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Co-réalisation italienne de Poison Rouge et Domiziano Cristopharo, 61 Scorecard Killer met en scène l’un des meurtres du véritable tueur en série Randy Kraft dans un huis clos immersif.
Randy Craft a sévi comme tueur en série américain en Californie entre 1971 et 1983. La caméra le suit dans sa voiture en quête de sa prochaine victime. Son choix s’arrête sur un séduisant gigolo. Ce dernier ignore bien sûr qu’une avalanche de violence et de torture va s’abattre sur lui. Dans l’habitacle de la petite citadine, l’horreur absolue devient langoureuse et sensuelle, et par conséquent parfaitement dérangeante.

Un psycho killer
Loin des hommages classiques au giallo qui fleurissent depuis quelques années sur les grands écrans, 61 Scorecard Killer convoque malgré tout l’esthétique forte du cinéma italien des années 70. Mais sans musique ! En effet, seul un morceau électro évoquant la boite de nuit gay, apparait et uniquement la fin. Dans un plan d’autant plus marquant que le générique se déroule dessus. Mais avant cela, durant un peu plus d’une heure, le spectateur est enfermé avec la victime et le tueur dans un huis clos aussi étouffant que dérangeant.
Le silence de l’habitacle est déchiré par les soupirs et gémissements étouffés, les sanglots et bruits de lutte, mais aussi du crépitement de l’allume-cigare rougeoyant. L’ensemble forme une symphonie perturbante. La buée sur les vitres offre un filtre à l’image léchée et travaillée. Tout en tonalité bleutée, la photographie est d’une puissance évocatrice et surtout sensorielle, peignant les profils des deux personnages comme le faisait la pellicule autrefois. Il y a même un peu de grain, comme pour appuyer le lien avec le passé que tente de convoquer le film.
Huis clos et torture porn
61 Scorecard Killer n’est pas le premier film s’intéressant aux meurtres d’un tueur en série dans un espace clos, on peut penser notamment à L’étrangleur de la place Rillington réalisé par Richard Fleischer. Ici aussi, l’espace réduit est judicieusement utilisé. Chaque centimètre de l’intérieur de la voiture est exploité par un tueur imaginatif. Et chaque accessoire, chaque objet lui tombant entre les mains devient une arme particulièrement vicieuse. Si bien qu’après le visionnage, il sera difficile d’observer un allume-cigare ou un crayon de la même manière !
Hélas, quelques rares plans nous sortent du véhicule. Il s’agit de scènes abstraites sur fond blanc où le tueur partage ses émois et souvenirs. Ces scènes sont peut-être en trop, car elles interrompent le caractère immersif du film. La réalisation de ces plans adopte une approche expérimentale avec son décor d’une blancheur clinique tranchant avec l’obscurité de cette voiture garée de nuit dans une étendue de noirceur d’une nuit sans étoile, loin des lampadaires de la ville. Cela aurait pu être une bonne idée, mais a plus tendance à nous sortir du huis clos sans vraiment apporter de la densité au personnage. Il aurait été plus intéressant de laisser le tueur n’être qu’un anonyme, qu’un visage habité par ses pulsions.

Mise en scène sensorielle
Quasi muet, le film réussit pourtant à marquer le spectateur au fer rouge, cela est dû aussi bien à la mise en scène qu’à l’écriture. Chaque micro évènement, comme l’éveil de la victime, les phares d’une voiture passant au loin ou encore l’arrivée inopinée d’un voyeur, vient ponctuer cette torture qui n’en finit plus, briser l’horreur quelques instants pour nous placer dans la délicate situation d’éprouver de l’empathie pour le tueur. Ces micros évènements grâce à leur mise en scène y parviennent bien mieux que les quelques mots à son père.
Beaucoup de tueurs en série ont une relation complexe avec leurs parents, parfois responsables en partie de traumatismes qui vont nourrir leur psychopathie. Mais ici, il s’agit de lettres que le protagoniste écrit à son père. Un père absent qui est représenté par une silhouette noire apposée sur un mur et s’y décline. S’il est toujours sympathique de jouer avec les ombres ici, on sent plus la nécessité d’approfondir le personnage. Pour autant, ces lettres sont loin d’expliquer l’horreur qui nous est montrée. Aussi, cette relation à l’évocation plus que succincte paraît superflue d’autant qu’elle vient briser le huis clos jusque-là viscéral et angoissant.
Un casting à la hauteur
Bien sûr, le casting participe beaucoup à cette force immersive du film. Roberto Scorza prête ses traits allongés à l’assassin. Une paire de lunettes rondes lui donne d’emblée l’air d’un tueur en série californien, tout autant que ses manières très proprettes et son calme apparent. Le réalisateur, producteur et directeur de la photo réussi parfaitement à camper le personnage et, plus encore, à le rendre fascinant. Il est connu pour avoir travaillé sur Phantasmagoria et Ill: Final Contagium.
Face à lui, Alex D’Alascio au physique d’un chanteur de glam rock des années 80 joue le rôle de la victime. Ses cris résonnent assez peu, et on s’étonne de le voir jouer parfois dans la retenue, mais indéniablement, il captive le regard du spectateur. Sa carrière est plus réduite, sans doute parce qu’il a débuté celle-ci en 2019 avec XXX Dark Web sur les écrans italiens.
Une photographie baroque
Si la photographie et le travail sur le son sont indéniablement réussis et participent pour beaucoup au sentiment d’immersion et de sensorialité, le travail du maquillage et des effets spéciaux est également qualitatif. Le sentiment de réalité lors des tortures est particulièrement souligné par le soin apporté aux effets qui semblent pour la plupart pratiques. Et pour cela, il faut remercier Athanasius Pernath. Il s’agit de son 5e long métrage, ayant œuvré précédemment sur P.O.E.: Project of Evil ou encore Unburied Tales, ce qui rend son travail d’autant plus méritant.
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

