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En 1927, Alfred Hitchcock offre au spectateur la chute aux enfers de l’enfant prodige dans Downhill.
Le jeune Roddy Berwick est promis à un bel avenir, capitaine de l’équipe de rugby universitaire, son père lui propose même de lui payer Oxford pour la fin de ses études ! Mais voilà, une jeune serveuse l’invite à venir à une soirée où est également présent son meilleur ami pour ensuite les accuser de l’avoir abusé. Roddy accepte d’être le seul blâmé afin de sauver son camarade qui dépend d’une bourse. Malheureusement, son honneur bafoué va l’amener à descendre jusqu’aux tréfonds de la société britannique.


Une production compliquée
Gainsborough Pictures produit le long métrage. Il s’agit du studio qui a découvert Alfred Hitchcock et lui a proposé de passer à la réalisation. Downhill est un drame social basé sur la pièce éponyme de Ivor Novello (qui incarne le protagoniste) et Constance Collier (qui apparaitra dans La corde en 1948). Son adaptation est travaillée par Eliot Stannard qui a écrit 8 films pour Alfred Hitchcock. En interview, ce dernier déclare ne pas aimer ce film, sans doute parce qu’il n’était pas en accord sur le plan artistique avec Ivor Novello qui y est central puisqu’il incarne le jeune Roddy en perdition.
Une réécriture du fils prodige
Downhill est le récit d’une chute sociale qui n’a rien de très crédible en réalité, mais épouse complètement la parabole du fils prodige qui est corrompu par la poursuite du plaisir (ici goûter au plaisir de la chair avec une jeune servante) et qui en paiera le prix en perdant toute sa fortune et son statut social. Une teinte de tragédie grecque est ajoutée en caractérisant le jeune Roddy comme un être pur, qui est à la fois naïf et candide, facilement influençable et qui accepte chaque coup du destin en arborant une expression de martyr, ce qui peut agacer à force.
En effet, partout où il va, peu importe qui il rencontre, il n’est perçu que comme la poule aux œufs d’or, le fils d’un riche anglais (dont on ignore les activités). Le motif narratif est assez superficiel cependant, car jamais n’est mentionné la raison de cette célébrité ni de cette convoitise que suscite Roddy. L’acharnement contre sa personne est d’ailleurs si complet et sans nuance, qu’il finit par lasser.


Une morale douteuse ?
D’autant que, on ne peut s’empêcher de voir un regard quelque peu sexiste voire raciste et clairement de mépris de classe. En effet, les femmes que rencontre le héros, hormis sa mère, sont toutes vénales, veulent toutes sa perte, y compris une célèbre actrice qui pourtant sur le papier devrait être plus riche et indépendante que ce qui est à l’écran.
L’évènement déclencheur d’ailleurs est une fausse accusation de viol, ce qui n’est clairement pas en faveur de la cause des victimes d’autant que le plan de la jeune femme est nébuleux. Elle obtient qu’il soit viré puis se plaint qu’il ne la paie pas ? On aurait pu comprendre qu’elle exige réparation en demandant à ce qu’il l’épouse afin de bénéficier de son prestige social et de son argent, à la limite, mais le plan montré dans le long métrage n’est pas crédible.
Ensuite, si l’on peut apprécier la présence de comédiens noirs à l’écran, le fait qu’ils soient dépeints comme des voleurs et maître chanteurs, puisque leur plan est de renvoyer Roddy à son père en échange d’argent, ne joue pas en faveur du long métrage. Il en va de même pour toutes les personnes sans ressources qui apparaissent à l’écran, dépeintes comme forcément malveillantes envers le pauvre héros, dont la rédemption ne pourrait venir que de son père. Ce qui soulève une morale assez douteuse au final. Et une morale assez éloignée de la filmographie d’Alfred Hitchock.
En effet, c’est précisément le miroir inversé de Le passé ne meurt pas qui est sorti l’année suivante avec en partie le même casting. Durant ce long métrage, Alfred Hitchcock choisit de prendre fait et cause pour sa malheureuse héroïne mise au ban de la bonne société anglaise alors qu’elle a subi à la fois la jalousie possessive de son mari et le harcèlement sexuel d’un peintre. Si le passé ne meurt pas est plutôt un film féministe et progressiste, Downhill est tout l’inverse ! Ce qui peut rendre assez perplexe quand on voit les deux films l’un après l’autre.


Une audace tardive
Sur le plan de la mise en scène, les cadres sont assez larges à l’exception de quelques gros plans sur les visages. La caméra est fixe, ce qui reste relativement attendu à cette époque, mais on peut néanmoins regretter la lenteur du montage. La même année sortait The Lodger d’Alfred Hitchcock au montage bien plus dynamique.
Mais un peu de folie vient secouer le film sur son dernier tiers. En effet, lorsque le personnage principal tombe malade, la pellicule se teinte, la caméra bascule, les plans se superposent dans des techniques cinématographiques qui rappellent le cinéma expressionniste allemand. Cependant, ce brin de folie questionne, en effet, la seule maladie qui pourrait justifier autant d’hallucinations parait être la syphilis. Or la fin ne confirme pas cela. Sauf si bien sûr, on suppose que la fin est une hallucination elle aussi. Ce qui n’est pas dénué d’intérêt et ressemblerait bien à du Alfred Hitchcock.
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite










