La saga Flower & Snake, monument de l'érotisme SM japonais, dans Sueurs Froides 37

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Crime Hunter – Bullets of Rage (1989) – Beat them all

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
Japon
Année de production

1989
Réalisation

Toshimichi Okawa
Titres alternatifs

Kuraimuhanta ikari no judan
Interprètes

Masanori Sera, Minako Tanaka, Riki Takeuchi, Ryuji Katagiri, Seiji Matano, Takashi Hunt, Yoshio Harada...

Dans les années 80, au cinéma, la baston se déroule d’abord dans les rues malfamées des grandes villes américaines. Des films comme Outsiders (1983), Vigilante – Justice sans sommation ! (1983), Les Rues de feu (1984) ou les Guerriers de la nuit (1980) déboulent au Japon et font des émules, d’abord en inspirant les développeurs de jeux vidéo. Double Dragon et Final Fight fondent alors un sous-genre au sein du monde vidéo-ludique : le Beat them all. Et, après avoir fait les beaux jours des salles d’arcade, les softs sont logiquement adaptés sur consoles. Pour atteindre le chaland désormais replié dans son salon, la Toei réfléchit à proposer au Japonais de base un produit filmique spécifiquement conçu pour la petite lucarne. Une option d’autant plus intéressante qu’elle permet de se soustraire à la concurrence des grosses machines américaines qui squattent les salles de cinéma, elles. C’est ainsi que la Toei invente le V-cinema ; le premier de la souche s’appelle Crime Hunter – Bullets of Rage.

Crime Hunter 06
Crime Hunter 05

Pour résumer, les films conçus dans le cadre du V-cinema ne bénéficient pas d’une distribution en salles et se retrouvent, une fois le montage ficelé, directement sur les rayons des vidéothèques. Le succès du concept sera tel que d’autres sociétés de production emboîteront le pas à la Toei. Plus tard, les produits issus du V-cinema avoisineront les 90 minutes mais, pour le moment, la durée tourne autour de l’heure de métrage afin de s’inscrire dans une certaine continuité du schéma établi par les romans pornos au début des années 70.

Pendant une heure, Crime Hunter – Bullets of Rage propose des courses-poursuites en voiture, des échanges de coups de feu avec impacts sanglants, de la baston à mains nues et même un peu d’érotisme titillant. Rien à voir toutefois avec ses alter ego européens de la trempe de La Guerre des gangs (1980) ou de Brigade des mœurs (1985). Crime Hunter – Bullets of Rage se révèle bien plus sage et moins pervers.

Ce qui compte, c’est l’action, mais aussi l’ambiance. Celle-ci est assurée par des néons aux couleurs flashy, les rues de Tokyo éclairées la nuit par des lampadaires, la musique délivrée par un saxophone, les lunettes noires et les blousons de cuir que portent les hommes, les bas résille qu’enfilent les filles, les coupes de cheveux qui flottent au vent, les boîtes de nuit qui délivrent de la city pop typiquement japonaise…

Crime Hunter 04
Crime Hunter 03

Si l’on devait rapprocher le film à l’un de ces fameux Beat them all, ce serait peut-être Streets of Rage. Sorti sur Megadrive en 1991, le jeu reste célèbre pour son action soutenue, ses couleurs clinquantes, ses musiques entraînantes, ainsi que ses personnages hauts en couleur, punks, malabars et autres truands divers et variés.

Crime Hunter – Bullets of Rage propose, lui aussi, des rencontres improbables. À l’image de cette nonne qui doit récupérer les cinq millions dérobés à son église et qui attend le héros sur la banquette arrière de sa voiture armée d’un gros flingue. La religieuse est incarnée par Minako Tanaka qui consacrera la suite de sa carrière aux séries télévisées, mais qui, ici, nous propose un personnage sexy malgré ses obligations ecclésiastiques.

Crime Hunter 02
Crime Hunter 01

Les flics qui traînent avec eux leur misère héritée d’un monde dur et violent sont une marque de fabrique des films policiers des années 80. Leur attitude dépressive contraste avec la vie frivole que mène le reste de la population dans une décennie marquée par le divertissement. Ici, Joe est assoiffé de vengeance depuis que son collègue Ahiru a été froidement abattu par des malfrats. Ceux-là même qui ont dérobé une petite fortune aux amis de Lily. Notez que Ahiru est incarné par Riki Takeuchi, désormais une star au pays du soleil levant. On le trouve par exemple jouant les yakuzas dans un vidéo-clip de l’une des plus grandes stars de la jpop actuelle, Chanmina. Pour les amateurs de septième art déviant, Riki Takeuchi reste toutefois le héros de la trilogie délirante Dead or Alive (1999-2002) qui imposera son image de garçon déjanté.

Dans la plus pure tradition nihiliste des années 80, le bonheur sera refusé à nos héros, mais l’histoire n’a pas vraiment d’importance, seules comptent l’action et l’ambiance. Le pari est plus que tenu ! Au point que Crime Hunter – Bullets of Rage n’ouvrira pas seulement la voie à un sous-genre du cinéma nippon mais aussi à une trilogie, puisque le film sera suivi de Crime Hunter 2 – Bullets of Betrayal (1989) et de Crime Hunter 3 – Killing Bullet (1990), tous réalisés par Toshimichi Okawa.



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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


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