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Le fantastique et l’horreur affichent traditionnellement leur préférence pour les monstres, invitant les spectateurs à ne pas s’arrêter aux apparences, voire à apprécier ce qui est différent et bizarre. Adam, étudiant en cinéma, fan inconditionnel de Dario Argento, décide de suivre ces recommandations lorsqu’il croise le chemin de l’étrange May.
May, c’est une jeune femme à côté de ses pompes. Son comportement inadapté à la vie en société est le résultat de traumatismes causés par sa mère, déjà pas très nette du ciboulot. Ses troubles ne l’empêchent pas, pour autant, de vouloir trouver sa place dans le monde. C’est pourquoi elle jette son dévolu sur ce garçon aux mains si douces.


Cependant, la jolie May, c’est l’antithèse des créatures déviantes mais sympathiques imaginées par l’esprit d’un Tim Burton, par exemple. Certes attachante, May s’avère bien trop déséquilibrée. D’ailleurs, une issue optimiste se voit écartée par le scénario dès l’entame. En ce sens, le film de Lucky McKee n’aura rien d’une partie de plaisir. Pas question, donc, de duper le spectateur en lui laissant naïvement croire que May est différente, mais qu’au fond d’elle se cache de la beauté. En réalité, à l’instar de sa poupée qui était censée rester dans sa boîte en verre, May aurait sans doute dû, à jamais, demeurer dans sa coquille, ce qui lui aurait évité bien des déboires.
Pourtant, l’univers dans lequel la jeune fille souhaiterait évoluer n’est pas, non plus, exempt de tout reproche… D’abord, son petit ami, Adam, passionné de films d’horreur, réalise des courts métrages dont le contenu scabreux s’avère parfaitement capable de susciter l’amusement de May qui en a vu d’autres. Ensuite, Polly, sa collègue lesbienne de la clinique vétérinaire, n’est pas piquée des hannetons non plus, trouvant une certaine félicité à subir les douces souffrances physiques initiées par May.
Ces deux seuls protagonistes figurant dans la vie de May connaissent toutefois les codes de la vie en société et la différence entre le bien et le mal. May, pour sa part, dispose de références totalement inadéquates et n’a rien à voir avec un Edward aux mains d’argent, certes décalé, mais qui ne ferait pas de mal à une mouche. En ce sens, même si elle paraît de prime abord plutôt mignonne et adorable, May évoque bien plus le Norman Bates de Psychose, aimable en apparence, mais dont les quelques névroses qu’il laisse paraître ne sont, en réalité, que le sommet de l’iceberg.
Mésestimant les signaux envoyés par le côté bizarre de la sociopathe, ses proches en paieront les frais. Le réalisateur, Lucky McKee, montre d’ailleurs assez peu de sympathie pour ces personnages aimant fricoter avec le Diable, mais s’avouant rapidement dépassés dès que les choses sérieuses commencent… En ce sens, on notera que Polly n’est rien d’autre qu’une fille superficielle et que Adam, notre étudiant en cinéma spécialiste ès horreur, ne cite pas vraiment les meilleurs films du maître en gialli, démontrant les limites des capacités de discernement du bonhomme… Au final, le film dresse un portrait sans concession de ces inconscients qui tournent autour des psychopathes…


La psychopathe, justement, est ici incarnée par Angela Bettis, véritable révélation, qui impressionne en parvenant à rendre crédible un personnage implacable. La comparaison avec la performance délivrée par Anthony Perkins pour le chef-d’oeuvre du maître du suspens n’est pas totalement extravagante. On remarquera, toutefois, que si Alfred Hitchcok n’avait pas eu besoin de livrer un background très sophistiqué pour asseoir le personnage de Norman Bates, cette assise manque cruellement à May.
D’ailleurs, à l’origine, Lucky McKee avait prévu d’ouvrir son film à l’aide d’une longue introduction s’intéressant à May enfant, finalement abandonnée. Gageons que cette entrée en matière aurait permis de mieux accepter les excès de la jeune femme tant il s’avère difficile de croire qu’un simple petit problème oculaire ait pu produire des névroses capables, in fine, de pousser May à suivre la voie tracée par Victor Frankenstein pour se créer un nouvel ami.
Comme May n’a rien d’une scientifique, la créature qu’elle imagine va s’avérer plutôt absconse, tout comme le scénario qui ne suit pas véritablement de ligne directrice. Le résultat est un film qui paraîtra ironiquement décousu, difficile à appréhender. Toutefois, en évitant les clichés et en se montrant exigeant envers le spectateur, le métrage s’avère également riche et fascinant, démontrant de belle manière les ambitions du futur réalisateur de The Woman (2011).
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


