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Golgo 13 – Assignment Kowloon (1977) – Sniper élite

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Japon, Hong Kong
Année de production

1977
Réalisation

Yukio Noda
Titres alternatifs

Gorugo Sātīn Kûron no kubi
Interprètes

Sonny Chiba, Callan Leung, Etsuko Shihomi, Jerry Ito

À la fin des années 70, le cinéma d’action japonais traverse une période charnière. Moins spectaculaire que son équivalent hongkongais, encore éloigné des débauches chorégraphiques à venir, il privilégie alors une autre voie : celle de la rigueur, de la tension sèche et de figures héroïques taillées dans le granit. Golgo 13: Kowloon Assignment, réalisé en 1977 par Yukio Noda, s’inscrit pleinement dans cette tradition. Un film d’action sans esbroufe, porté par un personnage déjà mythique et par l’une des présences les plus charismatiques du cinéma nippon : Sonny Chiba.

Golgo 13 Assignment Kowloon 04

Créé par Saito Takao, Golgo 13 est un tueur à gages hors normes, sniper d’élite dont la réputation traverse les frontières. Un professionnel mutique, insaisissable, à la précision quasi surnaturelle, qui parcourt le globe pour honorer des contrats toujours plus périlleux. Figure sombre et radicale, Duke Togo apparaît comme une variation violente et amorale de l’espion occidental : pas de patriotisme, pas de gadgets, pas de discours : seulement une mission et une cible. Après une première adaptation portée par Ken Takakura, c’est Sonny Chiba qui reprend le rôle dans cette seconde incarnation cinématographique.

Le changement de décor est immédiat. Exit le Japon : l’action se déploie cette fois à Hong Kong, territoire idéal pour un cinéma qui cherche l’exotisme sans quitter l’orbite asiatique. La ville offre un terrain de jeu urbain dense, vertical, nerveux, tout en bénéficiant encore de l’aura internationale laissée par Bruce Lee. Pourtant, malgré cette délocalisation, Golgo 13: Kowloon Assignment reste profondément japonais dans son formalisme. Noda ne cherche pas à singer le cinéma local ; il impose au contraire une approche plus retenue, fidèle aux codes de l’action nippone de l’époque.

Golgo 13 Assignment Kowloon 05

Le récit repose sur un schéma volontairement simple. Un contrat, une cible, des intermédiaires troubles et une police lancée aux trousses du tueur. Dès son apparition, Golgo 13 est présenté comme une force implacable, presque abstraite. La mise en scène insiste sur sa supériorité absolue : distance, précision, absence d’émotion. Il ne fait aucun doute qu’il ira au bout de sa mission, et le film ne cherche jamais à créer un faux suspense sur son issue. L’enjeu est ailleurs, dans la mécanique du récit et dans les frictions qu’il génère entre criminels, forces de l’ordre et tueurs concurrents.

Sonny Chiba, fidèle à l’image qu’il s’est construite tout au long des années 70, incarne Golgo 13 comme un anti-héros pur et dur. Peu de dialogues, un visage fermé, un regard constamment chargé de menace. Là où Takakura imposait une froideur presque spectrale, Chiba ajoute une dimension physique plus marquée. Son Golgo 13 n’est pas seulement un tireur d’élite, c’est un corps prêt à exploser, une violence contenue qui ne demande qu’à s’exprimer lorsque les circonstances l’exigent. Une incarnation parfaitement cohérente avec la galerie de rôles que l’acteur affectionne : des hommes solitaires, dangereux, qui préfèrent l’action aux mots.

Golgo 13 Assignment Kowloon 06

Contrairement aux productions hongkongaises du moment, le film ne multiplie pas les scènes d’action. Les fusillades et combats sont relativement peu nombreux, mais chacun d’eux frappe par sa brutalité frontale. Noda privilégie l’impact plutôt que la quantité. Une bagarre sèche, un couteau planté sans détour, une poursuite qui se conclut par une cascade impressionnante : l’action surgit, fait mal, puis disparaît. Rien de décoratif ici, seulement une violence fonctionnelle, presque clinique, qui correspond parfaitement au personnage central.

La mise en scène, sans être particulièrement inventive, se montre efficace et lisible. Noda sait cadrer ses acteurs, maintenir une tension et exploiter correctement les décors urbains de Hong Kong, même s’il ne pousse jamais le curseur jusqu’à une véritable appropriation de l’espace. On sent un artisan solide, plus soucieux de raconter son histoire que d’imposer une signature visuelle. Le film avance sans temps mort, porté par un montage nerveux et une réalisation qui va droit au but.

Autour de Chiba gravite une galerie de personnages secondaires typiques du cinéma d’action des années 70. Etsuko Shihomi, protégée de l’acteur, apparaît brièvement, sous-exploitée mais toujours impressionnante lorsqu’il s’agit de démontrer ses capacités martiales. Du côté des acteurs chinois, certaines présences marquent davantage que d’autres, entre figures policières déterminées et silhouettes criminelles parfois caricaturales. L’ensemble reste fonctionnel, au service d’un récit qui ne cherche jamais à s’attarder sur la psychologie.

Golgo 13 Assignment Kowloon 07

Mais au-delà de son intrigue et de son action, Golgo 13: Kowloon Assignment séduit surtout par son parfum d’époque. Tout ici respire les années 70 : les costumes, les coiffures, les voitures, les bars enfumés, les dispositifs de surveillance encore balbutiants. La bande-son, typique de la décennie, accompagne parfaitement cette immersion rétro, tout comme la réalisation ponctuée de zooms abrupts et de mouvements de caméra parfois agressifs. Le film devient ainsi un témoignage précieux d’un cinéma d’action aujourd’hui disparu, à la fois naïf et brutal, sérieux et excessif.

Évidemment, Golgo 13: Kowloon Assignment n’est pas un sommet du genre. Le scénario reste prévisible, les personnages secondaires manquent d’épaisseur et la mise en scène ne cherche jamais à transcender ses limites. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Le film assume pleinement sa nature de production populaire, conçue pour offrir un spectacle efficace et un personnage iconique incarné par l’un des acteurs les plus emblématiques de son époque.

En définitive, ce long métrage apparaît comme une pièce représentative du cinéma d’action japonais des années 70 : sérieux, rugueux, parfois maladroit, mais sincère dans sa démarche. Ni chef-d’œuvre oublié ni simple curiosité, Golgo 13: Kowloon Assignment demeure un plaisir solide pour les amateurs du genre et un point d’entrée tout à fait honorable dans l’univers de Golgo 13. C’est un film qui ne révolutionne rien, mais qui fait exactement ce qu’on attend de lui – et parfois, c’est amplement suffisant !



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Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé