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Dans les années 70, le cinéma de genre italien se réinvente sans cesse. Alors que les gialli connaissent un âge d’or grâce à Dario Argento et que les westerns spaghetti tirent leurs dernières cartouches, un nouveau courant explose : le poliziottesco. Ces polars urbains, nerveux et brutaux, incarnent les tensions des « années de plomb » italiennes pendant une période de violence politique et sociale intense dans le pays depuis la fin des années 1960. Les commissaires intraitables, clones de l’Inspecteur Harry, imposent un ordre sauvage au cœur de villes gangrenées par la criminalité. Pendant près d’une décennie, ces films trustent les salles, imposant une nouvelle génération d’icônes populaires : Franco Nero, Tomas Milian, Luc Merenda et surtout Maurizio Merli.


Merli, moustache impeccable et regard bleu acier, devient l’incarnation quasi caricaturale du commissaire expéditif. Dans VIOLENT ROME, ROMA A MANO ARMATA, NAPOLI VIOLENTA ou POLIZIOTTO SPRINT, il joue sans relâche des flics interchangeables, toujours prêts à flinguer d’abord et discuter ensuite. Mais derrière ces rôles clonés se cache une collaboration essentielle : celle avec Stelvio Massi. Le réalisateur, ancien chef opérateur devenu artisan prolifique du cinéma populaire, trouve en Merli son acteur fétiche. Ensemble, ils tournent plusieurs films majeurs du genre — SQUADRA VOLANTE, IL COMMISSARIO DI FERRO, POLIZIOTTO SOLITUDINE E RABBIA , POLIZIOTTO SPRINT — et développent une véritable complicité professionnelle. MAGNUM COP (ou POLIZIOTTO SENZA PAURA) s’inscrit au cœur de cette série, tout en marquant une rupture.
En effet, dans MAGNUM COP, Merli ne joue pas un commissaire implacable, mais Walter « Wally » Speda alias « Le Renard », un ex-flic reconverti en détective privé. Le film s’ouvre à Rome par une scène typiquement « Merli », où il déjoue un kidnapping dans un déluge de balles. Mais rapidement, le ton change : engagé pour retrouver la fille d’un banquier autrichien, il se lance dans une enquête qui le conduit à Vienne. Accompagné de son collègue Karl Korper (Gastone Moschin), il met au jour un réseau de prostitution de mineures.

Stelvio Massi ose ici un mélange inattendu. Le premier acte frôle la comédie, avec un Merli cabotin et même quelques clins d’œil parodiques au cinéma américain (son acolyte imite Travis Bickle de TAXI DRIVER). Mais une fois l’action déplacée en Autriche, l’humour s’éteint. Le récit devient sombre, glauque, centré sur l’exploitation d’adolescentes manipulées par des proxénètes bien installés dans la bonne société. L’assassinat brutal d’une jeune informatrice, renversée par une voiture, illustre d’ailleurs cette bascule vers la noirceur.
Merli lui-même y surprend : il n’est plus l’indestructible commissaire invincible, mais un détective vulnérable, souvent battu, qui sourit, plaisante et se trompe souvent. Son Wally Speda incarne une tentative de rupture avec son image figée. Massi, qui connaît par cœur son acteur fétiche, lui offre ici un rôle plus nuancé, presque expérimental dans sa carrière.
Du côté de la mise en scène, Massi se distingue par son attention aux décors viennois, rarement utilisés dans le genre. Il filme toits, villas art déco avec un sens du cadre qui élargit l’univers du poliziottesco au-delà des rues crasseuses de Rome ou de Milan. Sa fascination pour les miroirs et les reflets donne à certaines séquences une dimension presque esthétique, inattendue dans un cinéma réputé pour sa rugosité. Quant à la musique de Stelvio Cipriani, nerveuse et entêtante, elle soutient ce mélange de polar, comédie et de drame.

Aux côtés de Merli, Moschin apporte son autorité habituelle, tandis que la comédienne américaine Joan Collins incarne Brigitte, strip-teaseuse fatale et manipulatrice. Sa présence glamour, avec plusieurs scènes dénudées, attire le regard autant qu’elle brouille les pistes, entre séduction et duplicité. Collins devient ainsi l’élément sulfureux qui électrise le film, face à un Merli en pleine mue.
MAGNUM COP n’a pas la brutalité sèche d’un Umberto Lenzi, ni la rigueur scénaristique d’un Fernando Di Leo. Mais il occupe une place singulière dans le poliziottesco. En abordant de front le thème tabou de la traite d’adolescentes, il ose là où d’autres se contentent de règlements de comptes virils. En proposant à son acteur fétiche Maurizio Merli un rôle à contre-emploi, il révèle une autre facette d’un comédien trop souvent réduit à une caricature de Franco Nero.
En 1978, le poliziottesco vit ses derniers soubresauts. Le public se lasse, les recettes déclinent, les codes s’épuisent. MAGNUM COP reflète cette fin de cycle : hybride, inégal, parfois maladroit, mais audacieux dans ses thématiques et dans sa direction d’acteur. Plus qu’un grand classique, c’est une curiosité précieuse : le témoignage d’une collaboration fructueuse entre Massi et son acteur fétiche, et le reflet d’un genre en train de mourir mais encore capable de surprendre…
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Article rédigé par Vincent Trajan
Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé


