Retrouvez Bonita Granville, à l'affiche de La Clé de Verre, au sommaire de Sueurs Froides 37 qui consacre un dossier au personnage qui l'a rendu célèbre : Nancy Drew

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La Clé de verre – élégance incorruptible

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1942
Réalisation

Stuart Heisler
Titres alternatifs

The Glass Key
Interprètes

Brian Donlevy, Veronica Lake, Alan Ladd, Bonita Granville, Richard Denning, Joseph Calleia, William Bendix, Frances Gifford...

À la fin des années 50, la Paramount est en déclin, malgré le succès rencontré par Les Dix Commandements (1956). Pour renflouer les caisses, le studio décide de vendre 764 films produits avant 1950 à Universal Television. En effet, la Paramount ne voyait pas l’intérêt de conserver dans son répertoire ces films qu’elle estimait obsolètes… Parmi eux, on trouve l’innovant La Clé de verre, à l’origine du film noir et doté d’un casting haut en couleur avec, en tête de proue, l’inoubliable Veronica Lake.

La Clé de verre 06
La Clé de verre 03

Autrefois, Paul Madvig était un gangster, mais aujourd’hui, il souhaite faire partie des gens honorables. C’est pourquoi il soutient la candidature de Ralph Henry au poste de gouverneur. En échange, il espère obtenir la main de Janet, la belle fille de Henry. Malheureusement, son passé ne cesse de se rappeler à lui. Ainsi, lorsque le fils de Henry est retrouvé assassiné, les soupçons se portent automatiquement sur Paul. Le bras droit de ce dernier, Ed Beaumont, qui s’est amourachée entre-temps de la mystérieuse Janet, tente alors de prouver l’innocence de celui qui est également son ami. La tâche ne va pas s’avérer si aisée, en particulier parce que Paul s’est fait des ennemis en quittant le milieu des gangsters. Dont Nick Varna, mafieux notoire. Têtu, Paul s’obstine également à cacher des informations importantes. Ed se voit alors obligé d’infiltrer le cercle sordide de Nick Varna…

La Clé de verre est un film au charme suranné indéniable dont l’élégance se voit ici incarnée par des acteurs au diapason. Parmi eux, la fascinante Veronica Lake, cible du gangster repenti Paul Madvig ainsi que de son meilleur ami, Ed Beaumont. On ne saurait moins les comprendre. En effet, à défaut d’être une grande actrice, la vedette incarne de manière éclatante la beauté glamour du Hollywood des années 40. Inspirant les poètes comme le producteur Arthur Hornblow qui disait de ses yeux qu’ils étaient « calmes et clairs comme l’eau d’un lac bleu ». La voix grave et enivrante de la dame ne laissent pas de marbre non plus.

Mais si Veronica Lake évoque encore quelque chose aujourd’hui, c’est probablement parce qu’elle a inspiré le personnage de Dolores dans Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988). Précisons que l’actrice doit sa popularité éternelle à cette mèche blonde qu’elle a laissé tomber devant son œil dans L’escadrille des jeunes en 1941. L’artifice confère à son visage un aspect mystérieux qui fait son effet dans les années 40. La coiffure devient alors si populaire que les jeunes femmes l’adoptent même au travail. Dans les usines, la mèche se montre néanmoins peu adaptée au travail à la chaîne et provoque malencontreusement de nombreux accidents…

La Clé de verre 05

Comme beaucoup de starlettes, Veronica Lake terminera sa carrière dans des séries Z de la trempe de Flesh Feast (1970) où elle affronte des nazis exilés en Californie essayant de redonner vie au cadavre d’Adolf Hitler. En attendant ce triste crépuscule, Veronica Lake se voit largement mise en valeur par le réalisateur de La Clé de verre qui exploite parfaitement son aura magique. Au point que ses apparitions sont presque attendues par le spectateur.

