Un texte signé Vincent Trajan

Italie, Espagne - 1965 - Duccio Tessari
Titres alternatifs : Una Pistola Per Ringo
Interprètes : Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Lorella De Luca, Antonio Casas, Nieves Navarro

retrospective

Un Pistolet Pour Ringo (1965) – Gâchette facile

1964. Avec la sortie du classique POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS signé Sergio Leone, le cinéma populaire italien reprend de la vigueur en s’engouffre dans la brèche du western, profitant du succès du film de Leone. Très vite, les réalisateurs tournent à tour de bras une ribambelle de longs métrages qui inondent le marché : le western spaghetti flingue tout sur son passage ! Parmi tous ces metteurs en scène, Duccio Tessari se lance dans l’aventure dès 1965 avec son premier western : UN PISTOLET POUR RINGO.

Un pistolet pour Ringo 2

Pour ce faire, l’homme a travaillé lui-même son scénario en s’inspirant de LA MAISON DES OTAGES de William Wyler (1955) avec l’idée de se démarquer des poncifs du genre, notamment dans la psychologie du personnage principal. Exit donc les héros taciturnes, torturés et en quête de vengeance, le réalisateur / scénariste prend le parti de mettre un avant Ringo, un pistolero extraverti et au bagout indécrottable.

Pour l’incarner, Tessari décide de faire appel au jeune Giuliano Gemma avec qui il avait déjà tourné en LES TITANS en 1962. Pressé par les producteurs Luciano Ercoli et Alberto Pugliese pour américaniser son nom (et attirer un plus large public), l’acteur optera pour Montgomery Wood afin de donner la réplique à Fernando Sancho, Lorella De Luca, Antonio Casas, Nieves Navarro ou George Martin. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Giuliano Gemma semble taillé pour le rôle tant l’acteur est à l’aise avec son personnage.

Voici le pitch : aux États-Unis, dans la petite ville de Quemado, à la limite de la frontière mexicaine, la violence règne. En effet, le tireur d’élite Ringo est activement recherché par les hommes de Benson pour le meurtre de leur frère, Phil. Mais à peine ont-ils retrouvé le pistoléro, que ce dernier les abat froidement en un éclair… devant le sheriff ! Direction la case prison… Au même moment, une bande de hors la loi menée par le terrible Sancho décide de voler la banque dans une mare de sang.

En effet, après avoir quitté les lieux, les bandits tirent sur tout ce qui bouge pour sortir de la bourgade. Dans la confusion générale, Sanchot blessé ne peut regagner la frontière mexicaine. Ainsi, les hors la loi se dirigent vers une hacienda isolée, celle du Major Clyde et de sa fille, Ruby. Poursuivi par le sheriff et ses hommes, les bandits prennent en otage les habitants de l’hacienda et cherchent à négocier, n’hésitant pas à en tuer certains. Les notables de la ville décident alors de libérer Ringo pour que ce dernier s’infiltre parmi les hors la loi…

Un pistolet pour Ringo 4

En alternant habilement entre action, de suspense et humour, Duccio Tessari construit en toile de fond au travers de son film, une dramaturgie bien élaborée où se mêlent l’histoire d’amour naissante entre Dolores et le Major Clyde, la fuite avant des bandits vouée à l’échec, le tout sous la houlette de Ringo, véritable électron libre du récit qui peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre en fonction de l’appât du gain.

Mais au-delà, d’un simple scénario centré sur la désacralisation du personnage principal, Tessari délivre un film habilement ficelé avec la patte italienne mais qui lorgne vers des univers différents (le moulin est une référence appuyée à l’œuvre de Cervantes, on cite Shakespeare, la photographie des grands espaces rappelle les westerns américains, …). Et même, si la mise en scène académique de Tessari est loin de ses pairs comme Sergio Leone ou Sergio Corbucci, elle reste sobre et efficace. En effet, les plans et les jeux de caméra ne s’avèrent pas tous folichons (il y a en plus quelques erreurs dans le montage), mais sont plutôt bien composés.

Un pistolet pour Ringo 3

De plus, les seconds rôles apportent beaucoup à l’ensemble, notamment avec l’apport de l’excellent Fernando Sancho dans le rôle du truculent chef des bandits mexicains ou d’Antonio Casas qui incarne à merveille le père de la belle, Miss Ruby, le Major Cyde qui n’a d’yeux que pour sa ravisseuse, la ténébreuse Dolores (Nieves Navarro). On sent que tour ce petit monde est sur la même longueur d’onde, ce qui donne au film un supplément d’âme bienvenu.
Petite cerise sur le gâteau, la musique d’Ennio Morricone est superbe et pose même les bases du futur score de MON NOM EST PERSONNE.

En fin de comptes, Duccio Tessari a eu le nez creux en proposant UN PISTOLET POUR RINGO qui se démarque d’entrée de jeu de la concurrence (dès 1965, une cinquantaine westerns spaghetti voient le jour chaque année) et qui prend le contrepied de Sergio Leone ou Sergio Corbucci, en mettant en avant un protagoniste principal hâbleur et bavard aux antipodes des personnages taciturnes et torturés comme Django ou l’homme sans nom. Le film préfigure des années à l’avance l’arrivée du comique dans les westerns avec notamment Terence Hill. Le long métrage permet par là-même à Giuliano Gemma de se faire connaître du grand public, si bien qu’il abandonnera bien vite son pseudo de Montgomery Wood pour épouser une carrière à mesure de son personnage !



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Cette édition digipack Artus Films comprend un DVD-9 PAL zone 2 et un Blu-ray 50 région B. Image Technicolor au format TechniScope 2.35 original respecté, compatible 16/9, Full HD 1080p sur le Blu-ray. Il y a aussi la VOSTF italienne d'époque mono + la VF d'époque mono. En ce qui concerne les bonus, on retrouve (encore une fois) Curd Ridel qui présente le film en détail ainsi que des entretiens avec l'actrice Lorella de Luca et l'acteur Giulano Gemma, des diaporamas d'affiches et photos ainsi que la bande-annonce du film.

Points forts :

– Le format original TechniScope 2.35 compatible 16/9 (en Full HD 1080p sur le Blu-ray)
– La VF d'époque
– L'entretien avec Lorella de Luca qui fourmillent de détails sur le film

Point faible :

– L'entretien de Giulano Gemma est assez sommaire



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Article rédigé par : Vincent Trajan

Ses films préférés : Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé

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