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Mārama (2025) – Drame gothique

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
2025
Année de production

Nouvelle Zélande
Réalisation

Taratoa Stappard
Interprètes

Ariāna Osborne, Toby Stephens, Umi Myers

S’inspirant des romans gothiques anglais, Taratoa Stappard propose un cri du cœur maori.

La jeune Mary arrive en Angleterre afin de connaître ses origines. Mais l’homme qui l’a invitée à venir pour lui révéler l’identité de ses parents est mort à son arrivée. Elle se retrouve alors dans le manoir d’un riche homme blanc qui veut l’engager pour s’occuper de sa petite fille. Assez vite, elle se sent prise au piège. Le manoir recèle des secrets et d’innombrables objets maoris. Mais cet homme détient peut-être la vérité sur ses parents, il semble en savoir tant sur elle…

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Mārama

Dans Marama, tous les codes du roman gothique servent le récit d’une quête des origines. Pour obtenir ses réponses, Mary doit affronter le monde corseté de l’Angleterre victorienne et surtout coloniale. C’est à travers son regard qu’on découvre les conséquences concrètes des objets de cultes transformés en décoration, des danses rituelles devenues des spectacles aux esclaves qui servent dans la maison. Ainsi, le cri de rage que l’héroïne pousse à plusieurs reprises semble être celui de son peuple.

Désir assumé de son réalisateur Taratoa Stappard, qui s’est inspiré de la vie de son arrière-arrière-grand-mère. Cette dernière, étant métisse, a été élevée en Angleterre selon l’éducation typique d’alors, dans un pensionnat aux règles strictes contre lesquelles elle s’est élevée avec sa sœur jumelle. Toutes deux, reniées par leur père britannique, retournent en Nouvelle-Zélande où elles se font tatouer la mâchoire selon les traditions maoris.

Cette influence se ressent particulièrement dans le récit croisé du présent et du passé qui revient à l’héroïne sous la forme de visions. Elle voit sans cesse une femme à la mâchoire tatouée qui l’avertit qu’elle marche à l’envers vers son avenir. Phrase qui lui sera répétée lors d’une scène très marquante, celle de l’anniversaire du patriarche à la tête du domaine et détenant toutes les réponses qu’elle cherche. Une danse grotesque qui tourne en dérision toutes les traditions de son peuple, qui sont alors perçus comme un spectacle, une source d’amusement.

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Or, l’arrière-arrière-grand-mère de Taratoa Stappard a travaillé comme danseuse traditionnelle pour une tournée organisée en Europe. C’est en se demandant ce qu’elle avait pu éprouver à l’époque que lui est venue l’idée de son premier long métrage. Ainsi, il s’est intéressé aux films gothiques conçus en Nouvelle-Zélande où l’autochtone était une source d’inquiétude. Pour Marama, il choisit d’en inverser les codes. La protagoniste est maori et la menace sont les hommes blancs, les colons venus s’emparer de ce qu’ils voulaient, fascinés par ce peuple guerrier.

Toutefois, il ne faudrait pas oublier l’autre aspect présent dans le film, qui fait partie de l’ADN du roman gothique : l’homme est un prédateur et la femme est sa victime. Ici l’héroïne, guidée par ses visions, sent le piège se tendre autour d’elle. Mais plus que ses visions, c’est une scène troublante avec la domestique noire du manoir qui est marquante. On comprend, en un plan, que toutes les femmes sont en danger. Parce que ce patriarche est un prédateur, qui veut posséder les gens, y compris son fils. Chacun n’est qu’un objet, qui doit le mettre en valeur. Un rôle parfaitement campé par Toby Stephens. On notera que le comédien avait joué dans Jane Eyre, un monument de la littérature gothique qui a sans nul doute fait partie des inspirations du réalisateur.

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Techniquement, le film ayant un budget limité, on reste dans un huis clos avec un nombre limité de décors, de personnages et de costumes. Cela peut néanmoins se comprendre pour Marama (moins qu’elle dorme en robe avec son corset). À ce sujet, pas un seul moment, elle ne se départ de ses robes victoriennes, ce qui peut être frustrant, car le caractère corseté de la société britannique de l’époque peut être et il est symbolisé par cet objet qui comprime littéralement les femmes. Et c’est peut-être là le point faible du film, passer un peu trop rapidement sur les points qui auraient pu être approfondis.

Comme l’enfant dont Marama a la charge quand elle se fait embaucher comme gouvernante. Cette dernière passe de la petite fille qui adore son grand-père à l’enfant qui accepte tout ce que Marama lui dit, sans sourciller, lors de la révélation finale. Ainsi, la fin peut être cathartique, mais manque de subtilité et est trop rapide.


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IMAGES QUI BOUGENT :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite


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