Aux côtés de la belle, on trouve d’autres acteurs tout aussi fins et racés. En tête de liste Alan Ladd, star au destin tragique, retrouvé mort dans son lit dans des conditions suspectes. Alan Ladd aura connu une carrière faite de hauts et de bas. Celle-ci débute véritablement en 1942 à l’occasion du film noir Tueur à gages où il partage déjà l’affiche avec Veronice Lake.

Tout aussi distingué, Brian Donlevy incarne, pour sa part, l’ancien malfrat Paul Madvig, rustre mais plein de bonne volonté. Le comédien marquera de son empreinte le film noir avec sa carrure lui permettant de jouer les types durs à cuire. C’est probablement la raison pour laquelle il héritera de son rôle le plus mémorable, celui du professeur Quatermass dans Le Monstre (1955) et La marque (1957) de Val Guest.

Reste que, derrière cette façade de courtoisie tirée à quatre épingles, se cache un monde bien moins fringant et pimpant.

Mais surtout, la Clé de verre se montre souvent très violent, voire sadique. Ainsi, le réalisateur Stuart Heisler aime filmer en gros plan le visage de Jeff, bras droit de Nick Varna, tandis qu’il expédie ad partres ses ennemis, la plupart du temps à mains nues.

La Clé de verre 02

L’étonnant William Bendix incarne ce type peu fréquentable qui a tout du dangereux déséquilibré. L’acteur, abonné aux personnages issus de la classe ouvrière en raison de sa carrure en forme d’armoire à glace, incarne ici un personnage franchement inquiétant. En particulier lors d’une séquence étrange durant laquelle Ed Beaumont se frotte au bonhomme afin de lui soutirer des informations.

La façon avec laquelle Jeff se comporte avec le pauvre Ed fait froid dans le dos… Se frottant contre lui presque tendrement, énumérant affectueusement les sévices qu’il s’apprête à lui faire endurer. Brrr… Avec une prestation si intense, on comprend aisément comment il a pu remporter un Oscar la même année pour son second rôle dans La Sentinelle du Pacifique (1942).

Souvent mis à mal, Beaumont n’est pas pour autant le héros sans tâche. Ses manières laissent effectivement un peu à désirer. En particulier lorsqu’il se met à fricoter avec une dame mariée qu’il vient tout juste de rencontrer. L’époux, humilié, ira se suicider, ce qui ne suscitera aucun remord chez un héros qu’on aurait aimé capable de plus d’empathie.

La Clé de verre 01

Mais pouvait-on attendre autre chose de protagonistes issus du monde des gangsters ? Une fine équipe qui se marie à merveille avec celle des politiques, tout aussi peu fréquentables. Le film dresse alors un portrait peu enviable de ces beaux messieurs… Un sénateur qui veut se faire réélire coûte que coûte, un commissaire de police dont le but est surtout de rester en poste, des propriétaires de boîtes de nuit louches, des hommes d’affaires et des gangsters ne luttant que pour leurs privilèges…

Un beau tableau dressé par Stuart Heisler, excellent monteur avant de devenir un solide artisan de la série B. Plus tard, il dirigera Humphrey Bogart dans Tokyo Joe (1949), Gary Cooper dans Dallas, ville frontière (1950), Tony Curtis dans La Patrouille infernale (1954), avant de finalement se tourner vers la télévision au début des années 60. Avec La Clé de verre, il livre son meilleur film, seconde adaptation d’un roman éponyme signé Dashiell Hammett, fondateur du roman noir.

Comprimé en moins de 90 minutes, le récit initialement de 300 pages fait l’impasse sur les motivations des personnages. Néanmoins, les décors sombres, les protagonistes enténébrés aux intentions imprécises ainsi que des motifs comme la violence et la corruption s’avèrent typiques du film noir dont La Clé de verre est l’un des meilleurs représentants. Un film auquel on peut se fier si l’on est en quête d’un divertissement de qualité. Et qui a finalement très peu vieilli, contrairement à ce que pensaient les comptables de la Paramount.



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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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