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À la charnière des années 70 et 80, le poliziottesco s’essouffle. Le genre, longtemps roi des salles italiennes, arrive en bout de course. Les figures s’usent, les recettes déclinent, la violence ne suffit plus à masquer la répétition. C’est dans ce contexte crépusculaire que surgit LA GUERRE DES GANGS (1980), signé Lucio Fulci. Un film certes tardif, mais certainement pas mineur.

Fulci, alors en pleine ascension populaire, sort tout juste de L’ENFER DES ZOMBIES et s’apprête à enchaîner FRAYEURS et L’AU-DELÀ. L’horreur devient son terrain de jeu principal. Pourtant, il bifurque ici vers le polar mafieux.
Le point de départ de la LA GUERRE DES GANGS est simple : Luca, contrebandier de cigarettes à Naples, voit son frère abattu sous ses yeux. La vengeance devient une obsession. En toile de fond, l’arrivée d’un nouveau prédateur : le « Marseillais », trafiquant de drogue prêt à tout pour imposer sa loi. Un schéma classique. Presque banal.
Mais Fulci ne filme pas un polar classique. Loin de là.
D’abord, parce que son héros ne l’est pas. Luca, incarné par Fabio Testi, est un criminel. Un homme du milieu. Il trafique, il tue, il domine. Et pourtant, le film lui accorde une forme de légitimité presque « positive » : il refuse la drogue, il protège son territoire. Il défend donc une certaine idée de l’ordre. Une morale bancale, certes mais typiquement italienne dans le poliziottesco.
Face à lui, Marcel Bozzuffi compose un antagoniste glaçant. Le « Marseillais » n’a rien d’un rival ordinaire. C’est une ordure sadique. Un pur agent de destruction. Là où Luca conserve des règles, lui n’en a aucune.


Et entre les deux personnages, Naples brûle.
La ville devient un champ de bataille. Contrebandiers, anciens barons, nouveaux trafiquants, police dépassée. Tout s’entrechoque. Le récit adopte une structure presque chorale. Les trajectoires se croisent. Les alliances se fissurent. La tension ne retombe jamais.
Et puis il y a la violence.
Frontale. Insistante. Parfois insoutenable. Fulci injecte dans son polar le sadisme de son cinéma d’horreur. Visages brûlés. Corps lacérés. Chairs pulvérisées. Ici, rien n’est suggéré. Tout est montré. Et même prolongé…
Certaines scènes marquent durablement. Notamment le calvaire du personnage d’Adele Di Angelo, victime d’un viol brutal. Un moment difficile aujourd’hui mais révélateur aussi des ambiguïtés d’un cinéma d’antan qui mêle exploitation et réalisme sans toujours prendre de distance.
Mais cette violence n’est pas qu’un argument choc. Elle structure le film. Elle impose un climat. Une sensation de chaos permanent avec une ville qui se décompose à vue d’œil.
Fulci, pourtant, ne cède pas à la gratuité totale. Sa mise en scène reste rigoureuse et précise, sans fioriture. Pas de virtuosité ostentatoire comme chez Dario Argento. Ici, tout est au service du rythme, du récit et de l’impact.

Le montage de Vincenzo Tomassi maintient une tension constante. Les plans sont nets. Les enchaînements efficaces. Seule l’ouverture, tournée en mer, paraît plus fragile. Mais rien de rédhibitoire dans cette introduction…
Autour de Testi, le casting tient solidement la route. Saverio Marconi apporte une ambiguïté intéressante et les seconds rôles aux visages burinés, nombreux, renforcent l’impression de fresque urbaine. Chacun existe. Même brièvement.
Longtemps mal exploité en France, LA GUERRE DES GANGS a mis du temps à être reconnu. Il s’impose aujourd’hui comme un véritable jalon du genre alors même que c’est le chant du cygne d’un poliziottesco en fin de vie. Le métrage est presque une anomalie. C’est un film qui déborde, qui refuse les limites du genre et qui injecte allègrement du gore dans le polar.
Au final, LA GUERRE DES GANGS n’est ni un classique académique, ni une simple série B. C’est un film sale. Brut. Inconfortable. Et profondément marqué par son époque.
C’est donc un Fulci pur jus. Sans filtre.
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Article rédigé par Vincent Trajan
Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé











