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La Femme à abattre (1951) – C’est qui qui l’a fait ?

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1951
Réalisation

Bretaigne Windust, Raoul Walsh
Titres alternatifs

The Enforcer
Interprètes

Humphrey Bogart, Zero Mostel, Ted de Corsia, Everett Sloane, Roy Roberts, Michael Tolan, King Donovan...

Entre romances, comédies et épisodes de séries pour la télévision, La Femme à abattre détonne dans la filmographie plutôt morose de Bretaigne Windust. Peut-être, tout simplement, parce que la paternité du film revient en réalité à Raoul Walsh qui remplace, officieusement, un Windust malade. À l’aise dans tous les genres, le borgne le plus célèbre d’Hollywood donnait effectivement, parfois, des coups de main à certains de ses contemporains. Du film de western à celui de gangsters, en passant par le film de pirate, Walsh s’est même révélé un remarquable entertainer, terme qui convient parfaitement à un film comme La Femme à abattre…

Le procureur Martin Ferguson (Humphrey Bogart) et le capitaine Frank Nelson (Roy Roberts) travaillent depuis des années au démantèlement d’un gang coupable d’organiser des meurtres à la demande. Albert Mendoza (Everett Sloane), le cerveau de l’affaire à la tête d’une armée d’assassins, attend désormais son procès en cellule. Principal témoin à charge, le criminel Joseph Rico (Ted de Corsia) reste cependant le seul capable de faire tomber le malfaiteur. Martin et Frank parviendront-ils à assurer la sécurité du repenti alors qu’il est conduit sous haute surveillance au quartier général de la police ?

La Femme à abattre 08
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Incroyable mais vrai

Raoul Walsh se voit ici aidé par un scénario malin s’appuyant sur de nombreux retournements de situations ainsi que des personnages improbables. L’invraisemblance de l’intrigue semble incontestable, pourtant, l’affaire à l’origine du film est bien réelle. En 1940, la police arrête Abe Reles, l’un des tueurs à gages les plus redoutés du Syndicat du Crime. Afin d’échapper à la chaise électrique, Reles accepte de témoigner contre son organisation. Il lui faudra pas moins de deux semaines pour vider son sac. En effet, le bonhomme n’est pas seulement adroit de la gâchette, il jouit également d’une excellente mémoire. Une faculté qui lui vaudra, de la part de ses anciens camarades, l’organisation d’un suicide en bonne et due forme.

Reles ne finira pas au bout d’une corde. On pense que c’est avec l’aide d’un policier corrompu que le témoin gênant traversa la fenêtre, l’empêchant, évidemment, de partager ses souvenirs avec le juge.

Sur cette base, Raoul Walsh raconte une histoire aussi tortueuse que la pègre. Flashbacks, fausses pistes et révélations surprenantes s’enchaînent durant près de 90 minutes. Le cocktail assure pour le spectateur un suspense de très grande classe avec, comme dessein ultime, la résolution de l’énigme. Cette fois-ci, cependant, on n’attend pas de découvrir l’identité de l’assassin comme dans un classique d’Agatha Christie, mais l’identité de la femme à abattre.

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Diversion intelligente

Divertir, c’est bien, le faire intelligemment, c’est mieux. Sur ce point, La Femme à abattre est un modèle du genre. Ne s’appuyant pas seulement sur un scénario retors pour séduire, le film tire également parti d’une photographie élégante. S’inspirant de l’expressionnisme allemand, un noir et blanc envoûtant habille admirablement les séquences de nuit, que ce soit près du port humide, ou dans les travées brumeuses de la ville.

En plus du très distingué Humphrey Bogart, La Femme à abattre met en avant une galerie de personnages tous moins fréquentables les uns que les autres. Ted de Corsia, Jack Lambert, Everett Sloane, Zero Mostel et les autres sont autant d’acteurs chevronnés dans l’art d’esquisser, au sein du film noir, de sinistres individus. Dans ces conditions, c’est un régal d’assister à leurs combines et l’on ne regrette aucunement le faible temps d’apparition de Humphrey Bogart à l’écran.

Ce sont eux, finalement, le véritable moteur de l’histoire. Tous incarnent des personnages sans foi ni loi, habités par l’appât du gain, ne reculant devant aucun crime pour s’enrichir. Autant dire qu’on navigue en eaux dangereuses où les requins nagent en meutes. On ne sera donc pas non plus surpris de la cruauté dont font preuve certaines séquences.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Rimini Éditions propose le film avec un très beau noir et blanc. En bonus, on trouve une présentation qui revient en détail sur l’époque afin de bien saisir le contexte. Également au programme, la présence d’une interview de Raoul Walsh qui trouvait que c’était mieux avant (qu’est-ce qu’il dirait aujourd’hui ?) et qui complète une belle édition permettant de parfaitement découvrir un film injustement méconnu.

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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