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Le Tueur frappe trois fois (1968) de Massimo Dallamano

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Italie
Année de production

1968
Réalisation

Massimo Dallamano
Titres alternatifs

La morte non ha sesso
Interprètes

John Mills, Luciana Paluzzi, Robert Hoffmann

Le réalisateur de Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? s’est attaqué dès son deuxième long métrage de fiction au giallo, deux ans avant que Dario Argento ne s’y attaque. Ce qui explique aussi la forme quelque peu hybride du film.

Un inspecteur de police affronte difficilement les narcotrafiquants. En effet, ses témoins sont éliminés les uns après les autres, quasiment sous ses yeux. Seule sa carrière le sauve d’être démis de son enquête. Mais le brave inspecteur a d’autres soucis en tête, en effet, il est malade de jalousie dès que sa jeune et très belle femme met le nez dehors. Ce qui le pousse à parfois utiliser les moyens de la police afin de la surveiller.

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Un pré-giallo

Le tueur frappe trois fois étonne en dérogeant des préceptes du giallo posés par Mario Bava dans son Six femmes pour l’assassin et consacrés par Dario Argento notamment dans son film sans doute le plus connu : Les Frissons de l’angoisse. En effet, si l’on retrouve bien le chapeau, le visage plongé dans l’ombre et virgule l’arme blanche, et un enquêteur complètement perdu qui se fait balader tout au long du métrage, en revanche bien des éléments s’éloignent du genre. Ce ne sont pas de belles femmes qui se font tuer, mais des hommes, les témoins de l’inspecteur étant tout masculins. De plus, le tueur est rapidement dévoilé, à la moitié du long métrage le spectateur connaît son visage. Enfin, l’arrestation de l’assassin n’est pas vraiment le but poursuivi par l’inspecteur ni aucun des personnages. En réalité, Le tueur frappe trois fois a bien plus le profil d’un film de mœurs, voire d’un drame social comme le cinéma italien sait si bien en faire.

Il suffit de lorgner sur le début de carrière d’Antonioni, de Visconti ou encore Pasolini pour voir à quel point le drame social est au cœur du cinéma italien. Aussi n’est-ce peut-être pas si étonnant que Massimo Dallamano mêle ce genre au polar, mais aussi au giallo, puisque l’assassin a un fétiche qui n’est pas sans rappeler en fin de compte les obsessions des tueurs perturbés d’Argento. Ici le plus obsédé au final s’avère être le détective qui, au lieu de se concentrer sur son travail, décide de détourner les moyens de la police pour régler ses problèmes de couple. Son épouse, magnifique rousse campée par Luciana Paluzzi (Opération Tonnerre), incarne à la perfection la femme fatale, donnant presque sous certains aspects au film des accents de La Soif du mal d’Orson Wells ou d’un film d’Alfred Hitchcock.

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Un polar aux accents allemand

Peut-être que pour comprendre ce mélange des genres qui a de quoi étonner ceux qui s’attendront à un giallo pur et dur, faut-il lorgner du côté de la carrière de Massimo Dallamano qui débute sa carrière en tant que directeur de la photo ce qui l’amènera à travailler sur une Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, il passera ensuite à la réalisation en explorant différents genres : le fantastique horrifique dans Emilie, l’enfant des ténèbres, l’érotisme dans La Vénus à la fourrure, le giallo avec Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? et le western avec Bandidos. Touche-à-tout qui aura papillonné entre des genres très différents, Massimo Dallamano n’embrasse totalement qu’à de rares exceptions chacun de ces genres, préférant jouer avec les codes et superposer plusieurs couches à ses films, ce qui les rend plus complexes et peut-être plus difficiles d’accès.

En effet Le tueur frappe trois fois débute comme un policier somme toute classique, avec une teinte giallesque, puis glisse dans le drame social, lorgne du côté du triangle romantique, pour finir par plonger dans les psychés dérangées de ses personnages tout en leur offrant à chacun une fin qu’on pourrait trouver dans des films français tels que Série noire d’Alain Corneau ou encore Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Ce qui détonne d’autant plus qu’aujourd’hui, les croisements de genres sont plus rares dans le cinéma occidental. En revanche, ils sont très présents dans le cinéma coréen, même si ce dernier commence à peut-être à se lisser pour plaire à un public plus large.

L’autre particularité du film est peut-être son image. En effet, ses tonalités plutôt grises bleutées l’éloignent du giallo aux couleurs habituellement pétantes, montrant plus du rouge que du bleu. Ici l’atmosphère est étouffante, sombre, poisseuse à l’instar de l’histoire proposée. En réalité, l’on pourrait croire le film tourné en Allemagne. C’est sans nul doute parce qu’il tire son inspiration du krimi, le film policier allemand qui a inspiré le giallo. Il est intéressant de constater que par la suite, Massimo Dallamano tournera en Allemagne plusieurs films, dont La Vénus à la fourrure.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Le tueur frappe trois fois est édité par Rimini dans sa collection Angoisse. Le coffret collector contient un boitier digipack en 3 volets avec étui qui renferme un disque blu-ray, un disque DVD ainsi qu'un livret de 24 pages « Massimo Dallamano, passage éclair » rédigé par Marc Toullec. Il y a également sur les disques une présentation du film par Stéphane Lacombe, responsable éditorial chez Frenezy.

L'image est très propre, due au master Haute Définition et à sa restauration qui permet de voir tous les détails sans pour autant sacrifier le grain ou l'atmosphère recherchée par le réalisateur. Côté son, les pistes anglaise et française sont toutes deux en DTS-HD Master Audio 1.0 Mono, là aussi la restauration permet d'avoir un son clair sans souffle ni saturation.

Si le livret revient plutôt sur la carrière de Massimo Dallamano, le bonus compris sur les disques permet de davantage explorer la production, mais aussi l'analyse du long métrage.

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=> Mais Qu’Avez-vous fait à Solange ?

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=> La Vénus en Fourrure de Massimo Dallamano (1969)


Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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