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Faire miroiter le goût du soufre et de l’interdit à la jeunesse pour lui vendre des produits douteux est une technique qui ne date pas d’hier. Pour contrer l’escroquerie, des mesures de prévention plus ou moins efficaces sont mises en place ; et parfois, tout aussi discutables, à l’image de ce Assassin of Youth qui, en 1938, prétend décourager les adolescents de consommer de la marijuana.
Avec le recul, avouons que la force de persuasion du film de Elmer Clifton, ainsi que d’autres métrages tournés à la même époque tels que La Reine du narcotique (Marihuana, 1936) ou Stupéfiants (Reefer Madness,1938), s’est avérée nulle, ou presque. La principale raison de ces échecs est, probablement, le fait que les producteurs se souciaient moins de la santé de la jeunesse que de remplir les salles de spectateurs. Des badauds à qui on promettait de projeter sur la toile divers pratiques scandaleuses bravant les principes édictés par le code Hayes…
Certes, personne ne se plaindra de ce passage délicieusement licencieux durant lequel de jeunes filles alcoolisées gloussent autour de la gentille Joan, trempée jusqu’aux os en raison de sa chute dans le lac et qu’il faut donc dévêtir. L’imagination fonctionne à plein régime tandis que les demoiselles s’affairent en ombres chinoises et il faudra quelques minutes pour s’en remettre. D’autres séquences rythment la bande comme celles des danses effrénées auxquelles se livrent les jeunes, toujours sous l’influence de boissons prohibées. Quoi qu’il soit, voici au moins deux preuves dévoilant les véritables intentions de Assassin of Youth : attirer le voyeur en mal de thématiques graveleuses caché en chaque homme…


De jeunes drogués à la marijuana provoquent un accident dans lequel meurt la grand-mère de Joan et de sa cousine Linda. De l’important héritage, Linda n’en verra cependant pas un kopeck. En cause, la vie dépravée qu’elle mène et qui froissait les convictions morales de sa grand-mère. Jalouse, Linda décide alors de tout mettre en œuvre pour ruiner la réputation de sa rivale et, dans ce domaine, Dieu sait qu’elle a de la ressource.
La vilaine cousine, déterminée à jeter l’opprobre sur l’admirable Joan, se voit ici incarnée par Fay McKenzie qui a consacré sa carrière à la série B. Un parcours sans réussite notable. Toutefois, grâce à sa mine moqueuse et méprisante, l’actrice a tout de la fille sournoise à laquelle on ne confierait ses bambins pour rien au monde. La détestable jeune femme tient un bouge sordide. Il lui permet ainsi d’attirer la jeunesse égarée qui, déjà au début du siècle précédent, consacrait trop de temps au divertissement. Là, comme Pinocchio attiré au pays des jouets pour se transformer en baudet, les jeunes de Assassin of Youth se laissent entraîner par la blonde mal intentionnée vers une voie peu fréquentable, jonchée cette fois-ci de psychotropes et autres stupéfiants, menant les victimes à la dépravation et l’immoralité assurées.
Sauf que le risque est tout de même moins important puisque le danger pointé du doigt s’appelle marijuana. Certes, le produit peut mener au suicide et favoriser le passage à des mixtures autrement plus nocives. Toutefois, le risque semble statistiquement trop anodin pour chambouler les fondements d’une société qui en a vu d’autres. Résultat : les mises en garde alarmistes du film provoqueront à coup sûr l’hilarité du public concerné. Parce que invoquer les pulsions meurtrières des assassins sous l’emprise du haschisch en Perse n’est pas sérieux. En particulier lorsque l’information est utilisée par un scientifique soi-disant de renom afin de faire un parallèle avec la propagation du haschisch parmi les détenus dans les prisons, sans prendre la peine de s’interroger sur les éventuelles causes économiques et sociales de la consommation de drogue.

Ceci étant dit, cela n’empêche nullement Assassin of Youth de se laisser voir sans ennui. Nombreuses, les infortunes de Joan rythment agréablement le métrage, même si elles ne sont pas aussi délectables que celles de l’héroïne du marquis de Sade.
Pour narrer d’une perspective neutre les mésaventures de Joan, et lui porter secours accessoirement, le scénario fait appel à un journaliste infiltré au sein de la jeunesse corrompue afin d’enquêter sur ses nouvelles errances. Le messie est Incarné par Arthur Gardner qui remportera bien plus tard le Golden Boot. Évidemment, le trophée ne récompense nullement les qualités footballistiques du bonhomme, mais plutôt son apport au western. Et en particulier son travail de producteur sur des séries télévisées comme Law of the Plainsman (1959-1960) ou L’homme à la carabine (1958-1963), ainsi que son apport à des films comme Les Chasseurs de scalps (1968) de Sydney Pollack avec Burt Lancaster, Shelley Winters et Telly Savalas et Les Charognards (1971) de Don Medford, cette fois-ci avec Oliver Reed, Candice Bergen, Gene Hackman.
Quant à la sage et gentille Joan, elle est ici jouée par la bien jolie Luana Walters dont la carrière oscillera entre fantastique, western et serial, tout en s’efforçant de rester fidèle à la série B. On se souvient d’elle en héroïne du film Le Voleur de cadavres (1942), là où elle tapait dans l’œil du personnage de Bela Lugosi.
Asseoir nos jolies têtes blondes devant Assassin of Youth n’est probablement pas la manière la plus efficace de les prémunir des effets néfastes de la drogue. Pour cela, mieux vaut opter pour The Ringer (1972), dans lequel Jeff Lieberman exposait l’arnaque d’un système visant à transformer nos gamins en consommateurs addicts. Par contre, pour un instant doucettement suranné, Assassin of Youth peut s’avérer un spectacle tout à fait adéquat.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

