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L’Esprit de la mort (1972) – Thriller fantastique

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Royaume-Unis
Année de production

1972
Réalisation

Peter Newbrook
Titres alternatifs

The Asphyx
Interprètes

Robert Powell, Robert Stephens, Alex Scott

L’esprit de la mort, en version originale The Asphyx est la seule et unique réalisation de Peter Newbrook, connu pour avoir produit et fait la photographie Corruption de Robert Hartford-Davis en 1968.

Membre d’une société d’amateur de parapsychologie, Sir Hugo Cunningham pense pouvoir prendre en image l’action de la mort à l’aide d’une caméra de son invention. Ce qui n’était qu’un hobby devient une obsession après la perte de son fils. Cependant, en cherchant à rendre toute sa famille immortelle, le savant fou va plonger dans la folie et entrainer avec lui tous ceux qu’il aime.

L'Esprit de la mort 03

En quête d’immortalité

Dans la veine des films gothiques britanniques, L’esprit de la Mort nous plonge dans la quête d’immortalité du docteur Hugo Cunningham. On peut voir dans le personnage de Hugo Cunningham l’ombre du docteur Frankenstein de Mary Shelley, mais aussi et surtout, les véritables chercheurs en l’occultisme. En effet, le nom même de la société à laquelle appartient Hugo fait directement référence à celle dont était membre Arthur Conan Doyle ainsi qu’Alistair Crowley, deux amateurs de spiritisme et d’occultisme. Ainsi, le procédé utilisé par Hugo pour capturer l’image de la mort ou l’âme des morts est directement inspiré de la photographie spirite et de celles des fluides prises lors des sessions de spiritismes. On retrouve cette « rigueur » scientifique de l’époque dans le procédé qu’emploie Hugo jusqu’à ce qu’il bascule peu à peu dans la folie.

Ce qui n’est pas sans faire penser à La Maison des Damnés de John Hough sorti en 1973, où des scientifiques jouent avec des forces qui les dépassent afin de prouver l’existence d’une vie après la mort. On peut aussi penser à L’expérience Interdite de Joel Schumacher sorti en 1990, qui a sans doute dû puiser son inspiration de The Aspyx. D’autres films peuvent également nous venir en tête : le cinéma de Terrence Fisher bien sûr et son travail pour la Hammer, où Peter Newbrook était également employé. Le personnage de Hugo aurait très bien pu être interprété par Peter Cushing qui avait joué dans ses précédentes productions.

Un savant fou dans la veine du docteur Frankenstein ?

L'Esprit de la mort 01
L'Esprit de la mort 05

Robert Stephens campe le personnage de Hugo Cunningham qui par certains aspects n’est pas sans rappeler le héros tourmenté de Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg. Comédien de théâtre, époux de Maggie Smith au moment du tournage, dont le mariage bat d’ailleurs de l’aile, il a joué l’année d’avant le rôle principal dans La Vie privée de Sherlock Holmes réalisé par Billy Wilder. Quelques années plus tard, c’est pour Ridley Scott qu’il tournera dans les Duellistes en 1977.

Face à lui, Robert Powell incarne son jeune assistant et fils adoptif, Charles Cunningham. Il débute sa carrière avec L’or se barre de Peter Collinson en 1969, puis va enchainer les productions. Notamment, il jouera Jésus dans les téléfilms Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, et collaborera avec David Hemmings dans plusieurs films dont Harlequin et Le survivant d’un monde parallèle. Depuis les années 2010, c’est essentiellement dans des séries qu’on le voit, comme Atlanta ou NCIS.

Ces deux comédiens portent le film, où de nombreuses scènes de dialogues les opposent dans une mise en scène assez minimaliste. Les plans sont souvent larges, mettant en valeur tout autant les costumes que les décors victoriens, ainsi que les machines utilisées par nos scientifiques. La caméra inventée par Sir Cunningham, bien avant les frères lumières (dans la diégétique du film), occupe souvent l’avant-plan, tout autant que son projecteur à cristaux qui n’est pas sans rappeler les tous premiers projecteurs du cinéma. Le film semble d’ailleurs rendre hommage aux premiers artisans du cinéma, dont Méliès. L’apparition de l’Asphyx est manifestée par le procédé de la superproduction, l’un des premiers effets spéciaux du cinéma. L’esprit de la mort se montre d’ailleurs assez avare en effet spéciaux, ce qui explique peut-être, en partie, qu’il ait moins marqué l’histoire du cinéma.

L'Esprit de la mort 02

Une équipe technique de talent

À la lumière et au cadre, on retrouve Freddie Young qui a notamment travaillé sur Lawrence d’Arabie en 1962, où il a sans doute rencontré Peter Newbrook qui était alors cadreur. Pour la petite histoire, c’est même l’auteur du tout premier plan du film où la silhouette de Lawrence émerge du désert. La photo de L’esprit de la mort est, quand à elle, assez particulière. En effet, des couleurs vives telles que le rouge et le vert sont associées au personnage Hugo, notamment dans son laboratoire. À l’inverse, le marron semble être associé aux personnages féminins et plus globalement à la vie de famille des Cunningham.

Ainsi, il se dégage une colorimétrie relativement chaude, avec beaucoup de tonalité de marrons dans les costumes autant que dans les décors, principalement quand les personnages discutent dans le salon. Ces couleurs pourraient être motivées par l’idée d’évoquer le sépia, une couleur associée aux premières photographies et au passé, mais aussi au sentiment nostalgique. Sentiment qui émaille tout le film, jusqu’à la fin. Il est d’ailleurs étonnant que le film débute dans les années contemporaines avant de demeurer dans le passé. Peut-être est-ce une manière pour Peter Newbrook de parler de la fin du cinéma gothique britannique qui a déjà cédé sa place à une horreur ancrée dans le monde moderne avec Rosemary Baby sorti en 1968.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Édité par MDC Films, L'esprit de la mort bénéficie d'un joli petit coffret avec deux jaquettes différentes. A l'intérieur, un seul et unique disque propose le film dans sa version américaine non censurée ou sa version européenne à laquelle il manque une quinzaine de minutes, essentiellement des morceaux de dialogues qui introduisent mieux quelques scènes. Le film ne donnant pas dans le gore, malgré un esprit sadique certain, il n'y a donc pas eu de censure à proprement parler, il s'agit probablement d'un montage plus dynamique.

A cela s'ajoute un bonus d'une vingtaine de minute retraçant l'histoire de la production du film ainsi que des différents artisans qui y ont collaboré. On y trouve également une définition du cinéma gothique britannique aujourd'hui et au moment de la sortie de L'esprit de la Mort. Le bonus propose aussi la version française VHS ainsi que des bandes annonces, du film et d'autres sorties de MDC films.

Points positifs :
L'image est de haute définition, la restauration rend tous ses détails à l'image tout en conservant l'aspect un peu sépia du film, sans doute voulu par son réalisateur.
Le son est également de bonne définition, aucun souffle n'apparait.
Le menu du Bluray est plutôt clair et l'accès aux différentes versions faciles.
Celles-ci se résument à VOSTFR ou VF.

Points négatifs :
On aurait pu apprécier des interviews des comédiens encore en vie comme Robert Powell (qui a participé à un documentaire sur le cinéma britannique) ou Jane Lapotaire, mais peut-être ces deniers n'ont pas pu participer aux bonus.

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite