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En 1927, Alfred Hitchcock alors tout jeune réalisateur, décide de s’attaquer à Jack l’Éventreur avec Les cheveux d’or, plus connu sous le nom de The Lodger.
À Londres, un mystérieux assassin surnommé Le vengeur s’en prend aux jeunes femmes blondes dans le quartier des cabarets. Dans le même voisinage, s’installe un mystérieux locataire dans une pension de famille. S’il séduit la fille de ses propriétaires, en revanche, il éveille la jalousie du petit ami de celle-ci, qui est le détective en charge de l’affaire du vengeur. Et rapidement, les soupçons se portent sur le locataire.


Les Cheveux d’or est peut-être le premier succès d’Alfred Hitchcock. Sans nul doute parce qu’il revisite le mystère autour de l’identité de Jack l’Éventreur, mais aussi parce qu’il distille avec soin une atmosphère de monstre à la manière des studios Universal. Ainsi, le locataire étrange évoque, tant par sa manière de jouer que par la croix qui s’appose sur son visage par un jeu d’ombre et de lumière, mais aussi par la foule en colère qui le pourchasse à la fin, la figure presque fantastique tantôt d’un Dracula, tantôt d’un monstre de Frankenstein, tantôt d’un Fantôme de l’Opéra.
Cette sensation est appuyée par le jeu de Ivor Novello, comédien alors star qui a commencé sa carrière avec L’appel du sang de Louis Mercanton en 1919. Nul doute que l’aspect queer du personnage est aussi apporté par le comédien qui n’a jamais caché son homosexualité. Il influencera également le film, car il partage le souhait d’Alfred Hitchcock de laisser le doute sur la culpabilité de son personnage et jouera donc de telle manière à ce que le doute subsiste jusqu’au bout contre l’avis des producteurs qui préfèrent donner toutes les réponses au spectateur.
Face à lui Malcolm Kee incarne une figure exagérément virile du policier jaloux. Il semble très sûr de lui, et les rares banc-titres du long métrage montrent la légèreté avec laquelle il traite ces féminicides. En effet, il déclare capturer le vengeur et dans la même phrase promet d’enfiler une bague autour du doigt de sa petite amie juste après, ce qui préfigure le dénouement du film évidemment. Comédien de théâtre Shakespearien, il a joué dans une adaptation de Macbeth et de Hamlet, mais aussi une série de 1956 Le comte de Monte-Cristo.


Au milieu du duo, se trouve Daisy incarnée par June Tripp, qui par ses boucles blondes fait figure de la victime idéale. Ici, le personnage féminin est plutôt passif, contrairement aux films à venir d’Alfred Hitchcock où les femmes seront actives. Néanmoins, elle prend des décisions, s’émancipe du regard de ses parents, surtout paternel et s’oppose à son petit ami. La comédienne vient elle aussi du monde du théâtre, en particulier, du music-hall, milieu auquel appartiennent les victimes du vengeur, ce qui bien sûr n’est pas un hasard.
À cela s’ajoute les jeux de lumières et d’ombre, très expressionnistes. Alfred Hitchcock étant appelé à travailler par la suite avec des juifs allemands en fuite du régime nazi, cela préfigure ses films à venir. On notera également les jeux de lentilles et de filtre, tantôt pour adoucir l’image et surtout le regard embrumé de ses personnages, tantôt coloré. Au début l’image est bleutée, pour souligner les meurtres atroces, alors que lorsque le couple est heureux, l’image se teinte de rose. Ce qui n’est pas sans rappeler les jeux de couleur dans Nosferatu de Murnau. Et cela ajoute une atmosphère, une teinte littéralement, au long métrage.
Ce qui marque également en visionnant The Lodger, c’est la vivacité et la modernité de son montage qui n’hésite pas à être très rapide quand il le faut, chose plutôt rare dans le cinéma muet. À cela s’ajoute le mouvement de caméra à la fin dans un lent traveling, comme pour dire que le cinéma est prêt à évoluer, à entrer dans une nouvelle ère. Il faut aussi souligner que la musique joue un rôle important dans cet aspect moderne. Celle-ci a été ajoutée en 1999 et est composée par Ashley Irwin. Il n’y a pourtant que peu de thèmes, mais leur évolution intervient tout du long de l’intrigue.

Alfred Hitchcock se déclara par la suite plutôt satisfait par le film à l’exception de la fin, en effet, il aurait préféré laisser planer un doute plus affirmé sur la culpabilité du locataire et n’offrir aucun indice au spectateur. Malheureusement, les producteurs ont insisté pour que ce dernier reparte avec un sentiment plus net que de savoir si le personnage est coupable ou non. Le long métrage aurait-il été aussi si fort si Hitchcock avait pu composer la fin qu’il désirait ? On peut se poser la question.
Ce n’est pas la seule correction imposée au réalisateur. Effectivement, son découpage est revu par Ivor Montagu engagé par le producteur Michael Bacon qui trouvait la première mouture du film très mauvaise. Il semblerait que les modifications sont relativement minimes, Ivor a plutôt resserré le film et sans doute participé à ce montage dynamique si marquant.
Les amateurs du cinéma d’Alfred Hitchcock remarqueront son apparition dans le métrage, c’est le premier cameo du réalisateur qui s’amusera par la suite à apparaitre dans chacun de ses films. Autre élément caractéristique du cinéaste anglais : la valise que transporte le locataire et qui ne sera ouverte qu’à la toute fin est un MacGuffin, c’est-à-dire un élément qui semble capital mais ne s’avère au final important que pour le personnage, motif qu’on retrouvera plus tard dans 39 marches, Psychose ou encore Pas de printemps pour Marnie.
Si bien sûr le film revisite la figure de Jack l’Éventreur, l’on ne peut s’empêcher de noter que le personnage du locataire est qualifié de « queer » par sa locataire. Par ses manières efféminées, sa frayeur des femmes et de leur regard, son côté secret et soigné, ou encore le fait qu’il sorte chaque nuit, qu’il redoute la police et finisse pourchassé par elle comme par la foule, on pourrait y voir une métaphore de l’homosexualité qui est à l’époque, en Angleterre, réprimé par des peines assez dures, que subiront, entre autres, Oscar Wilde et Alan Turing.
TEST DU BLU-RAY/DVD
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Sorti chez Éléphant Films dans un coffret permettant de revisiter les premiers longs-métrages d'Alfred Hitchcock, Les cheveux d'or (appelé en version originale The Lodger), apparait dans une version restaurée par la BFI de grande qualité. L'image est particulièrement belle, permettant de profiter pleinement de la splendide photographie du film, mais le son est également de qualité. Bien sûr, celui-ci a été ajouté bien plus tard et ne se compose que de thèmes et morceaux musicaux. Côté bonus Jean-Pierre Dionnet présente le film, il est possible de débuter avec la présentation ou de la regarder après le visionnage du métrage (ce qui peut être préférable, car elle risque de vous spoiler si vous ne connaissez la fin). En outre, il y a deux autres bonus où il explique le cinéma d'Alfred Hitchcock ainsi que deux bandes-annonces. |
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Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite











