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La Neuvième Configuration fait partie de cette catégorie de films du 7e art dont on comprend, dès les premières secondes, que la vision sera une expérience inoubliable et unique. Autre particularité, La Neuvième Configuration évoque d’autres éminents chefs-d’œuvre du plus beau des arts, à la fois passés et à venir. Ainsi, la situation de ces mâles isolés du reste du monde dans un endroit incongru rappelle le cadre de La Forteresse noire (1983) et de The Thing (1982), tandis que l’humour, absurde, tend vers celui de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980). De manière plus prégnante, la trame rappelle celle de The Mansion of Madness (La mansión de la locura – 1973), tirée d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe : Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume.


Le film signé Juan López Moctezuma naviguait entre délire et cruauté alors que les détenus d’un hôpital psychiatrique mettaient les médecins derrière les barreaux. Désormais maîtres des lieux, les patients pouvaient pratiquer leurs propres idées sur la meilleure façon de gérer l’institution. Dans La Neuvième Configuration, l’histoire se déroule quelque part au sommet d’un pic rocheux dans le sud-est des États-Unis, à l’intérieur d’un château gothique et caché derrière un épais voile de brume. C’est là qu’ont trouvé refuge des vétérans de la guerre du Vietnam ayant perdu pied avec la réalité et luttant contre leurs traumatismes.
Aux manettes de La Neuvième Configuration, William Peter Blatty en est à la fois le réalisateur et l’écrivain. Le roman paru en 1978 doit être considéré comme une suite spirituelle à L’Exorciste qu’il avait écrit en 1971. Si le film de William Friedkin et le roman traitent de l’existence du Bien et du Mal, La Neuvième Configuration aborde essentiellement, en ce qui le concerne, la notion du Bien. Toujours est-il que la particularité du tournage à Budapest et en Allemagne de l’Est, assorti aux drogues consommées par certains, ont eu pour résultat de rendre les intentions du réalisateur aussi brumeuses que le nuage qui entoure le château sis sur son pic. William Peter Blatty conclura d’ailleurs son exposé avec une séquence loin d’être convaincante. Sur ce point, le film peine à délivrer un message universel sur la question de la vie après la mort alors que c’est pourtant précisément ce que cherche le personnage principal.


Pour autant, cet échec ne compromet en rien la richesse du film qui aborde d’autres thématiques sérieuses et profondes. Mais c’est surtout la manière qui fait toute la saveur de La Neuvième Configuration. En s’appuyant sur une suite de séquences toutes plus fantasques et mémorables les unes que les autres, Blatty fait régner l’absurde dans le château, largement aidé par une interprétation magistrale.
Le casting comprend d’ailleurs deux nominés aux Oscars : Robert Loggia et Jason Miller. On retrouvera le premier dans Scarface (1983) ou Lost Highway (1997), tandis que le second était le père Karras, prêtant son aide au père Merrin face à la petite Regan dans L’Exorciste. Ici, il envisage d’adapter Shakespeare pour les chiens. Pour mener à bien son projet, il peut compter sur l’aide de son assistant incarné par Joe Spinell qui, la même année, sera le Maniac de William Lustig. Stacy Keach, pour sa part, incarne de manière hallucinée celui qui se retrouve à la tête de cette maison recelant bien d’autres énergumènes. L’acteur dispose d’une filmographie conséquente, mais gageons qu’il sera pour toujours associé à la figure de Mike Hammer. Il incarnera le détective privé à l’occasion de plusieurs téléfilms, puis dans une série de 46 épisodes entre 1984 et 1987.
À l’écran, on trouve d’autres visages familiers comme celui de Tom Atkins qui figurait dans Fog (1980), Halloween III : Le Sang du sorcier (1982) ou encore Extra Sangsues (1986). Dans un autre genre, l’inoubliable Richard Lynch est également de la partie. En juin 1967, sous l’influence de plusieurs psychotropes, l’acteur s’était immolé par le feu en plein Central Park. Le futur adversaire de Chuck Norris dans Invasion U.S.A. (1985) se voit ici secondé par le terrifiant Steve Sandor dont la carrure lui permettait de jouer des types rustres. Ensemble, les deux bonshommes mettent leurs caractéristiques physiques à la disposition d’une séquence qui rappelle celle non moins marquante du Délivrance (1972) de John Boorman.

Inclassable avec ces scènes qui semblent n’avoir ni queue ni tête, capable dans la même séquence de provoquer un éclat de rire juste avant d’ébranler vos convictions les plus profondes, doté d’un final perturbant, La Neuvième Configuration est un film surprenant sur tous les plans dont on ne peut que tomber amoureux.
Pour autant, les moins attentifs ont pu passer à côté d’un film aussi marquant. La responsabilité en incombe principalement aux chargés de com’ qui ont trahi l’œuvre en dessinant une affiche s’inspirant de celle de Orange Mécanique (1971). Or, le film de William Peter Blatty n’a pas grand-chose à voir avec celui de Stanley Kubrick, ce qui ne diminue en rien son intérêt.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma











