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Alfred Hitchcock réalise la première version de L’homme qui en savait trop, un film en noir et blanc d’espionnage qui aborde la montée du nationalisme allemand.
Lors d’un séjour aux sports d’hiver, un espion français est tué par un sniper. Le couple qui recueille ses derniers mots apprend ainsi qu’un politicien va être assassiné à Londres. Pour les faire taire, les assassins kidnappent leur enfant. Le père de famille tente alors de retrouver lui-même l’assassin et se retrouve mêlé à une organisation aussi secrète que dangereuse.


Réalisé en 1934 par Alfred Hitchcock, L’homme qui en savait trop est sa première collaboration avec Gaumont British Picture, qui produira plus tard les 39 Marches. Pensé dès le début pour être un film d’enlèvement, Hitchcock et son scénariste Charles Bennett avaient songé à adapter Bulldog Drummond’s Baby, qui mêle un rapt de bébé et un complot international. Ce roman appartient à une série de livres dont le personnage principal est un ancien militaire devenu détective privé. Malheureusement, ils n’obtiennent pas les droits et décident alors d’imaginer leur propre récit.
Débutant dans une station des Alpes suisses, le long métrage s’ouvre sur une scène d’accident de skieur puis enchaine avec un bal où le sniper fait mouche. L’enlèvement survient juste ensuite, de sorte que L’homme qui en savait trop n’offre aucun répit ni aucun temps de pause au spectateur, pas plus qu’à ses personnages. Jusqu’au final, qui donne sa dose d’action et de sensationnel, le film est un vrai thriller d’une modernité surprenante.
Bien sûr, on notera quelques entorses à la logique, comme le fameux moment où les méchants expliquent leur plan devant le héros, scène qu’on retrouvera systématiquement dans chaque opus de James Bond ainsi que dans de nombreux films d’action hollywoodiens. D’ailleurs, la scène à l’opéra a peut-être inspiré Mission Impossible 5, où Rebecca Ferguson joue du sniper dans une robe jaune remarquable. Pourtant, à d’autres moments, le jeu des comédiens suis la tradition du cinéma muet avec des expressions exagérées, qui siéent plutôt bien aux méchants.


Peter Lorre, connu pour son rôle dans M Le Maudit, se trouve, dans L’homme qui en savait trop, affublé d’une mèche blanche qui a potentiellement inspiré le Docteur d’Enfer, le vilain caricatural, mais génial d’Austin Power. Malgré ce jeu exagéré, il y a des moments d’étonnante sincérité quand il échange avec son assistante, si dévouée. Au fil des plans, on finit également par noter une troublante complicité entre Peter Lorre et Leslie Banks qui incarne le père de famille. La tension entre les deux personnages n’en est que plus forte et on se prend au jeu à attendre les scènes où ils seront face à face.
Enfin, il faut noter le rôle qu’occupe la mère de famille, incarnée par Edna Best. Dans la première partie du film on sent une mère fragile, éplorée par le disparition de son enfant comme le montre la scène où elle s’évanouit, mais, elle s’avère ensuite être celle qui agit sauvera finalement la situation, quand le père de famille est réduit à l’inaction. Cette inversion des rôles attendus est intéressante mais pas si rare. Le cinéma des années 20 et du début des années 30 est marqué par une émancipation des femmes, avec l’image de la garçonne. Hélas, cette émancipation sera vite étouffée avec notamment au cinéma, le code Hays, garant des valeurs morales conservatrices, qu’Hitchcock tentera de tromper dans sa période américaine.
Ce film porte un autre marqueur de son époque avec son casting en grande partie composé d’acteurs juifs allemands. Si c’est à la demande de son ami Sidney Bernstein, ancien exploitant de salle devenu président de la London Film Society, Alfred Hitchcock est plus qu’heureux de leur donner une voix que dont le nazisme les a privé. Ainsi l’accent allemand de certains personnages n’est nullement feint. Le rôle de l’espion français est, quand à lui, campé par un comédien français, Pierre Fresnay qui a joué avec Maurice Tourneur, Abel Gance et Henri-Georges Clouzot.
Des années plus tard, Alfred Hitchcock fera un remake de son propre film avec James Stewart, qualifiant son premier film d’amateur. Pourtant, les qualités de L’homme qui en savait trop sont indéniables. Tant par sa fin que Le jour de lève de Marcel Carné tourné en 1939 peut évoquer, que par son casting ou par sa mise en scène très visuelle. On retiendra, par exemple, le jeu du fil de laine durant la scène de danse qui se déroule sans qu’aucune parole n’ait besoin de l’expliquer.
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite










