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En plus d’inclure l’ensemble des caractéristiques des films d’épouvante gothique chères à la Universal, Le Mystère du château noir propose un amusant jeu du chat et de la souris entre deux personnages charismatiques dont les valeurs se trouvent aux antipodes les unes des autres.
D’abord, on trouve le détestable comte Karl von Bruno. En Afrique, le bon Karl était une brute épaisse matant et tyrannisant les autochtones. Désormais rentré au bercail, cet aspect peu reluisant de sa personnalité s’illustre toujours à travers sa masculinité nocive… Comme lorsque l’ordure abat des animaux par simple plaisir, se gargarise en frappant ses sujets, se plaît à humilier les membres des classes qu’il juge inférieures, ou encore en faisant preuve d’une solidarité masculine indéfectible en accordant le droit à ses sbires de violer son épouse qu’il a réduite de force au mariage.


De l’autre côté du ring, se dresse Sir Ronald Burton, illustration de l’exact contraire, traitant avec respect et d’égal à égal la jolie blonde déshonorée qu’il va délivrer du joug de son déplorable mari. Il vient également au secours d’un valet pris à partie par les hommes du comte, démontrant à quel point c’est un homme empreint d’équité sociale. D’ailleurs, son valet l’adore et n’hésitera pas à donner sa vie pour sauver son maître !
Les deux contraires ont, dans leur passé, un triste événement commun, remontant à l’Afrique où ils ont combattu sous des drapeaux différents. Défait lors de la bataille, le comte en est même ressorti avec un œil en moins et une rancune tenace qu’il entretient envers ses adversaires. C’est la raison pour laquelle Sir Ronald Burton le soupçonne d’être responsable de la disparition de ses deux meilleurs amis qui n’ont pas donné signe de vie depuis qu’ils se sont rendu chez le châtelain. En conséquence, sous couvert d’une fausse identité, il décide de lui rendre visite.
Pour le spectateur, le duel auquel se livrent les deux hommes va s’avérer fort divertissant, et surtout courtois. En effet, s’ils se détestent royalement, ils naviguent dans les hautes sphères de la société et sont donc pétris de bonnes manières. C’est donc avec savoir-vivre qu’ils vont s’affronter, autrement dit, en faisant preuve d’une certaine malhonnêteté… Une mauvaise foi que l’on pourra d’ailleurs ironiquement reprocher au scénariste dépeignant des personnages manichéens et caricaturaux…
En effet, si le comte Karl von Bruno incarne bien la face sombre de l’Occident, celle opprimant et pillant les pays qu’elle a mis sous son joug par la force, la soi-disant bonté de Sir Ronald Burton se voit mise en défaut dès l’entame, lorsque l’on apprend que le bonhomme a assuré la prospérité de la monarchie britannique en faisant fortune dans le commerce de… l’ivoire.


Ceci dit, pour qui ne souhaite pas approfondir la question de la perfidie de la civilisation occidentale et s’encombrer avec des élucubrations éthiques, Le Mystère du château noir délivre un divertissement franchement appréciable.
Une fosse à crocodiles, un combat à mains nues contre un fauve, un château doté de passages secrets, des complots qui se concluent par des empoisonnements, des décors gothiques culminant dans le sordide donjon, des retournements de situation en veux-tu en voilà… C’est peu dire que Le Mystère du château noir bénéficie d’un scénario riche en péripéties livrant, de surcroît, des personnages charismatiques incarnés par une jolie brochette d’acteurs.
Ainsi, en tête de gondole, on trouve l’intrépide héros incarné par Richard Greene. Cible d’un molosse maudit dans Le Chien des Baskerville (1939), le point d’orgue de sa carrière reste, peut-être, son rôle-titre dans Le serment de Robin des Bois (1960) signé Terence Fisher. Le comte haïssable est incarné, pour sa part, par Stephen McNally qui finira sa carrière dans la petite lucarne. Ses détestables acolytes se voient personnifiés par John Hoyt et Michael Pate dont les sales trognes leur ont valu une solide carrière dans le bis puisqu’on a vu le premier dans Le Choc des mondes (1951) et La Révolte des poupées (1958) tandis que le second s’attribuait l’inénarrable Hurlements III (1987) de Philippe Mora.
Enfin, la jolie blonde à sauver des griffes du comte Karl von Bruno est Paula Corday, alias Rita Corday, qui fêtait ici l’une de ses dernières interventions au cinéma. À la perfection, elle s’acquitte de ce qu’on lui demande : faire les yeux doux à son bel étalon.
Mais Le Mystère du château noir brille aussi par la présence de deux légendes du fantastique. Lon Chaney Jr. se voit toutefois ici cantonné à un rôle de brute épaisse s’exprimant par borborygmes… Un emploi à l’image de cette funeste décennie où sa santé se voit minée par ses problèmes d’alcool. Boris Karloff, pour sa part, tente de jouer un médecin trouble, aux intentions mystérieuses. Avouons que ses tentatives pour rendre son personnage énigmatique sont au mieux maladroites, au pire naïves. Tout comme Lon Chaney Jr., sa carrière est alors en perte de vitesse au moment de tourner le film. En revanche, à l’inverse de son acolyte, son activité professionnelle connaîtra deux années plus tard un coup de fouet à la faveur de la série Les aventures du Colonel March.
Au final, Le Mystère du château noir se démarque par des acteurs peu renommés mais solides, des stars en déclin mais toujours agréables à retrouver, des décors délicieusement gothiques, un fond à l’éthique maladroite mais intéressante, un scénario assurant son lot de péripéties et, en chef d’orchestre, un réalisateur en devenir… Pourvoyeur de magie, Nathan Juran, fera effectivement briller les yeux de milliers de gamins en réalisant des films aussi enchanteurs que La chose surgit des ténèbres (1957), À des millions de kilomètres de la Terre (1957), Le 7ème Voyage de Sinbad (1958), Les Premiers Hommes dans la Lune (1964), etc. Le mystère du château noir est son tout premier film dans lequel on trouve déjà la volonté de divertir avec un produit bien ficelé.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

