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À côte de la filmographie du réalisateur de Voodoo Man, celle de Jess Franco fait peine à voir en atteignant laborieusement les 200 films au compteur. William Beaudine compte en effet près de 400 réalisations, dont vingt épisodes de la série Rintintin (1958-1959) qui a certainement bercé l’enfance des plus anciens. Pionnier d’Hollywood, le bonhomme commence sa carrière dès 1915 et enchaîne les courts-métrages avant de connaître le succès. Ses œuvres remarquables, La Petite Annie (1925) et Les Moineaux (1926), tirent également et admirablement parti de la présence d’une star du muet, Mary Pickford, fort appréciée par le public de l’époque pour sa grâce juvénile et primesautière. Par la suite, insatiable à l’image de son successeur hispanique, le bougre ne pourra s’empêcher de tourner tout et n’importe quoi, compromettant l’honorabilité de son œuvre.


Voodooo Man fait partie de cette période moins glorieuse. Pour autant, pas question de bâcler. Appliqué, le réalisateur démontre sa conscience professionnelle en mettant en images une histoire divertissante, malgré les limitations de ce type de production. Notamment : la caméra fixe, les acteurs semblant réciter un texte écrit d’avance, ainsi que l’absence d’effets spéciaux… Mais, finalement, qu’importe la théâtralité de l’ensemble lorsque l’histoire se révèle aussi amusante et qu’autant de beautés gravitent autour d’un Bela Lugosi encore en forme. Distingué, le Dracula de Tod Browning affiche ici la même barbichette que celle qu’il portait déjà en 1932 à l’occasion du film Les Morts-vivants et démontre ses talents de séducteur.
Le film de Victor Halpering offrait l’occasion à Bela Lugosi de donner le go aux zombies sur grand écran. Sorcier vaudou, il avait alors dans l’idée de se doter d’une armée d’esclaves. Ici, l’acteur personnifie le Dr Marlowe qui maintient sa douce moitié en vie, mais dans un état catatonique. Pour redonner toute sa vitalité à Evelyn, Marlowe s’accroche au dernier espoir qui lui reste, un allié dévoué en la personne de Nicholas. Le pompiste, qui est aussi prêtre vaudou à ses heures perdues, apporte son aide à son ami en essayant de transférer l’esprit d’une jolie et pétillante jeune femme dans l’enveloppe sans vie d’Evelyn. Sur le papier, l’idée semble un jeu d’enfant. Malheureusement, trouver la personne compatible avec Evelyn se révèle bien plus compliqué que prévu. Ainsi, les échecs se multiplient et les infortunées victimes du duo s’entassent désormais dans le sous-sol de la demeure…


Parmi cette demi-douzaine de beautés, on trouve Louise Currie et Wanda McKay, deux actrices qui ont accompli une jolie carrière dans la série B et le Z. Ensemble, elles apportent charme et glamour au métrage qui bénéficie d’autres atouts encore. Ainsi, dans la peau du prêtre vaudou, George Zucco, surnommé le Bela Lugosi du pauvre, consolide le casting en secondant agréablement son mentor. Également de la partie, John Carradine incarne un personnage franchement inquiétant. Montrant sa peine aux femmes envoûtées, il rythme pourtant, avec son tambour et un enthousiasme qui confine au sadisme, les cérémonies vaudoues dont elles sont les premières victimes. Hasard du destin, John Carradine reprendra l’année suivante le rôle de Dracula délaissé par Bela Lugosi à l’occasion du sublime La Maison de Frankenstein (1945).
Voodoo Man s’avère, pour sa part, moins admirable… De manière assez amusante, on notera par exemple que le film oublie d’expliquer comment Bela Lugosi et George Zucco parviennent à faire en sorte que les jeunes femmes motorisées tombent systématiquement en panne au même endroit. Reste que les facilités auxquelles se prête le scénario se révèlent toujours amusantes et démontrent surtout que l’essentiel est de divertir. On passera donc sur l’absurdité de certaines séquences, et en particulier les séances vaudoues peu crédibles, voire ridicules.
À la place, on notera l’ambiance générale, remarquable avec ses scènes de nuit étranges. L’aura, presque atmosphérique, est à son comble lorsque les jolies zombies du Dr Marlowe errent la nuit tombée, vêtues de robes blanches, évoquant les mêmes apparitions issues du Vaudou, alias A Walked with a Zombie, signé l’année précédente par Jacques Tourneur.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

