par : André Quintaine

Ses films préférés : Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

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