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Les Yeux braqués paraît en 1965 dans la mythique collection Angoisse de l’éditeur Fleuve Noir. Fantastique, épouvante et suspense composaient la marque de fabrique des recueils publiés de 1954 à 1974. Pour les auteurs formant la tête de proue de la collection, on s’accorde à citer des noms tels que B.R. Bruss, Kurt Steiner, Maurice Limat, ou encore Marc Agapit.
Stakhanoviste de l’écriture, Marc Agapit a abordé tous les styles littéraires. Ainsi, dès 1920, ce professeur d’anglais s’essaye à la poésie et aux contes philosophiques. En 1958, il signe son premier roman fantastique pour la collection Angoisse, Agence tous crimes, où l’on trouve les grands thèmes de l’auteur : l’enfer, l’amnésie, les hallucinations, les vies revécues de façon cyclique, les passions conduisant au crime… C’est ce dernier sujet qui va servir de fondations aux Yeux braqués…
Anna Dacier vit avec Urbain, son mari, dans le château de leur ami Sylvestre Lacroix. Depuis quelque temps, Anna souffre d’un curieux mal : dès qu’elle ouvre les yeux, la jeune femme aperçoit des yeux rouges la fixer de manière menaçante. Pour ne plus subir cette vision d’horreur, Anna en est réduite à porter un bandeau et à vivre dans le noir en permanence. Par chance, la consultation d’un psychologue va lui permettre de comprendre l’origine de ce trouble… Enfant, Anna a été témoin du meurtre de sa mère infidèle, commis par son mari jaloux. Or, il se trouve que Anna trompe également son époux…
Ainsi, ces yeux accusateurs ne seraient rien d’autre qu’un avertissement que lui adresse son subconscient pour la prévenir du danger qu’elle encourt si, d’aventure, Urbain venait à découvrir sa liaison avec Sylvestre… Or, si son époux se distingue effectivement par sa bonté, Anna connaît assez bien sa douce moitié pour savoir qu’il dissimule un sombre fond, qu’il peut aussi se montrer rancunier… et qu’il pratique la magie.


Les premiers chapitres des Yeux braqués tournent autour du personnage d’Anna qui veut se débarrasser de son mari qu’elle soupçonne de vouloir se venger. Cette partie n’a rien de fantastique mais représente la meilleure du roman, car la figure d’Anna s’avère surprenante et captivante.
Protagoniste fort entouré de deux hommes faibles, Anna se montre moralement détestable puisqu’elle s’acharne à vouloir forcer la main de Sylvestre afin qu’il accepte de provoquer un accident pour éliminer Urbain. Or, l’amant d’Anna est aussi le meilleur ami de son mari, et il apprécie ce dernier, plus encore que sa maîtresse peut-être… Les atermoiements de Sylvestre ont le chic d’agacer Anna dont les élucubrations, de plus en plus éhontées, finissent par paraître tellement fantasques qu’elles en deviennent comiques. À ce moment-là, Anna dévoile de nouveaux aspects de sa personnalité qui en viennent à la rendre touchante, en particulier sa simplicité et sa naïveté relevant de la femme-enfant.
Après cette première étape dont la forme recourt à la construction théâtrale, la seconde partie nous permet de faire plus ample connaissance avec les deux hommes qui forment le quotidien d’Anna. Des êtres fragiles et sensibles, en particulier Sylvestre qui, dans cette partie, dévoile ses tourments face aux injonctions de sa maîtresse. Dès lors, et bien que faisant partie du sexe fort, le garçon n’arrive pas à s’extraire de la force de persuasion d’une femme comme Anna.
Puis, au bout d’un passage secret tapissé de toiles d’araignées poussiéreuses éclairées à la bougie, c’est la découverte d’un journal de bord, dissimulé dans une pièce oubliée du château, humide et borgne, qui livrera les explications aux nombreux mystères. Nul doute que l’assortiment d’expériences métaphysiques dépravées et blasphématoires relatées dans le manuscrit ravira les fans d’un fantastique suranné.
Enfin, à l’occasion d’un final imprévu, le roman dévoile une conclusion surprenante bouclant la boucle et renvoyant au début de l’intrigue. Les craintes d’Anna, livrées au psychiatrique lors des premières pages du roman et qui semblaient tout droit sorties de la bouche d’une hystérique, prennent soudain une tout autre dimension, questionnant même le fantastique expliqué et délivré quelques pages plus tôt. Un effet de style qui permet à Marc Agapit de clore Les Yeux braqués comme il a maintenu l’attention du lecteur tout au long de son récit, c’est-à-dire en le surprenant constamment.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma

