Un texte signé Jérôme Pottier

USA - 1982 - Philippe Mora
Titres alternatifs : Les Entrailles De L'Enfer
Interprètes : Ronny Cox, Bibi Besch, Paul Clemens, R.G. Armstrong, L.Q. Jones, Luke Askew

retrospective

The Beast Within

En 1982, le scénariste Tom Holland signe son premier script pour le cinéma, cela donne THE BEAST WITHIN, distribué dans notre bel hexagone directement en vidéo (chez Warner Home Video) sous le titre LES ENTRAILLES DE L’ENFER. Ce spécialiste du cinoche populaire horrifique enchaînera, les années suivantes, toute une palanquée de titres bien jouissifs (CLASS 1984, PSYCHOSE II, VAMPIRE VOUS AVEZ DIT VAMPIRE, JEU D’ENFANT). Il disparaît du grand écran au profit du petit dès les années 90, lorsque l’industrie US abandonne le créneau de la série B de qualité. Il devient, dès lors, l’adaptateur officiel de Stephen King. D’ailleurs, on retrouve un peu de l’univers de l’auteur de best-sellers fantastiques dans THE BEAST WITHIN…

La nuit, en pleine forêt, la voiture d’un couple de jeunes mariés tombe en panne sur une route isolée du Mississippi près de Nioba. Le mari part chercher de l’aide laissant seule sa blonde et son dogue. C’est alors que, du bois, surgit une affreuse créature qui tue le chien. Puis, ce monstre viole la jeune femme avant d’être abattu par la flicaille du coin. Dix sept ans plus tard, le fils de ce ménage est atteint d’une maladie inconnue. La famille décide de retourner à Nioba pour essayer de comprendre…

Nous voilà donc plongé dans la veine « Kingienne » avec un ado de dix-sept ans rongé par un mal qui le dépasse alors que ses parents semblent sombrer dans une folie douce. Le scénar’ aligne aussi les références à H.P. Lovecraft avec un protagoniste qui s’appelle Dexter Ward. La famille la plus détestée du village se nomme Curwin, encore un hommage à L’AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD et à son sorcier, Joseph Curwen. LES ENTRAILLES DE L’ENFER ne se contente pas, bien sûr, d’aligner les références, son réalisateur, le français Philippe Mora, tente d’installer une ambiance vraiment poisseuse.
Ce metteur en scène, passé à la postérité pour avoir signé l’un des plus grands nanards des 80’s, HURLEMENTS II (1985), trousse ici l’une de ses meilleurs pelloches, bien lugubre. Car si le script aligne pas mal de poncifs (ah le personnage du cul-terreux violent nécessaire à toute bonne série B US) et des rebondissements prévisibles, le métrage se suit sans déplaisir, grâce à une approche très premier degré, un vrai travail sur la photographie de Jack L. Richards et une excellente bande originale. Une partition composée par le légendaire Les Baxter, qui oeuvra sur quelques perles telles LES TROIS VISAGES DE LA PEUR (Mario Bava-1963) et LA CHAMBRE DES TORTURES (Roger Corman-1961). Mora ne se révèlera autant inspiré, par la suite, que sur le sympathique film de SF intitulé COMMUNION (1989) avec Paul Clemens.
Paul Clemens, qui interprète ici le jeune Michael atteint d’un mal étrange, campe un personnage inspiré par LE LOUP-GAROU DE LONDRES de John Landis tourné l’année précédente. Un peu falot, il est largement éclipsé par le reste du casting composé de ce qui se fait de mieux en matière de seconds rôles étasuniens. Le vétéran Ronny Cox est le père du jeune homme, déjà vu dans l’efficace ENFER MECANIQUE (1977) d’Elliot Silverstein il a surtout poursuivi une carrière très prolifique à la télévision. Le génial R.G. Armstrong, un des lieutenants de Sam Peckinpah, qui lui confia régulièrement des rôles de prêcheur fou, est le brave toubib du village. Autre habitué de Big Sam, L.Q. Jones, réalisateur du chef-d’œuvre méconnu APOCALYPSE 2024 (1975), endosse la défroque du gentil shérif. L’excellent Luke Askew (qui à promené sa mine dégarnie dans quelques films passés à la postérité comme LUKE LA MAIN FROIDE de Stuart Rosenberg en 1967, WILL PENNY LE SOLITAIRE de Tom Gries l’année d’après, LA LEGENDE DE JESSE JAMES de Philip Kaufman en 1972, PAT GARRET ET BILLY LE KID de Sam Peckinpah en 1973, etc.) cabotine, avec un malin plaisir, dans le rôle de Dexter Ward.
Cette distribution de rêve pour tout bon cinéphile qui se respecte achève de rendre indispensable la vision de ce petit film sans prétentions qui, entre autres joyeusetés, nous offre quelques moments bien salaces (les viols perpétrés par la créature) et des SFX sympathiques de Tom Hoerber (en particulier, une transformation plutôt gonflée). Pas vraiment un inconnu puisqu’il officiait sur L’ÎLE DU DOCTEUR MOREAU version Don Taylor (1977), LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino (1980) et MEURTRES A LA SAINT-VALENTIN de George Mihalka (1981) avant de devenir maquilleur pour la petite lucarne. En bref, un film indispensable à tous les nostalgiques du cinoche de genre estampillé 80’s.




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Article rédigé par : Jérôme Pottier

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