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Le Monstre de minuit – Sauver les pauvres, c’est ridicule !

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1942
Réalisation

Wallace Fox
Titres alternatifs

Bowery at midnight
Interprètes

Bela Lugosi, Wanda McKay, John Archer, Dave O'Brien, Lew Kelly, Wheeler Oakman, Tom Neal...

Wallace Fox signera 80 films durant sa carrière spécialisée dans le Z. Principalement, on retiendra le film d’aventure exotique Red Morning (1934), ainsi que Le Voleur de cadavres (1942), plus connu sous son titre original The Corpse Vanishes. Se démarquant par un scénario outrancier et absurde, The Corpse Vanishes se déroule dans une maison remplie de fous pervers, de créatures difformes et de déficients mentaux aux mœurs condamnables. Un spectacle trash qui n’a rien à envier à celui proposé par Le Monstre de minuit, réalisé la même année et dont il va être question ici…

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Pour l’occasion, Bela Lugosi incarne Karl Wagner, gérant de la distribution d’une soupe populaire au bénéfice des sans-abris dans le quartier difficile de la Bowery. Si son personnage a tout d’un philanthrope, en réalité, il utilise ses activités de bienfaisance pour recruter les malfrats de la pire espèce qui se mélangent à la population des nécessiteux fréquentant l’établissement. Ensuite, une fois les larcins commis par ses hommes, tel un manager des temps modernes, Wagner n’hésite pas à sacrifier ses proches collaborateurs pour s’épargner le partage des magots.

L’écosystème économique que le bougre a mis en place fonctionnerait à merveille si son comparse et scientifique Brooks se débarrassait vraiment des corps de ses associés. En réalité, Brooks utilise les macchabées pour des expériences de résurrection de cadavres. En plus, l’étudiant Richard n’apprécie pas que sa fiancée Judy perde son temps à s’occuper des miséreux en travaillant bénévolement à la soupe populaire. Dès lors, avec la ferme intention de démasquer les agissements de Wagner qu’il juge, à raison, trop bon pour être honnête, Richard décide d’infiltrer l’organisation caritative…

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Le Monstre de minuit se déroule essentiellement dans la Bowery, quartier de Manhattan qui s’est considérablement appauvri au moment de la dépression économique. Dans les années 30 et 40, l’arrondissement n’est plus qu’un trou à rats, lieu de rendez-vous des vauriens, des alcooliques, ainsi que des SDF comme aime à le souligner le scénario livré par Gerald Schnitzer et Sam Robins. Précisons que les deux pourvoyeurs de scripts à l’intention des poverty row font preuve d’un mépris quelque peu affligeant en faisant du personnage de Richard un héros franchement détestable n’hésitant pas à rembarrer sa future fiancée Judy qu’il juge trop miséricordieuse : « Amuse-toi toute seule avec tes bonnes œuvres », lui lance-t-il… Si le bonhomme ne fait aucune distinction entre les voyous et ceux que la vie a escamotés, la réalisation de Wallace Fox ne se montre pas plus disposée à mettre de l’eau dans son vin. D’ailleurs, dans le film, l’organisation administrée par Bela Lugosi se révèle effectivement un bouge à truands…

Ironiquement, la réalité de la Bowery va s’avérer plus sarcastique encore. Ainsi, après avoir été la pépinière de la musique punk en permettant l’émergence d’artistes comme Patti Smith, Blondie, The Ramones ou Talking Heads, le quartier se voit réhabilité dans les années 90. En clair, les logements sont vidés des pauvres afin qu’ils puissent désormais accueillir ceux-là même qui méprisaient leurs misérables occupants quelques dizaines d’années auparavant.

À l’image de ce processus de gentrification, le film s’avère cruel. Les protagonistes meurent facilement, sans emphase, même quand il s’agit d’un personnage plutôt sympathique, à l’instar de l’épouse de Wagner. Ce dernier va s’avérer totalement immoral, capable, par exemple, de sacrifier un comparse en le balançant d’un toit afin d’attirer l’attention de la foule pendant qu’un autre larron s’occupe du braquage.

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Au final, on se trouve probablement face à un scénario bien plus intéressant qu’il n’y paraît de prime abord. Mais, pour trouver des éléments vraiment attrayants dans l’histoire qui nous est contée, il faudra tout de même faire preuve d’imagination afin de relier les séquences manquantes. Accessoirement, il conviendra de s’asseoir, aussi, sur un nombre assez incalculable d’invraisemblances.

Ces paradoxes servent toutefois le côté trash et réjouissant de l’ensemble… À l’image de cette cave secrète inconnue du personnage de Bela Lugosi… La tanière se trouve cachée sous une trappe, elle-même dissimulée sous le sol du cimetière clandestin, camouflé en ce qui le concerne derrière une porte dérobée, derrière laquelle, enfin, errent les comparses assassinés par Bela Lugosi, tels des zombies. Ouf ! On ne sait si les malheureux ont été épargnés ou ressuscités par ce médecin toxicomane attendant le bon moment pour se venger. C’est aussi branlant qu’un château de cartes, mais le délire est assuré.

Ainsi, durant l’intégralité de ces 60 minutes de métrage, Le Monstre de minuit divertit contre toute logique. Le film offre, de surcroît, un Bela Lugosi endossant la peau, non pas d’un personnage, ni même de deux, mais de trois personnages, puisqu’il est à la fois le sympathique professeur Brenner ainsi que Karl Wagner au double visage… À moins que ce ne soit Brenner qui soit ambigu… Bref…

Le final du film, étrange avec sa horde de zombies au beau milieu d’un film policier, fait du Monstre de minuit un plaisir coupable pour les amoureux d’un cinéma résolument pas comme les autres.


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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma