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Stupéfiants (1938) – Avec aplomb

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1938
Réalisation

Louis J. Gasnier
Titres alternatifs

Tell Your Children, Reefer Madness
Interprètes

Dorothy Short, Kenneth Craig, Lillian Miles, Dave O'Brien, Thelma White, Carleton Young, Warren McCollum, Patricia Royale...

Au temps du cinéma muet, Pathé expatrie Louis J. Gasnier afin qu’il réalise des films aux USA pour le compte du studio. Sur le continent de l’Oncle Sam, le Français tournera des dizaines de métrages avant de connaître moins de réussites durant le parlant. Stupéfiants reste son œuvre la plus connue, toutefois, moins pour ses mérites artistiques que pour sa sidérante absence de finesse dans sa manière de traiter l’un des sujets les plus brûlants de l’époque…

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C’est l’histoire de Mary (Dorothy Short), victime de la négligence de son petit ami Bill (Kenneth Craig). Promis à un beau mariage, les desseins du couple vont malheureusement subir un sacré revers en raison des mauvaises rencontres de Bill. En effet, le subversif Jack (Carleton Young) et la séduisante Mae (Thelma White) se démènent pour faire goûter au garçon une vie hédoniste remplie de fêtes sans fin, de danses effrénées et de boissons abondantes. Tout ça pour l’inciter à leur acheter une drogue méconnue, facile à consommer, mais qui n’a rien d’inoffensive. Capable de faire oublier le sens des priorités, la marijuana peut effectivement mener ses utilisateurs à provoquer des accidents effroyables.

Le sujet est un fait de société important durant les années 30. Des mesures sont prises pour enrayer la diffusion de la marijuana qui touche en premier lieu les jeunes. C’est pourquoi le film s’ouvre avec un docteur faisant face à une assemblée de parents d’élèves qu’il exhorte à prendre conscience des dangers qui menacent leurs bambins.

Près d’un siècle plus tard, force est de constater que les associations familiales n’ont visiblement pas pris l’avertissement suffisamment au sérieux. Aujourd’hui, le cannabis circule largement dans nos lycées. Pire, on constate même une banalisation de la consommation de cette drogue alors que ses conséquences néfastes sont bien connues sur la santé mentale et somatique, ainsi que sur la réussite scolaire et l’insertion sociale.

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Les avertissements promulgués par Stupéfiants sont donc parfaitement justifiés. Par ailleurs, le film traduit fidèlement la stratégie appliquée pour réduire la vigilance des gamins. Transformés en simples marionnettes, il est alors facile de les réduire en consommateurs réguliers de substances nocives. Pour autant, la leçon est administrée de manière trop caricaturale, au point qu’il provoquera la raillerie de ses détracteurs.

Même si les moqueries ne sont pas toujours de bonne foi, elles restent toutefois compréhensibles, principalement parce que les bonnes volontés du message cachent difficilement des tendances conservatrices. Sous prétexte de vouloir condamner la marijuana, le film dévoile surtout les craintes d’une génération confrontée aux désirs d’une jeunesse qui, déjà, peut-être, préférait danser sur du Charleston que de suivre l’itinéraire imposé par leurs aïeux : métro, boulot, dodo. On remarquera d’ailleurs que les donneurs de leçon sont tous issus de classes qui ont tout intérêt à ce que rien ne change. Juges, professeurs, docteurs ès quelque chose se relayent pour mettre en exergue le comportement, de bon ton, attendu d’un jeune : travailler et se marier, si possible sans avoir fait l’expérience de rapports sexuels avant de se retrouver la bague au doigt.

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Sans surprise, on apprendra que Stupéfiants a été généreusement cofinancé par des mouvements religieux. En cela, le film de Louis J. Gasnier est un exemple probant d’exploitation d’un fait de société pour finalement promouvoir un message qui n’a pas grand-chose à voir avec le sujet pointé du doigt… D’ailleurs, si l’on consomme des substances euphorisantes, n’est-ce pas, peut-être, pour trouver une illusoire échappatoire au monde promu par ces mêmes chiens de garde ?

Certains éléments auraient pu se montrer plus intéressants comme le passage où les jurés délibèrent sur le cas de Jack et s’interrogent sur les véritables responsables. Mais Louis J. Gasnier n’ira pas chercher plus loin que le bout de son nez. À l’image de ce fil qui pend du plafond pour allumer la lumière et dont l’ombre se transforme en corde à pendre, le Français traite son affaire sans faire preuve de la moindre subtilité.

C’est cette balourdise lignifiante qui fera, finalement, toute la saveur de Stupéfiants. Une maladresse d’autant plus agréable à suivre que le casting est de qualité. D’abord avec la présence de la jolie Dorothy Short qui s’impliquait sérieusement contre le danger de la marijuana comme l’atteste sa participation à un autre ténor du genre : Assassin of Youth (1938). À ses côtés, on trouve également Carleton Young qui tente de faire porter le chapeau au pauvre William. Son interprétation fait froid dans le dos. Mais c’est surtout Dave O’Brien que l’on remarque. Dans le film, c’est lui qui, après avoir utilisé la drogue pour endormir la vigilance de Mary afin d’abuser d’elle, provoquera l’accident mortel. Rongé par les remords, l’acteur livre une interprétation extatique qui marque les esprits et se révèle pour beaucoup responsable dans l’aspect halluciné du métrage. Ce n’est pas pour rien que le bonhomme bénéficiera d’une carrière riche et intéressante en tant que comédien… Avant de finalement devenir auteur de scénarios comiques pour la télévision.


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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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