Un texte signé Alexandre Lecouffe

France - 1978 - Alain Payet
Titres alternatifs : Nathalie rescapée de l'enfer
Interprètes : Patrizia Gori, Jack Taylor, Jacqueline Laurent

retrospective

Nathalie dans l’enfer nazi

Véritable emblème de la série Z et du film d’exploitation, extrêmement féconde dans les années 60 et 70, la firme française Eurociné est connue des amateurs de cinéma bis pour avoir produit un nombre incalculable de navets en tous genres (LE LAC DES MORTS VIVANTS de Jean Rollin, 1980 ; DARK MISSION, 1988, de Jess Franco, un habitué de la maison…). Après avoir exploité le filon de l’épouvante puis la mode du WIP (Women In Prison, sous genre assez populaire dans les années 70 depuis le 99 WOMEN de Jess Franco), Eurociné va s’intéresser à un dérivé douteux du « film de prison de femmes », la « nazisploitation ». Si les Italiens sont allés assez loin dans cette catégorie qui mélange perversions sexuelles et nazisme (dont le complexe mais déplaisant PORTIER DE NUIT de Liliana Cavani, 1976, est certainement à l’origine), les Français sont restés beaucoup plus sages, à l’image de ce NATHALIE DANS L’ENFER NAZI qui relève davantage du drame sur fond de Seconde Guerre mondiale. Aux commandes du film se trouve Alain Payet qui après avoir été l’assistant de Philippe Labro, deviendra un stakhanoviste du film X (plus connu sous le pseudo de John Love) jusqu’à son décès en 2007.
Dans un petit village russe occupé, des partisans attaquent un convoi allemand et Nathalie, une jeune femme médecin qui se trouvait non loin du lieu de l’attentat est soupçonnée de complicité et arrêtée. Un agent des services secrets russes (sous couvert de la Croix Rouge) lui rend visite en détention et la charge d’une mission, celle de prendre contact avec une informatrice détenue dans le Château de Stilberg. Nathalie est donc envoyée vers cette nouvelle prison où elle retrouve le lieutenant Muller qu’elle avait sauvé lors de l’attaque dans son village et elle fait aussi la connaissance de la maîtresse des lieux, la cruelle Helga Horst. Cette dernière, qui « dresse » ses prisonnières avant de les mettre dans son lit, voit d’un mauvais œil l’indifférence de Nathalie à son égard et surtout le début d’idylle qui semble naître entre la jeune doctoresse et le lieutenant Muller…
Le premier point positif de NATHALIE DANS L’ENFER NAZI est de ne pas paraître trop « fauché » ou bâclé : le film s’ouvre une scène d’action assez efficace avec fusillade, explosions et corps brûlés puis les séquences s’enchaînent de manière fluide jusqu’à l’arrivée de Nathalie (Patrizia Gori) à Stilberg. L’action se concentre alors dans les différentes pièces du château-prison soit un bureau, une salle à manger, une chambre et une cave ; si la simplicité et l’étroitesse des lieux sont à l’image du budget, ils permettent cependant d’apporter une touche de théâtralité et d’irréalité qui sied bien au film. Celui-ci en effet n’a pas pour but la recherche d’un quelconque réalisme mais joue plutôt, en huis-clos, avec les ficelles du mélodrame (une héroïne fleur-bleue confrontée aux pires cruautés humaines) voire du conte de fées (la tortionnaire Helga : la sorcière ; l’officier obsédé par Nathalie : l’ogre ; Muller qui l’aime et la protège : le prince charmant). Ce qui prime en effet est la relation à la fois pure et naïve qui va unir Nathalie au vertueux Muller (Jack Taylor, un habitué des films de Jess Franco) du chaste baiser à l’étreinte passionnée, le tout accompagné par une musique parfumée à l’eau de rose ! Et « l’enfer nazi » du titre alors ? Il se résume en fait à la pièce souterraine dans laquelle la maîtresse Helga fouette ses prisonnières récalcitrantes nues et enchaînées. L’actrice Jacqueline Laurent (LES POSSEDEES DU DIABLE de Jess Franco, 1974) en combinaison cuir et cuissardes, semble s’en donner à cœur joie dans ce rôle de gardienne lesbienne et sadique tout à fait pittoresque ! Au rayon des scènes « osées », mentionnons également une brève orgie/beuverie entre officiers et prostituées que Alain Payet (très cinéphile) semble avoir tournée en hommage à celle des SA dans l’immense LES DAMNES de Luchino Visconti (1969) ainsi que quelques séquences saphiques qui nous rappellent que nous sommes bien dans un film d’exploitation. On l’aura compris, NATHALIE DANS L’ENFER NAZI se révèle au final bien inoffensif et s’apprécie pour ce qu’il est en fait : un mélodrame teinté d’érotisme plutôt bien fichu.




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Article rédigé par : Alexandre Lecouffe

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