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Un flic voit rouge (1975) – Gasparri dégaine avant de réfléchir

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Italie
Année de production

1975
Réalisation

Stelvo Massi
Titres alternatifs

Mark il poliziotto
Interprètes

Franco Gasparri, Lee J. Cobb, Sara Sperati, Giampiero Albertini, Giorgio Albertazzi

En 1975, en pleine explosion du poliziottesco italien, Stelvio Massi réalise UN FLIC VOIT ROUGE (MARK IL POLIZIOTTO), film de genre nerveux et percutant qui marque aussi l’arrivée au cinéma d’une figure populaire très particulière : Franco Gasparri, idole des fumetti (romans-photos) transalpins, sorte de croisement latin entre Alain Delon et Clint Eastwood.

Le film s’inscrit dès ses premières minutes dans cette tradition italienne du polar urbain musclé, où la justice ne se rend jamais dans une salle d’audience, mais plutôt à coups de bottes, de gros flingues et de courses-poursuites. On est à Milan, dans une Italie rongée par la corruption, les réseaux mafieux et le trafic de drogue, où le commissaire Mark Terzi (Franco Gasparri), flic de la brigade des stups, mène sa guerre personnelle contre l’homme d’affaires Benzi (Lee J. Cobb), qu’il soupçonne — sans pouvoir le prouver — d’être à la tête d’un vaste réseau d’héroïne.

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Gasparri incarne un flic borderline, un brin cow-boy dans ses méthodes, qui ne s’embarrasse pas du règlement pour mener à bien ses enquêtes, quitte à sortir du cadre et agir parfois à la limite de l’illégalité. Mais contrairement à l’inspecteur Harry dont il s’inspire visiblement, le personnage de Terzi garde toujours un œil dans le rétroviseur pour ajuster sa coupe et séduire la première femme venue à la différence de son homologue américain à la froideur monolithique. On est donc dans une version plus lisse et glamour du flic revanchard, à l’image d’un héros de roman-photo plongé dans un monde de balles et de came. D’ailleurs, tout dans la mise en scène tourne autour de lui : les plans caméra à l’épaule lors des interventions policières, les moments de doute ou de rage, c’est toujours Terzi (et donc Franco Gasparri), le centre de gravité du film.

À ses côtés, un casting solide complète la galerie : Lee J. Cobb (12 HOMMES EN COLERE, SUR LES QUAIS, L’EXORCISTE, …), vétéran américain au charisme toujours vivace, donne une vraie épaisseur au rôle du « grand méchant » trop propre pour être honnête. Juan Carlos Duran, ancien boxeur argentin reconverti dans le cinéma, prête ses traits durs à un homme de main brut de décoffrage, tandis que Giampiero Albertini (BRIGADE SPÉCIALE, LE RETOUR DE SABATA et voix italienne de COLOMBO) campe l’éternel collègue loyal mais dépassé par les événements.

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L’intrigue n’a rien de révolutionnaire — c’est même du cousu de fil blanc : un flic contre le système, un notable mafieux intouchable, des morts suspectes, des indices arrachés de force — mais l’efficacité du rythme et l’enchaînement des scènes d’action la rendent diablement efficace. Le scénario avance à coups de grosses ficelles, certes, mais avec suffisamment de punch pour ne jamais ennuyer. L’enquête n’est qu’un prétexte à faire jaillir l’action et installer une ambiance poisseuse, où la loi est un concept à géométrie variable. Mais loin de s’enfermer dans la surenchère de violence typique des films du même genre, le métrage de Stelvio Massi canalise la violence et recentre souvent le sujet vers l’enquête policière, plutôt que les scènes de meurtres.

Ce qui fait la particularité d’UN FLIC VOIT ROUGE, c’est surtout son ancrage temporel. Le film est un pur produit des années de plomb, une époque où la violence, qu’elle vienne du crime organisé ou des institutions, semblait partout. La frontière entre justice et brutalité est aussi floue que les motivations du commissaire Terzi, à la fois justicier et playboy.

Sans être un grand film de mise en scène, Stelvio Massi maîtrise son sujet, notamment au travers d’une belle photographie et de passages caméra à l’épaule plutôt prenants. UN FLIC VOIT ROUGE reste un excellent témoin de son époque, réalisé avec soin et une vraie efficacité visuelle. Il ne cherche jamais à être autre chose qu’un polar à l’italienne, bourré d’action, de répliques sèches et de stéréotypes virils assumés. Stelvio Massi ne révolutionne rien, mais capte l’air du temps et livre un polar nerveux, qui connaîtra deux suites dans la même veine. Mine de rien, ça permet mesurer à quel point Franco Gasparri fut, le temps de quelques films, une véritable icône du cinéma populaire italien en plus d’être la star incontestée des fumetti translapins…


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L'édition soignée d'Artus Films, propose le film en combo Combo digipack 1 Blu-ray BD50 région B + 1 DVD9 avec des bonus (diaporama affiches et photos) et des entretiens (notamment avec le spécialiste Curd Ridel et Danilo Massi, le fils du réalisateur Stelvo Massi).
L'image est au format large 1.85 en couleur, compatible 16/9, 1920 x 1080p AVC (sur Blu-ray). Le son VOSTF + VF d'époque est en Linear PCM mono 2.0.

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé