Un texte signé Sophie Schweitzer

Danemark - 2024 - Kasper Juhl
Titres alternatifs : Blodsuger
Interprètes : Amanda Svane, Mie Gren, Frederik Carlsen

reviewSadique-master festival 2024

Bloodsucker (2024) – Found footage

Kasper Juhl rend hommage aux films de vampire dans son long métrage Bloodsucker tout en dépoussiérant le genre.

Viktor en est convaincu : devenir vampire est la meilleure chose qui ait pu lui arriver ! Pour mieux s’en convaincre, il décide de documenter sa nouvelle vie à travers l’œil d’une caméra qui le suit dans une virée sanglante. En effet, sa créatrice, Céleste, lui a demandé d’engendrer quelqu’un. La quête de la parfaite compagne peut dès lors commencer. Seulement, Céleste désapprouve ses choix. Viktor se retrouve alors plongé dans un dilemme : trahir la volonté de sa créatrice et avoir une chance de trouver le bonheur ou l’écouter et risquer de sombrer dans une folie meurtrière.

Bloodsucker est la première immersion de Kasper Juhl dans l’univers des vampires. Le réalisateur danois aime aller creuser dans une horreur graphique et physique. Il a déjà une longue carrière derrière lui où il a pu explorer les différents sous-genres de l’horreur moderne, le tout avec une mise en scène qui se veut réaliste et au plus proche de ses personnages. Ici, il utilise le found footage pour donner à son film une teinte particulière.

Bloodsucker 5
Bloodsucker 4

Le film de vampire dépoussiéré

Le found footage est un sous-genre qui consiste à faire croire que les images montrées au spectateur ont été filmées par les personnages. Il a eu un grand succès à partir de 1999 avec le film The Blair Witch Project. Pour autant, c’est plutôt REC en 2007 et Paranormal Activity en 2007 qui ont fait connaître le genre au grand public. S’il se fait plus rare depuis quelques années, le genre continue d’inspirer, comme en témoigne le film Under the Skin de Jonathan Glazer sorti en 2013 qui filmait Scarlett Johansson chassant dans les rues écossaises. Ce film plus expérimental n’est pas sans rappeler les plans où l’on voit Viktor chasser dans les rues danoises à bord d’un van sous l’œil de la caméra nullement cachée. Pourtant, Kasper Juhl n’a pas vu Under the Skin, il s’agirait donc d’un heureux hasard.

En revanche, les références vampiriques du réalisateur se sentent. Que ce soit Aux Frontières de l’Aube de Kathryn Bigelow, Les Prédateurs de Ridley Scott ou encore les vampires de Anne Rice. Cela se sent notamment dans l’aspect horde sauvage donné à la famille vampirique, mais aussi et surtout dans les relations entre les membres de la famille. En particulier avec l’emprise qu’à Céleste sur tout ce petit monde. Kasper Juhl s’est emparé de ces thématiques pour les brasser dans une œuvre qui s’en distingue, à la fois par sa mise en scène tranchant avec le classicisme des films de vampires de l’ancienne génération, mais aussi par le fait qu’il ait choisi des personnages très éloignés des aristocrates et des bourgeois qui habitent habituellement les films de vampires.

La plupart des personnages de Bloodsucker sont assez punks dans l’esprit. Céleste notamment attire le regard. Cecilie Häggqvist, qui est dans son premier rôle cinématographique, évoque sans peine Catherine Deneuve dans Les Prédateurs, pour son caractère de prédatrice au sommet de la chaine, contrôlant son petit monde. Mais elle s’en distingue aussi, tant dans son jeu très félin que dans son apparence avec ses très beaux tatouages et ses piercings. Isabella, incarnée par Mie Gren, actrice qui a souvent tourné avec Kasper Juhl, pourrait évoquer le personnage de Susanne Sarandon dans Les Prédateurs, excepté qu’elle épouse un look à la David Bowie, androgyne et fascinant, d’autant qu’elle est ambivalente et dangereuse. Son regard et son visage très mobile captivent le spectateur et donnent de la force à son personnage.

Bloodsucker 2
Bloodsucker 1

Une histoire d’amour compliquée

Face à ce duo, Frederik Carlsen incarne un Viktor qui ne cherche qu’à profiter de sa nouvelle vie. Il peut être cruel, sadique, parfois même assez maladroit, et à la fois touchant et sympathique. Cela est aussi et principalement dû au travail de l’acteur qui arrive à rendre sympathique un personnage qui commet beaucoup d’erreurs et s’avère incapable de faire face à Céleste. Il n’arrive pas à défendre son point de vue et subit naïvement la plupart des actes et choix de Céleste, ce qui renforce la thématique de l’emprise voulue par le réalisateur. Il est à sa manière une sorte de Louis de la pointe du lac, qui chercherait l’amour et le bonheur alors que sa créatrice veut le transformer en créature de la nuit sans âme et sans remords. Mais il est bien plus captivant et drôle à suivre que Brad Pitt dans Entretien avec un Vampire !

Bloodsucker n’est pas seulement tragique, il n’épouse pas seulement les émois de ses personnages, il est aussi fun. Il y a de l’humour qui survient régulièrement. Que ce soit du jeu des acteurs, de la mise en scène qui prend du recul avec l’action ou simplement de situations qui sont assez comiques. Comme l’est la scène où Viktor et sa nouvelle compagne décident de s’attaquer à un couple « chiant ». Ils choisissent donc une approche de couple échangiste. Sauf que, le couple humain, lui, passe son temps à s’assurer du consentement de leurs partenaires. Ce qui amuse au début finit par pointer du doigt tout ce qui ne va pas dans la relation de Viktor avec Céleste. Le couple , aussi chiants soit-il, font preuve d’énormément de respect et d’écoute. C’est une excellente scène qui arrive au bon moment, qui en dit beaucoup sur les personnages tout en restant décalée et humoristique.

Enfin, il y a aussi une recherche du réel dans Bloodsucker. Que ce soit dans cette scène d’échangisme maladroit, dans la chasse opérée par Viktor ou dans les relations entre les personnages, tout paraît réaliste. Viktor ne sait jamais comment s’adresser à Céleste qui le fascine, la relation d’emprise se tisse au fur et à mesure et les réactions de Viktor donnent d’autant plus de force et de crédibilité au propos du film. A cela s’ajoute la mise en scène de found footage qui, elle aussi, apporte de l’humour, mais aussi souligne le réalisme recherché.



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Article rédigé par : Sophie Schweitzer

Ses films préférés : Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

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