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Sam Newfield, touche-à-tout en matière de cinéma, est l’un des principaux pourvoyeurs de poverty row, terme un peu péjoratif utilisé pour désigner ces séries B qui fleurirent des années 30 jusqu’au milieu des années 50. Capable d’assumer tous les postes, de scénariste à réalisateur en passant par celui de producteur, Newfield se risque également à tous les genres : western, fantastique, film de propagande antinazi… Avec Créature du Diable, il propose une déclinaison pas forcément inintéressante du roman Dracula de Bram Stoker.
Dans un paisible petit village, le docteur Lloyd Clayton, un médecin pourtant très apprécié de ses patients, subit le harcèlement perpétré par le fantôme de son propre jumeau. Ce dernier réclame une juste vengeance en paiement d’un infâme fratricide. En effet, le bon docteur a assassiné son frère pour le punir de s’être adonné à signer un pacte avec Satan.
Même si le médecin maléfique Elwyn Clayton pratique la sorcellerie, on trouve dans Créature du Diable de nombreuses similitudes avec le Dracula de Bram Stoker… La jeune femme ciblée par la créature fantastique se meurt d’anémie et doit subir des transfusions… L’incrédulité des protagonistes face à l’irrationnel… Les apparitions fantomatiques du docteur dont on a pourtant célébré les funérailles il y a peu, et qui, depuis, rejoint prudemment son cercueil avant le chant du coq…


Créature du Diable recycle principalement les éléments du récit de Bram Stoker figurant dans la partie relatant l’envoûtement de Mina par le comte Dracula, tout en les gratifiant d’un nouveau contexte, celui du bon docteur garant de la morale qui se met en demeure de protéger ses ouailles. Le film fait ainsi preuve d’un mépris certain avec ces lettrés sachant mieux que quiconque ce qui est bon pour le petit peuple, intégralement ici représenté par des villageois ignares.
Le paternalisme de l’époque s’affiche également dans les relations qui opposent le père de Gayle Clayton, la victime de l’enchantement de son oncle maléfique et David son futur époux. Celui-ci craint que son beau-père prenne des décisions dangereuses mettant en péril la santé de sa promise. Dans une société traditionnelle, il n’est cependant que le gendre, et doit se conformer aux résolutions de son aîné. L’antagonisme entre les deux hommes, s’efforçant de rester respectueux l’un de l’autre, découle d’une autre époque mais s’avère intéressant à suivre.
D’autant plus que Créature du Diable offre une distribution des rôles de premier ordre…
Aux côtés de George Zucco, partie prenante de nombre de poverty row où il incarne des scientifiques diaboliques comme dans Dr Renault’s secret (1942), on trouve aussi Dwight Frye, le fameux Renfield de Dracula (1931) et le serviteur fidèle dans Frankenstein (1931). Bénéficiant d’un temps de présence conséquent, l’acteur se montre tout aussi dévoué, arpentant le cimetière de long et en large pour dissimuler le sordide cercueil de son mentor.


Nedrick Young, pour sa part, s’illustre ici en tant qu’acteur et incarne le jeune prétendant de Gayle. Bien plus tard, il obtiendra un Oscar pour le scénario d’un classique du film antiraciste, La Chaîne, dans lequel deux évadés, l’un de couleur noire (Sidney Poitier), l’autre blanc (Tony Curtis) doivent fuir tout en étant enchaînés l’un à l’autre.
La jolie victime, qui attend sagement que les deux hommes de sa vie veuillent bien la sauver des griffes de son oncle malfaisant (et un brin incestueux peut-être aussi), est incarnée par la divine Mary Carlisle. Les comédies musicales dans lesquelles elle jouait le plus souvent les adorables ingénues lui vaudront une étoile au Hollywood Walk of Fame. Créature du Diable représente malheureusement sa dernière apparition à l’écran. En effet, le producteur James Blakeley mit un terme définitif à la carrière de l’actrice en l’épousant.
Enfin, citons la présence de Hal Price, vétéran du western qui semble avoir bâti une carrière de 300 films rien que sur le genre.
Avec des têtes d’affiche d’une telle envergue, Créature du Diable ne peut pas générer l’ennui, au mépris de l’évidente théâtralité de la mise en scène. D’autant plus que malgré un budget ridicule, Sam Newfield parvient à livrer quelques éléments sortant de la routine habituelle des poverty row, tel cet astucieux trucage permettant de mettre dans le même cadre les deux personnages incarnés par George Zucco. Le clou du spectacle reste cependant le final, impressionnant, en particulier pour un film au budget aussi serré, et qui met littéralement le feu aux décors.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


