Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

Commandez en cliquant sur la bannière...

Ou continuez votre lecture avec...

Paranoïd Park (2007) – Critique – drame adolescent

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
Etats-Unis, France
Réalisation

Gus Van Sant
Interprètes

Gabe Nevins, Daniel Liu, Jake Miller

Paranoïd Park réalisé par Gus Van Sant en 2007 est l’adaptation du roman éponyme de Blake Nelson. Avec une approche expérimentale, il nous plonge dans les émois d’un adolescent à la dérive.

Alex déambule dans les rues comme dans sa vie, avec nonchalance et un vague désintérêt pour à peu près tout. Le divorce de ses parents n’est qu’un incident de plus, qu’est-ce comparé à la famine en Afrique ? Pur produit de sa génération, Alex est à la dérive. Mais après un incident mortel, il s’enfonce dans la culpabilité et s’isole un peu plus.

paranoid park 2007 critique drame adolescent 1

Un drame bouleversant

Le roman éponyme suit un adolescent qui, après avoir tué quelqu’un, éprouve une vague de remords écrasante. Construit sur la même trame que CRIME ET CHÂTIMENT de Fiodor Dostoïevski, Paranoïd Park de Blake Nelson débute ses chapitres avec une date, narré comme une lettre, plus précisément, une confession. Les chapitres suivent un ordre chronologique.

À l’inverse, Gus Van Sant propose une narration déconstruite. L’histoire est morcelée comme le corps du vigile qu’il tue par accident. Les premières images du film sont comparables à l’affiche du film, un collage de différentes scènes, composant une introduction étrange où le spectateur perçoit qu’il manque quelque chose. Mélange d’images de super 8 et 35mm, de plans parfois flous, d’un rythme parfois accéléré, d’autres fois ralenti, de séquences qui se figent en de gros plans sur le visage du protagoniste perdu dans sa propre narration.

paranoid park 2007 critique drame adolescent 5
paranoid park 2007 critique drame adolescent 2

Une expérience cinématographique

La musique adopte la même structure en mêlant des genres différents passant de Nino Rota à Eliott Smith qui composent les morceaux les plus importants, l’un le générique de début quelque peu accidenté, l’autre la conclusion, plus apaisée, plus nostalgique. Comme si l’accident n’avait pas seulement balayé l’innocence du protagoniste, mais aussi la stabilité de sa vie. On entend aussi également Beethoven, Frances White ou encore Robert Normandeau pour accompagner une image très stylisée qui cherche à reproduire la confusion mentale de son protagoniste.

Comme dans LAST DAYS et GERRY, la caméra de Gus Van Sant suit le personnage principal dans ses déambulations, s’accroche à son regard confus, épouse l’histoire disloquée qu’il se raconte à lui-même : de ses tentatives d’éluder le drame au moment où la réalité finit par le rattraper. Les séquences morcelées se suivent, ne délivrant pas immédiatement les clés de l’incident, mais donnent assez d’indices pour laisser deviner le drame caché jusqu’à ce qu’une photo glissée par un policier révèle tout. Les scènes précédentes reviennent, cette fois-ci avec les morceaux manquants, révèlent l’immensité du drame et de ses conséquences. La vie d’Alex a explosé comme la dépouille de l’homme qu’il a tué.

Palme d’or à Cannes

paranoid park 2007 critique drame adolescent 3
paranoid park 2007 critique drame adolescent

Film à ambiance, film d’auteur, PARANOÏD PARK sorti en 2007 est célébré à Cannes où il reçoit la palme d’or. Il fera le tour des festivals avant une sortie limitée à une trentaine de pays. Si les critiques sont élogieuses, le public en revanche boudera le film particulièrement aux États-Unis et en Allemagne, lui reprochant son manque de morale comme pour ÉLÉPHANT. Il doit ses recettes, légèrement inférieures à son budget de 5 millions, aux entrées françaises en France où il connaît un succès relatif.

À l’époque de sa sortie, en 2007, Gus Van Sant, le réalisateur de Portland, connaît alors une baisse d’intérêt auprès des spectateurs. WILL HUNTING avec Matt Damon et Ben Affleck (qui ont participé à l’écriture du scénario) accompagnés de Robin Williams l’avait pourtant consacré aux yeux du grand public. Mais depuis GERRY en 2002, Gus Van Sant a adopté une narration plus fractionnée en adoptant l’état d’esprit de ses personnages. Son image devient alors celle d’un réalisateur de cinéma plus expérimentale, plus immersif si le spectateur accepte de s’y laisser prendre.

Des références à Hitchcock

Avec PARANOÏD PARK, Gus Van Sant va encore plus loin, faisant épouser par sa narration et sa mise en scène l’esprit confus de son protagoniste. L’exemple le plus parlant et le plus marquant reste la scène de la douche, en écho peut-être à celle de PSYCHO (son remake de PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock plan par plan), qui montre Alex craquant, incapable de supporter le drame dont il est en partie responsable. Le détail des oiseaux (peut-être une nouvelle référence à Hitchcock) sur le mur donne naissance à des cris d’oiseaux, le bruit de l’eau qui coule devient crissant, grésillant comme un téléviseur mal réglé, un gros plan s’attarde sur l’eau dégoulinant le long des cheveux trop longs d’Alex, tombant devant ses yeux masqués de toute façon par ses mains plaquées sur son visage, étouffants larmes et cris.

L’œuvre de Gus Van Sant prend alors une autre direction, plus jusqu’au-boutiste avec ce film qui par son ton et son atmosphère demande au spectateur de se laisser happer par ce drame adolescent. Celui-ci étant incarné par des comédiens non professionnels, la prestation de ceux-ci peut parfois surprendre. Gabe Nevins qui incarne Alex a peut-être des difficultés à montrer l’étendue de son désarroi, ce qui peut détonner avec la mise en scène immersive. Mais cela souligne la démarche du réalisateur et démontre une prise de risque.



Le film bénéficie d'une sortie sur support physique :

=> Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci.


Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix :
=> Pour rester en contact, abonnez-vous à la newsletter.
=> Pour soutenir financièrement notre éditeur Sin'Art, faites un don de 5, 10 ou 15 euros.
=>Vous pouvez aquérir aussi pour 8,80 € le n°37 de Sueurs Froides au format papier

Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci !


BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite