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Métrage ultra fauché malsain et gore signé Frank Henenlotter, « Basket Case » (ou « Frères de sang ») s’impose pourtant, au début des années 1980, comme un classique culte de l’horreur indépendante à petit budget.
Armando Muñoz s’en empare pour une novélisation très plaisante qui enrichit énormément l’intrigue et la rend passionnante, y compris pour les connaisseurs du long-métrage. Auto-proclamé nouveau roi de la novélisation, Armando Muñoz s’est attaqué à « Happy Birthday to me », « Douce nuit sanglante nuit », « Black Xmas », etc. Il reprend ici l’histoire à la fois horrible et pathétique de Duane et Belial, deux Siamois séparés à la naissance. Le premier, normal à l’exception de cicatrices sur le torse, trimballe le second, affreusement déformé, dans un panier d’osier. Les frangins quittent leur campagne pour se rendre à New York afin de se venger des chirurgiens qui, jadis, les ont séparés afin de laisser mourir le monstrueux Belial.
Si Henenlotter traitait de la crasse d’une New York dangereuse et insalubre, Armando Muñoz s’y intéresse bien davantage, la littérature lui permettant des scènes impossibles avec le budget dont disposait le cinéaste. Nos frères découvrent ainsi une métropole cradingue, peuplée d’une faune peu recommandable et hétéroclite, au tout début des eighties, version punk et disco décadente. Maquereaux, gigolos, putes, camés, transsexuels et autres rejetés se rejoignent donc dans un hôtel miteux, le Broslin, où échouent finalement Duane et Belial. Toute cette galerie de marginaux gagne beaucoup en profondeur et crée une impression de cour de miracles et de débrouille permanente pour ces rejetés de la société.
Armando Muñoz creuse, en outre, la relation télépathique entre les siamois, qui les lie de manière indissociable. Cela rend leur existence plus intéressante et leur donne un regard candide sur la Grosse Pomme.
Évidemment, le romancier peut également approfondir la personnalité de Belial, dépeindre sa souffrance, sa solitude, son besoin d’amour et de sexe, ici comblé par l’utilisation d’objets divers introduits dans son cul. Des passages souvent malaisants mais non dénués d’un second degré salvateur. D’ailleurs notre Belial expérimente par la suite les théâtres érotiques, les cinémas pornos, les clubs de striptease et même les glory holes afin de recevoir sa sodomie souhaitée.
Le roman explique encore sa dépendance à la drogue et rend sa croisade meurtrière plus crédible et nuancée, par exemple via des flashbacks explicatifs. Ainsi, l’auteur augmente le côté émouvant de son « monstre » et rend, par ricochet, les médecins plus détestables. L’un d’eux aurait d’ailleurs des liens avec la Mafia… Pourtant Belial apparait paradoxalement comme plus brutal que dans le métrage. Là où ce dernier en faisait une sorte d’innocent poussé à la violence, le livre démontre son côté plus réfléchi et responsable de ses actes. Il agit parfois de manière méthodique et commet davantage de meurtres, certains gratuits comme celui du policier chargé de l’enquête.
Bref, Armando Muñoz développe et épaissit largement le récit concernant Belial mais, également, l’existence de Duane. Au lieu d’un flirt naïf et maladroit, il lui offre une romance plus vraisemblable avec Sharon, que nous suivons dans sa vie quotidienne. Ayant perdu son emploi de réceptionniste (suite au meurtre de son patron par les frères), elle remonte son groupe punk et joue sur scène. Cela permet au romancier de s’imprégner de l’ambiance du New York des années punk. Dans un esprit similaire, il envoie à plusieurs reprises ses « freaks » assister à des séances du ‘Rocky Horror Picture Show ».
Enfin, Armando Muñoz rend plus palpable les difficultés de la relation entre Duane et son frère, ponctuée de disputes mais littéralement impossible à briser. Il donne aussi à Duane des hésitations sur la pertinence de sa vengeance et le fait douter. Pourquoi ne pas laisser tomber Belial et vivre une existence normale en compagnie de Sharon ? Cela explique davantage le viol et le meurtre de la jeune punkette par un Belial jaloux et craignant d’être abandonné.
Le final, de son côté, se montre nettement plus développé, nous permettant de suivre les pensées des deux frères durant leurs derniers instants. Il possède en outre un côté inéluctable qui accentue la tragédie du récit, d’ailleurs débarrassé de son humour noir, à l’exception de certaines réparties de Sharon.
Libéré des contraintes budgétaires et de censure du métrage, Armando Muñoz prend son sujet à bras le corps pour livrer une novélisation très prenante et même exemplaire. Il suit la trame générale du film sans se laisser enfermer par le scénario, explore le décor new-yorkais en long et en large, s’intéresse aux personnages entourant les frères, gomme les scories du film original et augmente fortement le côté sexuel et gore. Bref, un ensemble volontiers brutal et extrême à la manière du splatterpunk. Si un jour « Basket Case » passe par la case du remake, que les scénaristes s’inspirent de cette version !
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Article rédigé par Frédéric Pizzoferrato
Ses films préférés - Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell


