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Lorsque Gamera apparaît en 1965, l’ambiance est tendue. Le monde se trouve en pleine guerre froide et celle du Vietnam approche. Pour oublier les soucis, les Japonais s’évadent au cinéma devant les films de Kaiju et de science-fiction américains. Face à ce succès, le studio Daiei, connu notamment pour avoir produit Rashōmon, décide de se lancer à son tour dans le film de monstre. C’est ainsi que naît le projet Gamera.

Gamera, la tortue communiste
Gamera pourrait être vu comme un clone de Godzilla pour profiter de son aura. Pourtant il suffit de regarder le film réalisé par Noriaki Yuasa pour comprendre que le métrage est plus riche.
Gamera utilise les codes des films de science-fiction américains. Dans ces longs-métrages, la menace représente une métaphore de la guerre froide et de la menace communiste. Gamera évoque ici une menace extérieure puisqu’elle est née d’une attaque nucléaire inconnue. D’ailleurs, la créature en position vol est qualifiée de « soucoupe volante ». Dès son introduction, le réalisateur antagonise Gamera en jouant sur le mystère, le révélant petit bout par petit bout. Ce choix de mise en scène permet de faire ressentir l’immensité du monstre et sa dangerosité. Il brise la normalité.
Gamera incarne également l’état d’esprit Japonais de l’époque. Les personnages adultes sont montrés comme pessimistes, mais surtout fuyants. En effet, le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale reste très présent. La population préfère l’oublier. Dans le métrage, le spectateur observe des jeunes adultes qui s’enferment dans la musique afin d’ignorer le drame en cours. Le Japon cache la poussière sous le tapis. Ce n’est pas une solution, juste un moyen de repousser les problèmes et la souffrance. Le public trouve un écho lors du final, lorsque la créature est envoyée dans l’espace. Le Dr. Hidaka (Eiji Funakoshi) se réjouit de cette victoire qui, aux yeux des spectateurs, ne représente qu’une fuite.


Le cri de colère
Gamera est perçu comme un antagoniste parce qu’il exprime ces émotions négatives et le refoulement. Chacune de ses scènes le montre triste, mais surtout très en colère. Il s’en prend à l’armée, et ses cibles de prédilections sont les centrales nucléaires qui sont à la fois un symbole de modernité et de traumatisme.
Sur ce point, il rejoint le combat de Godzilla.
La créature permet également de mettre en avant des problèmes écologiques notamment, les changements d’écosystème marin après des catastrophes. Ce problème est important puisqu’il a un impact sur la vie économique et sociale du Japon. Lors d’une scène prenant place sur le marché, le spectateur apprend que le péché est impacté.
La colère de Gamera est puissante et se ressent à chaque coup et chaque destruction d’immeuble et de centrale nucléaire. Malgré un budget faible, l’équipe des effets spéciaux réussit à retranscrire la menace que représente Gamera en mélangeant maquette, matte painting, costume et effet pyrotechnique.


Le point de vue enfantin
Le point de vue de l’enfant représente une nouveauté dans le genre très codifié du Kaiju. Cet élément fait partie du grand succès du film, les enfants ayant apprécié d’être représentés. Toshio (Yoshiro Uchida) est un petit garçon en mal d’amour, ignoré par les adultes. Pour ce personnage, le réalisateur s’est inspiré de son vécu. Il a énormément souffert pendant la guerre d’être mis de côté par des adultes obsédés par la propagande, avant de tout laisser tomber du jour au lendemain. Ne pas avoir le droit de s’exprimer et la solitude ont brisé la confiance d’un enfant envers les adultes. Cette souffrance a énormément marqué le cinéaste
Toshio est désigné comme anormal par les adultes parce qu’il s’enferme dans un monde avec sa tortue, sa seule amie. Ne pas être conforme aux règles de la société lui vaut d’être jugé, mais personne ne s’inquiète pour sa santé mentale. Le spectateur se rend compte que cet enfant souffre de ne plus avoir sa mère et semble en mal d’amour. Lorsque Gamera apparaît, il voit dans le monstre sa tortue adorée, sa seule amie qu’il vient de perdre à cause de son père. En voulant retrouver ce seul amour qu’il lui restait, l’enfant se met en danger.
Malgré ses problèmes, l’enfant reste toujours positif, il pense que Gamera est en colère parce qu’elle est seule. De ce fait, Toshio pousse les scientifiques à trouver une solution pacifiste et d’épargner Gamera. Cette vision peut paraître naïve, mais donne l’espoir d’un futur plus brillant dans lequel la jeunesse ne pense plus à la guerre.
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Article rédigé par Faye Fanel
Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


