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Fort du succès d’UN FLIC VOIT ROUGE en 1975, les producteurs italiens ne tardent pas à remettre le couvert avec une suite commandée dans l’urgence, à peine quatre mois plus tard. Rebaptisé chez nous MARK LA GÂCHETTE, ce second volet, encore une réalisé par Stelvio Massi, marque un tournant plus sombre et politique dans la trilogie consacrée au commissaire Mark Terzi.
Dans un contexte où le poliziottesco bat son plein, MARK LA GÂCHETTE s’inscrit parfaitement dans la tendance : celle d’un cinéma nerveux, contestataire, profondément ancré dans les tensions sociales de l’Italie des années de plomb.


Réalisateur chevronné et ancien directeur de la photographie, Stelvio Massi s’appuie ici sur un scénario signé Dardano Sacchetti, connu pour sa capacité à livrer des scripts bien ficelés. L’histoire s’ouvre sur une série de meurtres mystérieux à Gênes, revendiqués par un tueur masqué surnommé « Le Sphinx ». Envoyé sur place, le commissaire Mark (Franco Gasparri) se retrouve pris dans un véritable nid de vipères, où intérêts privés, règlements de comptes et manipulations politiques s’entrecroisent. Pire encore, il doit assurer la protection d’un ancien adversaire, l’homme d’affaires Benzi (Lee J. Cobb), devenu la cible numéro un de ce tueur énigmatique !
Le changement de décor opéré par Massi est loin d’être anodin. En quittant Milan pour poser ses caméras dans les ruelles escarpées de Gênes et les docks industriels de Savone, le film gagne en texture visuelle. La ville devient un personnage à part entière : oppressante, labyrinthique, presque fantomatique. Les scènes de filature dans les rues étroites, les fusillades sur les toits, les traques dans les bateaux amarrés au port dans endroits désaffectés participent à créer une tension constante, comme si le danger rôdait à chaque coin de rue. On sent que la ville est presqu’un personnage à part entière tant son bouillonnement constant rajoute de la tension au métrage.
À la différence du premier volet qui tentait de garder une personnalité transalpine, l’influence américaine est palpable tout au long de ce nouveau film. Le tueur du Sphinx évoque sans détour le Scorpion de L’Inspecteur Harry, du mode opératoire au goût prononcé pour les hauteurs urbaines. Massi, loin de se cacher, multiplie aussi les clins d’œil au cinéma qu’il aime comme la scène d’ouverture qui emprunte à LA MARIÉE ÉTAIT EN NOIR Truffaut ou l’affrontement dans une salle de cinéma qui projette LA POLICE À LES MAINS LIÉES de Luciano Ercoli.


De son côté, Franco Gasparri gagne en épaisseur. Toujours impeccable dans les scènes d’action, l’acteur insuffle maintenant une forme de désillusion à son personnage. Moins impulsif, plus introspectif, Mark semble ici confronté à ses propres limites. Entre justice et compromission, il devient l’incarnation d’une institution déboussolée, coincée entre un idéal perdu et une réalité gangrenée par les jeux de pouvoir.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : le commissaire est loin de s’être assagi et continue de mener ses enquêtes à sa façon, aux frontières de la légalité portée par une mise en scène est sèche et directe. Loin des envolées esthétiques parfois gratuites du genre, Massi privilégie l’efficacité : cadrages resserrés, montage nerveux, et une gestion du rythme qui ne faiblit quasiment jamais, notamment grâce à des scènes particulièrement réussies comme les courses-poursuites filmées à l’arrachée, qui rappellent que le réalisateur sait jouer avec l’espace et la tension.
Mais c’est sans doute dans sa lecture politique que MARK LA GÂCHETTE trouve son véritable intérêt. Sous ses airs de polar urbain, le film dénonce à demi-mot la collusion entre pouvoir économique et appareils de l’État. En mettant en scène un flic contraint de protéger un ancien ennemi devenu intouchable, le récit renverse la dynamique classique du bien contre le mal et propose une réflexion amère sur la porosité entre justice et corruption.
Distribué en France en 1979, sous le titre MARK LA GÂCHETTE, avant d’être recyclé en VHS dans les années 80 sous JUSTICE SANS SOMMATION, le film reste aujourd’hui injustement méconnu. Pourtant, il forme avec le premier opus un diptyque solide et offre un instantané fascinant d’une époque en crise où les armes remplaçaient les mots.
Voilà un film tendu, brutal, sans fioritures, qui mérite largement d’être redécouvert — pour peu qu’on aime les polars rugueux, les voitures qui filent à toute allure et les flics qui tirent d’abord, réfléchissent ensuite…
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Article rédigé par Vincent Trajan
Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé

