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Jeux de pouvoir, meurtres et tasse de café. Il ne fait pas vraiment bon vivre dans l’Italie du sud, surtout dans les années 70. Sur la fin des années de plomb, Damiano Damiani livre avec Un homme à genoux une nouvelle démonstration implacable d’une société à la moralité bien mise à mal.

Mafia partout, Justice nulle part
Nino Peralta est un homme ordinaire. Il a bien volé des voitures par le passé, mais après un passage en prison c’est fini ! Alors que l’épouse d’un avocat a été retrouvée séquestrée dans un garage voisin au kiosque, la Mafia dresse une longue liste de personnes à abattre. Peralta, qui livrait un café chaque jour au garage en question, en fait partie. Pour prouver son innocence, il décide d’aborder directement le tueur employé pour son cas.
Les terribles effets domino de Damiano
On le sait bien, le cinéma italien des années 60 et 70 est un miroir explosif de l’Italie des années de plomb. Nombreux sont les cinéastes très réactifs à l’actualité qui agitait le pays. Parmi eux, Damiano Damiani a construit une filmographie hétéroclite où il a su observer la société italienne de son temps. Un homme à genoux s’inscrit dans une lignée de polars somptueux sur la justice où un personnage tente de garder une morale sous la pression de puissances apparemment infinies. La Mafia y est très présente tout comme l’appareil étatique, les deux se confondent d’ailleurs souvent. Dans ces récits, on suit des héros pris dans une impasse et imprégnés par la peur à travers des titres évocateurs qui semblent se répondre (en français en tout cas) – Confession d’un commissaire de police au procureur de la république, Nous sommes tous en liberté provisoire, Un juge en danger, etc. -. Petite déclinaison pour parler d’Un homme à genoux.

Un kiosquier en danger
Le malchanceux du moment est donc Nino Peralta. Il se démène pour prouver son honnêteté à travers son kiosque au milieu d’une rue très passante de Palerme. Entouré par la circulation bruyante, les clients peuvent arriver de partout, parfait pour les affaires ! Sa situation est simple et de condition modeste, bien illustrée par son lieu de travail : minuscule et statique au milieu des flux. Bien flagrant aux yeux de tous, cela appuie la fragilité de la vie de Peralta. Et pour être fragile, celle-ci va être remise en cause par une simple tasse de café. Alors le kiosque devient le lieu où il est impossible de se cacher, parfait pour approcher une cible à abattre ! Prouver sa bonne foi face à un ennemi va être bien difficile, surtout de cette taille.
Seul contre la Mafia qui fait la loi
Palerme, capitale de la Sicile et épicentre de la Cosa Nostra sicilienne, communément appelée Mafia. Pieuvre, cancer, les organisations criminelles portent des surnoms évocateurs sur leur aspect d’expansion : elle attrape tout ce qu’elle approche grâce à ses nombreux tentacules et s’étend où la société est affaiblie. Il est bien évident que d’innombrable films italiens de cette époque abordent le sujet, et c’est loin d’être la première fois pour Damiano Damiano ici. Hydre à une infinie de têtes, la Mafia est invisible à chaque coin de rue : elle nous échappe autant qu’il est impossible de lui échapper. Pour Peralta, son sort semble inéluctable. Le renvoyant à son statut d’ancien délinquant, sa réinsertion est sur le point de crever dans l’œuf. Comme un poulet sans tête, il parcourt Palerme, interrogeant quiconque pourrait l’aider mais tout le monde est paniqué et impuissant. Les mafieux à raisonner eux sont introuvables, bien présents non loin mais invisibles. Tous les lieux du quotidien deviennent dangereux, la mort peut surgir à tout moment. Si Peralta ne peut approcher le moindre chef, il reste un homme à affronter : celui qui doit le tuer.

Nous sommes tous des hommes à genoux
Tentant de renverser une rivalité entre inconnus, Peralta négocie directement auprès du tueur à gages Salvatore Platamona. La relation entre les deux personnages est le principal intérêt du film. Damiano Damiani tisse des rapports multiples entre eux. Craintif, imperméable aux demandes, compréhensif, difficile à cerner, Platamona concentre toute la complexité de la situation. Si l’homme à genoux du titre est bien Peralta, ce dernier en est un également car également sous pression par son activité. Le duo est improbable, aux conditions similaires mais à l’amitié impossible, n’étant pas du même côté du revolver. Tout comme le scénario soigneusement ficelé et la mise en scène constamment tenue, Giuliano Gemma est un Peralta fort charismatique, droit, vif et affolé. Le plus impressionnant reste Michele Placido. Il interprète Platamona sous toutes ses facettes, menaçant, sérieux et pathétique. Par un jeu aux touches comiques bien placées, il relève aussi bien le danger que le ridicule de la situation. On est comme Peralta durant deux heures : nerveux et en panique. Si le cas est affreusement injuste et violent, le film lui ne manque pas de mordant. Surtout : si la liberté est provisoire, Damiano Damiani nous rappelle que les engrenages puissants eux sont permanents.
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Article rédigé par Paul Siry
Ses films préférés - Requiem pour un massacre, Mad Max, Ténèbres, Chiens de paille, L'ange de la vengeance


