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En 1928, après avoir revisité Jack l’éventreur avec The Lodger, Alfred Hitchock s’attaque aux mœurs anglaises, en particulier celles de la haute bourgeoisie avec Le passé ne meurt pas.
Larita Filton est accusée d’avoir trompé son mari lors d’un procès pour divorce très médiatisé. Et pour cause, ledit mari a tué le peintre qui aurait embrassé son épouse sous ses yeux. Larita à beau nier l’accusation, elle est jugée coupable et la presse s’empresse d’immortaliser sa sortie du tribunal. Larita fuit le scandale en se réfugiant sur la côte d’Azur. Très vite, elle est courtisée par John Whittaker. Elle accepte de l’épouser, mais quand son nouvel époux souhaite qu’ils partent s’installer en Angleterre chez sa famille, Larita est prise de doute. Et si on la reconnaissait et que le passé la rattrapait ?
Réalisé en 1927, Le passé ne meurt pas est la quatorzième réalisation de Alfred Hitchcock. C’est le second film qu’il tourne avec Isabel Jeans, après Downhill et avant Soupçon qu’il tournera en 1941. Elle a connu une longue carrière qui s’achève dans les années 70, elle aura aussi bien joué pour le cinéma que sur les planches de théâtre. Robin Irvine qui incarne le nouvel époux a également joué dans Downhill mais sa carrière à lui s’achève dans les années 30. Il est amusant de constater qu’il a épousé la sœur de sa partenaire à l’écran. Au casting est également présent Ian Hunter, qui joue l’avocat, et qui connaît une grande carrière dans laquelle figurent Les aventures de Robin des bois, La tour de Londres ou encore Le cadavre qui tue.


Un film choquant pour le puritanisme anglosaxon
De son nom d’origine, Easy Virtue, Le passé ne meurt pas débute avec le divorce qui, pour l’époque, restait encore un évènement scandaleux qui jetait plus d’opprobre sur la femme que l’homme, ce que dénonce clairement le film. La nouvelle dont est tiré le scénario se concentrait sur l’arrivée de la jeune épouse dans la famille Whittaker, mais Hitchcock fait le choix de débuter et clôturer le film par le tribunal. Un choix qui en dit long, à la fois sur l’appétence du réalisateur pour l’aspect criminel, mais aussi sur l’aspect inéluctable et fatidique de la situation de Larita.
Le film s’ouvre sur la perruque du juge puis son visage fermé, dont la caméra est si proche qu’il parait grossit, immense. Ensuite, une loupe devançant le cadre nous sépare de Larita, elle est déjà sous les projecteurs, sous le regard des hommes, qui l’ont déjà condamné dans leur esprit. Les plans sur le public montrent que celui-ci est très important, que le balcon est rempli à ras-bord. Les banc-titres n’offrent que la parole des hommes, les dénégations de Larita nous sont juste montrées. Tout dans la mise en scène annonce le verdict à venir, la parole de la femme niée. Ce qui en soit est assez parlant, pour un film muet.


Un silence assourdissant
En réalité, les films muets du fait de l’absence de parole et ici de musique, sont obligés de montrer davantage avec la mise en scène, ce qu’Alfred Hitchcock avait déjà réussi à démontrer avec Les cheveux d’or, plus connus sous son nom original The Lodger où il jouait avec l’image de Jack L’éventreur. Ici cependant pas de couleurs, le film est en noir et blanc sans aucun filtre, ni aucune musique pour accompagner les images ce qui peut déstabiliser. Pourtant, à l’époque, les films projetés en salle étaient souvent accompagnés d’une musique jouée au piano. Pas de jeux sur les ombres ou de montage rapide non plus, car Le passé ne meurt pas n’est pas un film d’horreur ni même un thriller, mais un drame social qui dénonce l’injustice de la bonne société où une femme est punie pour les crimes de son mari.
Ainsi, la mise en scène est plus sage, laissant plutôt la place à des plans larges qui permettent de découvrir d’imposants décors comme les manoirs où se déroule l’action ou encore le tribunal. Cela donne par moment la sensation d’être dans un récit d’Agatha Christie ou dans un récit gothique. Impression renforcée quand Larita arrive dans le manoir Whittaker, qui peut rappeler Rebecca qu’il adaptera quelques années plus tard. Ainsi les plans serrés se font plus rares, mais quand ils arrivent, c’est toujours pour marquer l’esprit du spectateur.


Un muet un peu bavard
Le rythme est également relativement lent et le long métrage peut-être trop verbeux. Le jeu des comédiens est largement signifiant, notamment avec la nouvelle belle-famille de Larita, la mine sévère accentuée par le maquillage de la belle-mère révèle bien vite son rôle d’antagoniste, tout comme la jeune belle-sœur qui a une mine intrigante. Le beau-père par une simple main sur l’épaule de Larita montre son soutien, discret mais réel. Jusqu’au visage de John qui est au début ouvert, joyeux, tandis qu’une fois la vérité révélée, il se ferme. La posture des comédiens, la distance entre eux soulignent également l’action comme les émotions.
Comme dans The Lodger, où le locataire était traité quasiment de « queer » et jugé coupable avant toute enquête parce qu’il avait des manières étranges et une attitude efféminée. Ici, Larita est jugée comme infréquentable parce qu’elle a divorcé. Et une scène qui survient vers la fin peut même jeter le doute sur sa sexualité puisqu’elle est très proche d’une femme nommée Sarah. Physiquement, elles semblent sur le point de s’embrasser. Ce qui confère au film un second sens possible à sa fin.
TEST DU BLU-RAY/DVD
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Sorti chez Éléphant Films, Le passé ne meurt pas a bénéficié d'une restauration par la BFI, l'institut cinématographique britannique. Malgré le travail qu'on imagine important, la pellicule devait être très endommagée, car l'image souffre d'un voile blanc comme si elle avait été surexposée. Les contrastes sont forts, ce qui est habituel pour du noir et blanc, en particulier pour les vieux films. L'action reste cependant parfaitement compréhensible. Malgré le côté très blanc des visages qu'on peut tout autant imputer au maquillage qu'à ce filtre blanc de la pellicule, on perçoit très bien les jeux d'expression des comédiens. Côté son, seuls les bonus en contiennent. En effet, le film est muet et aucune musique n'a été ajoutée par la suite. Jean-Pierre Dionnet s'est chargé des bonus. Il présente les deux collections où figure Le passé ne meurt pas. Une dédiée aux films anglais d'Alfred Hitchcock et une autre dédiée aux drames et thriller anglais. Il présente également le film, le choix de regarder la présentation s'offre au lancement. Cette présentation replace le film dans la carrière du réalisateur et évoque la filmographie des comédiens ayant travaillé dessus. |
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite











