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Au début des années 60, pendant que le cinéma d’épouvante britannique fait frissonner les foules à coups de manoirs brumeux et de nobles déchus, l’Italie entre dans la danse. Et elle ne fait pas les choses à moitié. L’influence de Mario Bava et de son MASQUE DU DÉMON (1960) est passée par là : l’horreur devient baroque, catholique, latine — bref, charnelle. C’est dans ce climat en pleine ébullition que débarque, en 1964, un objet aussi beau que venimeux : LA SORCIÈRE SANGLANTE (I LUNGHI CAPELLI DELLA MORTE), signé Antonio Margheriti, alias Anthony Dawson pour l’export.
Une série B ? Oui, clairement. Mais une série B de luxe, mâtinée de fièvre, de peste, de bûchers, de fantasmes nocturnes et de vengeance d’outre-tombe. Et surtout, une œuvre qui incarne l’apogée d’un certain cinéma gothique à l’italienne — sensuel, malsain, visuellement somptueux. Au cœur du film on retroube la belle Barbara Steele, impériale, impénétrable, éternelle. Star absolue du gothique européen, elle plane ici au-dessus du récit comme une malédiction vivante. Ou plutôt, une incarnation. Celle du féminin persécuté qui revient pour juger, séduire… et punir.


Car si LA SORCIÈRE SANGLANTE débute sur un procès expéditif de sorcellerie (les flammes ne tardent pas à jaillir), le film ne se contente pas de cette ouverture grandiloquente. Il poursuit sa route sur des sentiers plus troubles : l’érotisme macabre, la trahison familiale et les spectres qui ressuscitent à la faveur des orages. L’action se déroule dans un château labyrinthique qui suinte la peste autant que la honte. On s’y perd, on s’y cache, on y meurt lentement. Un décor à la fois gothique et mental.
À bien des égards, on pourrait croire à un remake baroque des DIABOLIQUES de Clouzot car on y retrouve les thématiques de l’adultère, de la manipulation, des faux-semblants et ce sentiment permanent d’inéluctable. Mais Margheriti, lui, plonge tout ça dans l’acide d’un fantastique expressionniste au travers d’une lente contamination du réel où les crimes ne s’effacent jamais et où la mort finit toujours par réclamer son dû.
La vengeance est au cœur du récit. Mais pas une vengeance triomphante ou spectaculaire. Plutôt une reconstitution minutieuse de la faute, qui ronge les vivants comme un ver dans le fruit. Et quand elle frappe, elle ne laisse que des décombres. Ce n’est pas l’enfer qui se déchaîne, c’est la vérité qui pourrit à ciel ouvert…
Ce que Margheriti réussit ici, au-delà de l’histoire en elle-même (certes prévisible), c’est une atmosphère de putréfaction morale. Le noir et blanc, somptueusement éclairé par Riccardo Pallottini, donne aux pierres un poids, aux ombres une profondeur et aux visages une gravité presque picturale. Le film n’a ni les moyens ni le raffinement décoratif des productions de la Hammer, mais il s’en sort avec un sens du cadre et de la lumière suprenant pour un budget aussi mince.


Les extérieurs sont rares, mais claustrophobiquement efficaces. Le château n’est pas un décor, c’est un piège. Chaque recoin pue la mémoire. Chaque escalier en colimaçon mène plus bas qu’on ne l’imaginait.
LA SORCIÈRE SANGLANTE, c’est aussi l’un des derniers feux d’un gothique encore profondément italien. Un cinéma où la religion et le sexe cohabitent dans la pénombre, où les hommes puissants s’écroulent face à leurs péchés et où les femmes qu’ils ont voulu dominer reviennent, plus fortes, plus belles, plus terrifiantes.
Antonio Margheriti, souvent vu comme un simple artisan du bis, touche ici à quelque chose de plus grand. C’est un véritable conte cruel, féministe sans l’être frontalement, sensuel sans être gratuit, fantastique sans être naïf. On n’est pas chez Corman, ni même chez Bava. On est plutôt dans une zone floue, un entre-deux où l’horreur n’est jamais loin de la psychanalyse.
Bref, voilà un film charnière trop rarement cité dans les anthologies du genre. LA SORCIÈRE SANGLANTE mérite aujourd’hui une vraie relecture. On redécouvre une œuvre qui n’a rien perdu de sa puissance suggestive. Un film où les cheveux longs de la morte caressent encore les murs du château. Et où chaque baiser peut être une malédiction…
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Article rédigé par Vincent Trajan
Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé


