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Le célèbre réalisateur de clip Chris Marrs Piliero s’attaque au cinéma avec Appofeniacs, un film où un génie en informatique provoque une vague de chaos mortel.
Un jeune geek désabusé et nihiliste sème le chaos autour de lui en s’adonnant au deepfake. Il ignore bien sûr que les conséquences de ses manipulations vont entrainer, tel un jeu de domino, la mort et la désolation sur son passage.


Le réalisateur de clip passe au long métrage de fiction
Chris Marrs Piliero connait le succès avec ses clips, notamment Tighten Up des The Black Keys et Howlin’ for You toujours avec les The Black Keys où il parodie le cinéma d’action. Grâce à son travail, il a reçu le prix des MTV Music Awards en 2010 et 2011. Il a également travaillé avec Britney Spears sur Criminal et I wanna Go, ainsi que Kesha sur Blow, Avril Lavigne ou encore Ariana Grande.
Ses clips s’approchent de petits courts métrages et contiennent de nombreuses références au cinéma de genre, aussi il n’est pas si étonnant qu’il s’attaque au long métrage. D’ailleurs Appofeniacs a un rythme rapide, qu’on pourrait qualifier de « clipesque ». Il se découpe en séquences qui pourraient s’apparenter à plusieurs courts métrages réunis par une seule et même thématique : les deepfakes générés par un homme talentueux, mais se fichant complètement des conséquences de ses actes.
Durant la première séquence, on retrouve un groupe d’amis qui veulent faire la fête. La fille du groupe invite son chauffeur Uber à se joindre à eux. Mais la consommation de stupéfiants et deux vidéos truquées par les soins du semeur de chaos vont chambouler la soirée et la transformer en un véritable massacre. Les morts s’enchainent d’ailleurs très vite, trop vite peut-être. Rapidement, le spectateur comprend qu’il n’est pas tant question de logique ou de réalisme, mais que le deepfake est plus un argument pour proposer une œuvre lorgnant vers le grand-guignol.

Du grand-guignol
Ce genre vient directement du théâtre de boulevard parisien. A la fin du 19e, l’appétence du public pour le fait divers est telle qu’une troupe propose de montrer ces crimes sur une scène de théâtre. Le succès est tel qu’on vient de l’étranger pour regarder les pièces et rapidement, celles-ci s’exportent, à Londres par exemple. C’est le grand-guignol londonien qui fera la transition vers le cinéma en produisant quelques films, à l’époque où le cinéma venait de naître, et donc au format court.
Avec le développement du cinéma d’horreur, et notamment du krimi en Allemagne, du giallo en Italie, et du slasher aux États-Unis, le grand-guignol n’a jamais complètement disparu, même s’il a revêtu des formes différentes au fil du temps. Aussi, il n’est pas étonnant que Chris Marrs Piliero embrasse cette forme de film, tout en l’inscrivant à notre époque. Le fait qu’il débute par un féminicide, opéré par un homme se croyant cocu est totalement en phase avec l’actualité marquée par de trop nombreux féminicides, parfois l’objet même de documentaires sur plateforme de streaming, de podcast et de vidéo. Et à une époque où l’IA permet de feindre la réalité, avec de plus en plus de précision, Appofreniacs met le doigt sur une tension moderne, une inquiétude qu’on peut tous légitimement éprouver.

Une critique des abus de l’ia
Et cependant, l’aspect grand-guignol du film peut aussi l’éloigner de son sujet d’origine. Le personnage du geek n’apparait au final que sur peu de scènes, tandis que l’une de ses victimes, dont le deepfake n’est pas sans rappeler la scène où Bruce Willis est obligé de porter un message raciste en plein Harlem dans Die Hard 3, traverse le film et a droit à de nombreuses scènes. Son histoire à elle, questionne plutôt notre faculté à céder à la panique en lisant quelques méchants commentaires sur internet. Ce qui est aussi un sujet actuel, mais peut-être moins fort que le deepfake sexuel ou criminel.
Heureusement, Chris Marrs Piliero parvient à ramener le film sur son sujet initial en faisant intervenir un nouveau personnage. On notera qu’il est campé par Jermaine Fowler, dans un rôle à contre-emploi de celui qu’il tient dans la saison 4 de Only Murders in the Building. Autre star montante, Sean Gunn, le frère du réalisateur James Gunn (Les gardiens de la Galaxie, Super), ne semble pas bouder son plaisir en incarnant un artisan d’accessoire de cosplay. On notera également le jeu très physique et très drôle de Michael Abbott Jr. En comparaison, les acteurs n’ayant qu’un tout petit rôle, comme le chauffeur de taxi, sont moins bons et cela se sent.

Une comédie horrifique survolté
Néanmoins, dans l’ensemble, le film est particulièrement jouissif, fun, offrant au spectateur ce qu’il désire (des grosses épées et de très mauvais usages d’un bouclier), dans un déchaînement d’événements hautement improbable qui n’est pas sans rappeler le vaudeville et surtout le théâtre du Grand-Guignol parisien.
Les couleurs sont pop et acidulées. L.A. n’est pas vraiment montrée, mais on sent qu’on s’y trouve. Des junkies dans les rues sombres aux habitations un peu bobos des personnages, la présence de la ville est bien là et offre une certaine atmosphère qui participe au plaisir du visionnage.
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite










