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Le producteur Richard Gordon, passionné de cinéma depuis l’enfance, crée sa propre société de production à la fin des années 1940 pour faciliter l’import-export de films de série B entre l’Angleterre et les États-Unis. En 1971, il est à la recherche d’un nouveau projet de film horrifique. Il jette son dévolu sur l’idée de l’écrivain de polar et scénariste, George Baxt. George Baxt imagine une histoire dans laquelle un groupe tente de survivre sur une île étrange et isolée. Séduit par le concept, Gordon en achète les droits, mais rejette rapidement le ton du script, jugé trop humoristique et pas assez effrayant. Il décide de le faire réécrire en secret par James O’Connolly, ce qui met fin à la collaboration avec Baxt. Finalement, il conserve seulement le titre et le concept de base.

Mélange d’histoire
Le récit s’ouvre sur deux pêcheurs découvrant, sur une petite île brumeuse, les cadavres mutilés de jeunes gens. Une seule survivante, traumatisée, est retrouvée. Plus tard, une équipe de chercheurs débarque pour élucider le mystère. Très vite, l’histoire les relie à un ancien culte du dieu phénicien Baal, symbole ancestral du mal. Ce synopsis mélange plusieurs genres : survival, possession démoniaque, et enquête. Mais cette richesse de tonalités finit par desservir l’ensemble.
La Tour du diable comporte beaucoup d’éléments narratifs. L’histoire de la survivante flirte avec la possession démoniaque. Le récit sous hypnose rappelle fortement L’Exorciste 2, une impression appuyée par la mise en scène de l’hypnose régressive à base de lumière épileptique. Le souvenir de la victime fait référence à une possible entité. Le film plonge ensuite le spectateur dans un autre type d’intrigue. Celle des chercheurs spécialisés dans le culte consacré au dieu Baal possède toutes les caractéristiques du whodunit, genre associé à Agatha Christie. Un huis clos, des secrets et des morts, tous les ingrédients sont réunis.
Prise séparément, chacune de ces propositions pourrait faire l’objet d’un film. Ensemble, elles ne fonctionnent pas du tout, la première est longue et l’intrigue n’avance pas. Le spectateur attend un twist ayant un impact sur le groupe de chercheurs, mais rien. Ces séquences laissent une impression factice, comme si elles avaient été ajoutées pour allonger le récit. Au lieu d’apporter de la tension, elles troublent l’attention du spectateur en brisant l’ambiance oppressante apportée par l’île. Malgré ce problème de construction, La Tour du diable offre un divertissement honnête dans son segment en huis clos. O’Connolly arrive à en dégager des thèmes intéressants.

Sexe et Puritanisme
Pour donner vie à La Tour du Diable, O’Connolly utilise la recette des productions Hammer: de la violence et du sexe. Le but est de choquer la foule pour l’attirer en salle et faire parler de l’œuvre en bien ou mal. Pour pouvoir éviter la censure, le réalisateur détourne l’attention en tournant beaucoup de scènes de sexe et de violences exagérées. La censure se focalise ainsi sur ces séquences et O’Connolly peut garder au montage les scènes qu’il juge importantes. Il choisit également de proposer un montage très cut pour ces scènes, ce qui permet de les rendre marquantes sans trop en dévoiler.
Cette mise en scène de la sexualité permet de parler de la libération des mœurs, un sujet souvent abordé à l’époque. Il oppose la jeunesse en quête de liberté et les conservateurs, plus puritains. Les protagonistes parlent énormément de leurs désirs. Ils sont esclaves de leurs sens, les conduisant à la mort. Ce funeste destin représente le puritanisme qui condamne encore à cette époque la sexualité, spécialement chez les jeunes. Il est dommage que ce sujet ne soit pas traité plus en profondeur, car le spectateur détermine difficilement la position du film : condamnation du puritanisme ou complaisance ?

Huis-clos
Pour symboliser son propos et s’assurer un bon divertissement à petit budget, l’équipe choisit pour mettre en scène cette histoire sanglante de centrer son action sur une île. Celle-ci apparaît tout d’abord noyée dans le brouillard comme une apparition fantomatique. Grise et impressionnante, elle apporte le malheur aux personnes qui la foule. La tension et le danger montent rapidement. L’ambiance fait beaucoup penser au roman d’Agatha Christie, Ils étaient 10, dans lequel un groupe de personnes sur une île sont assassinées les unes après les autres.
La tension vient à la fois de l’intérieur du groupe, car la relation complexe entre les membres manque de confiance et de l’extérieur via l’histoire du pêcheur et de son frère ayant perdu la raison. La tension repose sur les effets sonores. Cela fonctionne très bien et permet de l’accentuer. La musique pratiquement absente fait son retour lors des mises à mort pour surprendre le spectateur.
Qui est le responsable de ces meurtres ? La mise en scène permet aux spectateurs de dresser leur liste de suspects et de se méfier des personnages.

La folie guette
O’Connolly joue avec le public en insinuant continuellement le doute. Les personnages disent-ils la vérité ou sont-ils fous ?
La scène d’hypnose régressive, et son montage épileptique, poussent le spectateur à se demander si la victime ne serait pas la coupable. La superposition des actes de violences et du visage de la jeune femme donne l’impression qu’elle tient le couteau.
Sur l’île, les protagonistes voient des ombres et entendent des sons étranges. Ces sentiments peuvent être interprétés comme la manifestation de la peur, mais aussi comme une incarnation d’une folie meurtrière.
L’histoire de Saul, le frère du pêcheur, finit d’appuyer l’idée que l’île rend fou.
L’aliénation est une thématique qui fonctionne parfaitement avec celle de la sexualité. L’île représente l’oppression et la frustration imposées par la société envers ceux qui l’ont défiée. Elle les teste et dès que les protagonistes cèdent à leur vice, l’île les torture psychologiquement avant de les punir.
Le véritable coupable de ce massacre de chair est cet enchevêtrement de rochers qui piège et punit ceux qui ne suivent pas ses règles.

Petite série B
La Tour du diable possède quelques longueurs, surtout dans sa première partie, et son écriture n’est pas parfaite. Certains points du scénario auraient dû être supprimés et d’autres davantage travaillés, notamment sur son sous-texte social. Cependant, il reste agréable à suivre et offre de bonnes idées dans ses mises à mort, son ambiance et ses thèmes.
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Le film est disponible en Blu-ray et Dvd dans une édition comportant un livret de 24 pages de Marc Toullec ainsi qu'une présentation du film par Eric Perett. Les + Les - La HD qui ne met pas en valeur certains effets pratiques. => Achetez chez notre partenaire Metaluna=> Spécificités du DVD/Bluray sur le site de Sin'Art |
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


