|
|
Nationalité |
Hammer, un nom qui fait rêver. Le célèbre studio britannique fait frissonner depuis des décennies les amateurs de sang et de monstres cachés dans l’ombre. La Hammer réussit à s’imposer au début des années 50 grâce à son adaptation de Frankenstein, faisant entrer dans la légende Christopher Lee et Peter Cushing. En 1961, le studio doit produire un film pour la Universal à la suite d’un accord. Il se tourne vers un projet proposé par le romancier George Baxt, Le spectre du chat. Le film conte l’histoire d’un chat harcelant les meurtriers de sa maîtresse pour la venger.

Tourner autour du Poe
Dès l’introduction, le film pose son cadre, Le spectre du chat rend hommage à l’œuvre d’Edgar Allan Poe. La victime lit Le corbeau juste avant d’être attaquée par des personnes en qui elle avait confiance.
Le spectateur découvre cette violente tragédie du point de vue de Tabata, la chatte. Par la suite, le félin harcèle et attaque les coupables. Son but est de les pousser à la folie et la mort. Il s’agit d’une référence à une autre histoire de Poe, Le Chat noir. La créature apparaît comme une entité diabolique lorsque l’action est filmée de son point de vue. Cette vision combine une caméra au ras du sol et une image déformée. La mise en scène joue également sur l’ombre et la lumière pour donner l’impression que le chat est partout. Il apparaît ainsi en démon aux yeux des personnages et du public.
Comme dans le corbeau et dans Le cœur révélateur, les personnages sont submergés par la culpabilité et la peur d’être attrapés. Si le public envisage cette histoire d’un point de vue plus réaliste, le chat devient le symbole de cet état. Le métrage écrit tout au long de son déroulé une lettre d’amour à l’auteur tourmenté et son univers gothique. Donner la mort n’est pas montré comme un acte anodin. La scène tragique est oppressante. Les gros plans sur des objets et des parties du corps font sentir le poids de l’action. La malédiction du chat prend tout son sens. Les coupables doivent ressentir la peur de leur proie. Le mari de la victime et tête pensante de l’opération meurtrière perd tout. Sa famille se déchire, sa raison vacille et il finit par voir sa propre demeure s’écrouler sur lui. Ce dernier évènement convoque ainsi le souvenir d’une autre célèbre œuvre de Poe, la chute de la maison Usher. La Hammer prend plaisir à produire des récits gothiques, sombres, cyniques, mais surtout moralistes.


Jugement social
L’hommage n’est pas gratuit, au travers de cette histoire de chat tueur, Le film est une critique de la classe aisée. Les protagonistes sont riches et pensent être au-dessus des lois lorsque cela touche à l’appât du gain. Ils ne pensent qu’à l’argent et ne parlent que d’argent. Cette obsession permet au spectateur de rapidement comprendre que cette famille est désunie, et capable de s’entretuer. Pour accentuer leur noirceur, le réalisateur les oppose aux domestiques. Ceux-ci vivent dans la peur, celle de perdre leur travail et moyen de survie, mais également la peur d’être arrêtés. Ils sont à la merci de la classe supérieure qui les utilise en ne témoignant jamais une once de respect. C’est un rapport de pouvoir, les dominants contre les dominés. Ce point est souvent illustré par une alternance de plongée et contre-plongée. Les employés sont toujours oppressés, que ce soit dans l’espace occupé, dans le cadre ou dans leur interaction. La vision déformée du félin appuie encore cette impression de malaise au sein du foyer.
La seule source de lumière de la maison émane du personnage de Beth, la jeune nièce de la victime. Elle traite tous les personnages avec bienveillance et respect, même lorsque ceux-ci se moquent de la jeune femme. Le chat la reconnaît d’ailleurs comme un modèle de vertu en allant à sa rencontre et en acceptant de recevoir ses caresses.


Une société patriarcale
Le dernier point que met en lumière le félin est la misogynie. Les femmes sont toujours prises pour des idiotes, pourtant elles sont les seules à prendre conscience de ce qui se passe. La bonne et la belle-fille du patriarche savent que la mort et le malheur attendent la famille et cependant, les hommes les écartent en les traitant d’hystériques.
Néanmoins, les personnages dévorés par des émotions qu’ils ne contrôlent pas sont les hommes. Ils passent le métrage à ne prendre que de mauvaises décisions. Du côté de Beth, les choses ne se passent pas mieux. Désignée par la morte comme son unique héritière, le personnage est traité comme une enfant fragile. Pourtant, dès son arrivée, elle a l’intuition que quelque chose n’est pas normal. Grâce à sa ténacité, elle réussit à s’imposer face aux personnages masculins et mettre à jour la vérité. On réduit souvent la Hammer à ses scènes sexy, mais ce serait sous-estimer le studio. Celui-ci propose fréquemment des personnages féminins plus complexes et forts qu’il n’y paraît.
![]() |
Le film bénéficie d'une sortie sur support physique : => Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci. => Spécificités du DVD/Bluray sur le site de SIN'ART
|
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> The Pirates Of Blood River de John Gilling
=> L’impasse aux violences de John Gilling
Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


