|
|
Nationalité |
Cabal de Clive Barker est un film culte, parce qu’il a été incompris lors de sa sortie, parce qu’il dépeint un monde de freaks en marge de la société, parce que ses scènes coupées ont été perdues un long moment.
Boone est un garagiste hanté par d’étranges rêves où il participe à la une chasse avec des monstres, dans une ville mystérieuse appelée Midian. Le problème étant qu’une série de meurtres a lieu et son psychiatre pense qu’il en est responsable. Il lui donne alors un nouveau traitement, mais au lieu d’améliorer son état, celui-ci empire. Les hallucinations sont de plus en plus présentes et le besoin de retrouver Midian plus fort encore.


Du livre au grand écran
Auteur à succès de l’horreur, salué par Stephen King, Clive Barker propose un univers sadique, dérangeant, viscéral dans ses nouvelles parues dans Les Livres de Sang autant que dans ses romans. Déçu par les premières adaptations de ses livres, il décide de s’en charger lui-même. Mais si Hellraiser remporte le succès, connaissant même plusieurs suites, il n’en est pas de même pour Cabal. Vendu comme un slasher, coupé pour ne pas dire charcuté, il n’arrive pas à trouver son public en salle et est considéré comme un échec à l’époque de sa sortie.
Cabal se distingue par son univers si complexe et fascinant. Là où Hellraiser explorait le fétichisme et le sadomasochisme, sous la forme d’un conte de fées horrifique, Cabal de son côté explore le monde des freaks, des originaux, des marginaux, mais sous la forme d’un récit de fantasy. On y retrouve la figure de l’élu, de la prophétie, d’un univers fantastique caché à la vue de tous qui exige pour y accéder à la fois de connaître la localisation, mais aussi de passer par un portail magique. Excepté que l’ennemi, le monstre, ici n’est pas celui qu’on pense.


Monstres en tout genre
Clive Barker en fait une ode à la différence, en dépeignant des monstres qui peuvent être effrayants au début comme finalement des personnes inoffensives qui se cachent d’une humanité destructrice. Le mélange de différentes références culturelles vient appuyer ce point. Évidemment, on pense aux bohémiens, mais aussi au Moyen-Orient, notamment avec Rachel, le personnage qui se dénude pour hypnotiser les mortels, et qui a l’apparence de la Pythie. C’est d’ailleurs elle qui mène Boone puis sa copine à la cité de Midian. Le chef de la tribu de la Lune, quant à lui, est surnommé Moïse par les policiers, ce qui n’est pas sans évoquer la fuite des hébreux pourchassés. Enfin, la tribu des monstres ne peut que faire penser aux amérindiens, particulièrement dans la scène de fin, mais aussi aux sorcières victimes de l’inquisition dans les flashbacks parsemant le film.
Au-delà du fantastique, comme souvent avec Clive Barker, il y a un sous texte et un message. Hellraiser parle de prédation, la jeune héroïne est menacée tant par son oncle que par sa belle-mère. Dans Cabal, qui survient peu après le coming-out de Clive Barker, la critique de comment la société occidentale rejette et opprime la communauté LBGT, mais aussi toutes les minorités est très présente. On notera que le personnage du prêtre comme celui du shérif de la petite ville ont tout de la personne refoulée. À l’inverse, certains monstres comme Peloquin et Shuna Sassi affichent une sensualité, une sexualité épanouie, presque provocatrice.


