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Les Entrailles de l’horreur (2023) – Donner la vie, c’est du body horror ?

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
France
Année de production

2023
Réalisation

Violaine de Charnage

Avec son roman Les Entrailles de l’horreur, Violaine de Charnage s’empare de la thématique de l’interruption volontaire de grossesse pour livrer un pamphlet, ni pour ni contre…

Mandy versus les défenseurs de la vie…

Mandy a un polichinelle dans le tiroir mais n’en veut pas. C’est pourquoi elle décide de se rendre à la clinique la plus proche pour se débarrasser de l’indésirable. Sur le chemin, elle est accostée par Cherry et Terence qui ne l’entendent pas de la même oreille. Et, s’il le faut, le couple n’hésitera pas à y aller au forceps pour faire entendre raison à la jeune fille. En attendant, pour commencer, ils optent pour la méthode Annie Wilkes.

Tout comme le romancier du film Misery de Rob Reiner, Mandy se retrouve prisonnière de gens souriants, attentionnés, bienveillants. Contrairement aux énergumènes qui la vilipendaient à l’entrée de la clinique d’avortement, Cherry et Terence font preuve de compassion envers elle. À leurs yeux, Mandy est trop jeune, se laisse submerger par ses émotions, est incapable de réfléchir de manière logique et cohérente. Dès lors, ils ne doutent pas que ces quelques jours de recul imposés lui permettront de reprendre ses esprits et d’adopter la sage décision de conserver le cadeau du ciel qui se tortille dans ses entrailles.

Pour Violaine de Charnage, il aurait été tellement facile de prendre position pour son héroïne Mandy. Elle est jeune, elle veut vivre, elle ne veut pas de cet enfant qu’on lui impose. Son corps, son choix. Point barre. Un point de vue facile à défendre. Contre toute attente, l’auteure décide également de plaider en faveur du couple névrosé, en s’attachant plus particulièrement à Cherry.

Les auteurs du fantastique prennent souvent un malin plaisir à nous faire aimer les monstres. Qu’il s’agisse de la Bête, de la créature de Frankenstein, de Godzilla ou même de ce bon vieux Bub domestiqué par le Dr Logan, tous ont su faire vibrer notre cœur. Mais ici, Cherry souffre de maladie mentale et amener le public à apprécier une névrosée est une autre paire de manches. Rien d’insurmontable cependant, comme l’a dernièrement démontré Freddie Highmore en intercédant pour Norman Bates auprès du grand public.

Ainsi, plus le lecteur progresse dans la première partie du livre, plus il se détourne de Mandy, l’égoïste, pour s’attacher et ressentir de la peine envers Cherry la maudite, celle qui désire tellement un enfant que son rêve va tristement et inexorablement la faire basculer encore plus loin dans la folie.

D’autres personnages, tout aussi affligés et choyés par Violaine de Charnage, attendent le lecteur plus avant dans l’histoire. Comme Josh, potentiel tueur de masse, mais également looser et papa. Ou encore Cassie, la fille paumée mais sympathique. Quoi qu’il en soit, tous pourraient postuler au titre de héros du roman grâce à la plume sincère de l’auteure qui les défend bec et ongles.

N’empêche que ça fuse un peu dans tous les sens. On peut, d’ailleurs, se demander s’il n’y avait pas, là, matière à deux romans. En tout état de cause, cette variété permet à l’histoire de se différencier de celle de Right to Life signée, en 1998, par un Jake Ketchum en grande forme. La thématique de la novella rappelle effectivement celle des Entrailles de l’horreur. Mais, le kidnapping d’une jeune femme devant les portes d’une clinique d’avortement est surtout un prétexte. Celui de décrire diverses tortures, toutes plus horribles les unes que les autres, infligées à la malheureuse par un couple de pervers. Violaine de Charnage, pour sa part, s’entête plus courageusement à humaniser ses monstres.

Dès lors, la subversion proposée par le roman résulte principalement de la perception qu’ont les protagonistes de l’histoire de cet étranger qui s’installe épisodiquement dans le ventre des femmes. Plutôt que de se contenter de décrire l’aversion et la convoitise que représente l’acte d’enfanter, Les Entrailles de l’horreur préfère même s’intéresser à l’angoisse, organique, qu’incarne cet acte primitif. Certes, il n’y a rien de plus naturel que de donner la vie. Mais comme l’homme réfute son appartenance à la nature, il conçoit désormais tout élément extérieur comme pathogène, sentiment que l’on perçoit aisément à la lecture du livre de Violaine de Charnage.

Vivement ce jour où les bébés seront conçus dans des éprouvettes. En attendant, un accouchement reste du porno gore et Les Entrailles de l’horreur un sacré bon bouquin.

Un grand merci à Patryck Ficini, féru de littérature horrifique, pour ses remarques toujours pertinentes.


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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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