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Gibier (2025) – Abel Ferry – Survival

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
France
Année de production

2025
Réalisation

Abel Ferry
Interprètes

Mouloud Ayad, Olivier Gourmet, Kim Higelin

En bon héritier de la French Extreme Extremity, Gibier de Abel Ferry ravive le vieux combat chasseur contre militants écologistes pour offrir au spectateur son lot de tension et de sang.

Un groupe de jeunes militants écologistes installés à la campagne profite de la nuit pour récupérer des caméras cachées dans un abattoir accusé de maltraitance animale. Mais quand un gardien les surprend, ils le mettent K.O. avant de s’enfuir. Le problème c’est que l’abattoir appartient au candidat à la mairie qui n’a pas l’intention de les laisser publier les vidéos ni même communiquer sur l’incident. Pour ce faire, il recrute un ancien militaire instable, ainsi que ses employés les plus radicaux pour rattraper les militants en fuite.

Gibier 02

Chasse à l’homme

Opposer les militants aux chasseurs ancre le film dans l’actualité. Alors qu’on entend des témoignages de personnes menacées par des chasseurs et qu’on peut voir des militants s’opposer parfois violemment à la police, le film paraît d’autant plus réel que les tensions entre les personnages sont savamment tissées. Les quiproquos, erreurs de jugement et maladresses, amènent la situation déjà tendue à dégénérer.

Bien sûr, il faut aussi des protagonistes prêts à s’enfoncer dans l’horreur. C’est peut-être là où le long métrage quitte le réalisme pour embrasser le genre fantastique si apprécié par le cinéma d’horreur. Ainsi, ses personnages, poussés dans leurs retranchements, s’enfoncent dans l’immoralité pour ne pas dire la complète horreur. C’est avec un certain délice sadique que le spectateur voit jusqu’où les protagonistes sont prêts à aller.

Une approche intimiste

Néanmoins, dans son épilogue, Gibier cherche à renouer avec le réalisme du début, à s’ancrer dans le réel. Si cela permet d’offrir aux personnages une évolution intéressante, plus crédible et donc à laquelle le spectateur pourrait s’identifier, c’est aussi une fin plutôt surprenante. Elle donne au spectateur l’impression d’un épisode de cauchemar avec un retour doux amer à la réalité en guise de conclusion.

Gibier se découpe en trois espaces : la maison, l’abattoir et la forêt, qui sont très bien filmés, offrant au spectateur des images sanglantes sur de beaux paysages. Toutefois, le découpage de l’action et le jeu sur les espaces créent de la confusion autant chez le spectateur que les personnages. Ce qui est sans doute recherché.

Gibier 04
Gibier

Le survival revisité

Adoptant le genre du survival, Gibier s’inspire de la chasse à l’homme évidemment, mais revisite le genre. Les chasseurs n’agissent pas parce qu’ils sont juste méchants, mais parce qu’ils ont de vraies raisons de le faire. La peur du chômage, de voir la petite ville de campagne mourir à petit feu. Une réalité dans laquelle le métrage s’ancre. Et à chaque acte irrémédiable comme horrible, le film prend le temps de montrer l’impact sur les personnages.

Ce qui ne sacrifie pas la tension, bien au contraire. Celle-ci est assez intense, même si l’on peut deviner les actes et le rebondissement, le spectateur ne peut qu’aimer voir les protagonistes s’enfoncer dans les pièges qu’eux-mêmes ont dressés sur leur route. On peut néanmoins regretter que tous les éléments placés dans le film ne soient exploités. Malgré tout, ce dernier fait mouche et surtout marque son propos : l’homme et l’animal ne sont pas si différents. Surtout quand ils adoptent le comportement des personnages de Gibier.

Une affinité pour le thriller

Ce n’est pas le premier long métrage de Abel Ferry, il a commencé dans les salles de cinéma par Vertige, un thriller en montagne, s’en suit Piège Blanc où les participants d’un mariage sont coincés dans un mont enneigé en pleine tempête, son troisième film Le Saut du Diable s’attaque à la randonnée en montagne et à ses risques, il s’attelle ensuite à la série avec Section de Recherche où un brigadier de l’hexagone se confronte aux croyances réunionnaises.

Ainsi, Gibier sort un peu de ses sentiers battus, certes, il y a un peu de montagnes, mais celle-ci constitue plutôt un panorama qu’un élément décisif du métrage. Néanmoins, en regardant sa filmographie, on comprend qu’il a été confronté à la dégradation psychologique des personnages dans des situations tendues et qu’il maîtrise donc le sujet. Mais en plus de la tension et du thriller, il y a aussi définitivement un amour pour le film de genre français dans tout son côté extrême dans Gibier.


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Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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