Une oeuvre étonnante
Les décors, notamment ceux de la cité Mirdian, usent de fonds peints, notamment dans la structure générale du cimetière. Cette technique ayant été souvent utilisée dans les années 80, mais aussi dans le cinéma dit expressionniste. On sent néanmoins un budget relativement conséquent avec les décors intérieurs qui ont exigé de la construction en studio. Les monstres, pour leur part, ont nécessité du maquillage important afin de donner vie aux créatures. Pour les accompagner, la musique de Danny Elfman fait un lien entre Cabal et l’univers des monstres de Tim Burton. Bien sûr, Cabal est certainement moins innocent et naïf qu’Edward aux Mains d’Argent, mais on peut voir certains liens dans les thématiques, comme on entend des sonorités qui peuvent nous évoquer Batman le défi, que Burton fera après Cabal.
Enfin, on peut noter que si le héros est la figure typique de l’élu qui ne veut embrasser son rôle avant qu’il n’ait plus le choix, suivant ainsi le voyage du héros décrit par Campbell, en revanche, le rôle féminin, Lori, incarnée par Anne Bobby qui a un visage très enfantin au début du film, est loin de l’alliée slash mentor qu’on voit souvent accompagner la figure du héros. À l’inverse d’une Trinity, elle ne connait rien à cet univers, mais va l’embrasser, elle se montre butée, héroïque par moments, lorsqu’elle sauve Babette, mais aussi à la limite du harcèlement sexuel avec le héros. Elle n’est ni une demoiselle en détresse ni la femme badass, mais finalement, l’accroche du spectateur. Un personnage totalement ordinaire plongé dans un monde fantastique et étrange.


Une collaboration avec David Cronenberg
Ceci traduit une construction du récit différente. En effet, le scénario nous amène à suivre en parallèle trois personnages : Boone, incarné par Craig Sheffer, qui par son physique carré incarne tout du héros américain, bienveillant, naïf, mais aussi très moral, qui va tomber dans le piège du méchant et de ses obsessions. Mais on suit également Lori qui cherche désespérément à retrouver Boone alors que tout lui dit de ne pas le faire. Enfin, on rencontre le psychiatre Philip K. Decker, incarné par David Cronenberg, qui est présenté dès le début comme un prédateur, ne serait-ce par la mise en scène.
Il est intéressant que le réalisateur canadien apparaisse dans le film, dans un rôle si important. Car Clive Barker est aussi un artisan du body horreur. C’est particulièrement vrai dans Cabal où les corps des monstres sont déformés, où l’on voit un personnage s’arracher la peau du visage, mais aussi, on voit regarde des orifices apparaître sur des corps à des endroits assez improbables, trous par lesquels quelque chose sortira. Ce qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Cronenberg, notamment Vidéodrome, La Mouche ou encore Crash.
TEST DU BLU-RAY/DVD
![]() |
Sorti chez ESC en coffret Steelbook collector avec trois disques. L'un est en 4K proposant la version cinéma et ainsi que la version director's cut du film en version restaurée et très haute définition. Si l'on sait que les scènes coupées n'ont pas pu être aussi bien restaurées que la version cinéma, du fait de la qualité du master retrouvé, cela ne gêne aucunement le visionnage. Le upscale est de très bonne facture. Autre point positif, la restauration n'a pas lissé l'image du film comme c'est parfois le cas. Ici, on distingue encore le grain de la pellicule comme le grain de la peau des comédiens. Sur les disques blu-ray, on retrouve la version director's cut, mais aussi cinéma ainsi que les bonus. Parmi ces derniers, Olivier Desbrosse nous parle de la carrière de Danny Elfman, Clive Barker et Mark Alan Miller reviennent sur la production de Cabal dans le commentaire audio, Christophe Foltzer analyse plusieurs séquences du film, mais il y a aussi le making of du métrage qui revient sur le tournage, ainsi que des entretiens à propos des SFX pratiques et bien sûr, les scènes coupées et bandes annonces. Vous retrouverez dans cette édition également un petit livret qui vous permettra d'explorer un peu plus l'univers fascinant de Cabal. Pour ceux qui n'ont de lecteur 4K, sachez qu'il existe un coffret Cabal chez ESC avec deux disques Blu-ray et un DVD, comportant également un livret et de nombreux bonus. => Achetez chez notre partenaire Metaluna |
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Hellraiser : Le Pacte
Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite











