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L’homme que j’ai tué (1932) – Ernst Lubitsch

Un texte signé Sophie Schweitzer

Nationalité
USA
Année de production

1932
Réalisation

Ernst Lubitsch
Titres alternatifs

Black Lullaby
Interprètes

Lionel Barrymore, Phillips Holmes, Tom Douglas

Ernst Lubitsch, réalisateur américain d’origine allemande, renoue avec sa mère patrie pour tourner son dernier mélodrame : L’homme que j’ai tué.

Paul Renard, un jeune français vétéran de la Première Guerre Mondiale est dévoré par le remord d’avoir tué un allemand, musicien comme lui. Ne trouvant guère de réconfort après s’être confessé à un prêtre, il décide de partir en Allemagne et confesser son crime à la famille de sa victime. Mais les choses ne vont pas se passer comme il s’y attendait…

L'homme que j’ai tué 01

Les choix de réalisation

L’homme que j’ai tué, Black Lullaby en version originale, est l’adaptation de la pièce de théâtre homonyme de Maurice Rostand, le fils d’Edmond, l’auteur de Cyrano de Bergerac. La pièce pacifiste a été écrite juste après la guerre et cette adaptation arrive très vite ensuite en salle, en 1932, soit un an avant l’accession de Hitler au pouvoir, mais également quatre ans après l’armistice.

Dès les premières images, la messe est dite. Lubitsch, réalisateur qui a fait ses armes sur des films muets, n’hésite pas à composer une mise en scène qui se passe bien souvent de dialogues ou de musique. Mais il sait utiliser parfaitement le son quand c’est nécessaire. Les premières images opposent la liesse de la fin de la guerre aux soldats blessés, marqués dans leur chair par la guerre, ou traumatisés et hurlants dans un lit d’hôpital. Puis, il confronte un discours de paix aux armes que portent encore les soldats au sein de l’église où on retrouve ensuite le protagoniste. Dès cette scène d’introduction, Lubitsch nous dit que le film sera pacifiste, mais également assailli par le fantôme de la guerre.

L'homme que j’ai tué 02

Des personnages à vif

En effet, le personnage principal est véritablement hanté. Les images comme le scénario unissent le tueur, le soldat et sa victime. Par la superposition de leurs visages, lors du flashback en image, mais aussi par leurs mains qui se posent l’une sur l’autre et surtout le cheminement que va faire Paul Renard en marchant dans les traces de sa victime. Lubitsch tire jusqu’au bout cette thématique et la conclut d’une très belle manière.

Avec sa mise en scène qui est parfois très théâtrale, héritière du cinéma muet, il n’hésite pas à montrer l’intensité émotionnelle de ses personnages, notamment avec sa direction d’acteur. Phillips Holmes qui incarne Paul pleure assez souvent, s’effondre en plusieurs scènes, ce qui est plutôt rare pour un personnage masculin dans un film hollywoodien. Cette émotion très forte qu’il exprime est le reflet de celle que répriment les personnages féminins qui sont tous deux dans la retenue. En effet, la mère annonce dès le début qu’elle a trop pleuré et qu’ils doivent vivre à nouveau. C’est d’ailleurs tout le sujet du métrage, comment survivre à la guerre et au deuil.

L'homme que j’ai tué 03

Un film pacifiste avec un message politique

Pour nuancer la tragédie et l’intensité dramatique, Lubitsch nous propose des scènes plus humoristiques comme la scène où les habitants du village essaient d’en savoir plus au sujet de ce Français. Mais même lors de cette séquence, le réalisateur pose un regard assez franc sur son pays. En effet l’ombre du nazisme plane sans cesse sur le film. Non seulement les personnages évoquent la probabilité d’une nouvelle guerre et questionnent le nombre de morts qu’elle fera, mais de surcroit parlent d’une chasse au français, dans une scène très gênante de discussion entre notables qui sont à deux doigts de se lancer dans une telle entreprise. Cela rend d’autant plus fort le discours que prononce le père, en faveur de la jeunesse et qui questionne sur les causes de la guerre.

C’est aussi un film avant-garde, puisqu’il adopte le point de vue des Allemands, certes Lubitsch est allemand, mais à la fin de la Première Guerre Mondiale les vaincus étaient mal vus, ce qui a été un moteur à la propagande nazi. Mais surtout, le propos pacifiste est virulent, même pour l’époque. Notamment dans la scène tout au début avec le prêtre. Cette liberté de ton qu’on ne verra plus par la suite est due au fait qu’il précède le Code Hays, décidé par l’industrie hollywoodienne qui consiste à lister ce qu’il est correct de montrer à l’image.


TEST DU BLU-RAY/DVD


Le film a bénéficié d'une restauration qui lui donne une image et un son très propres. Les contrastes et les noirs ont été préservés par la restauration. Le son ne souffre pas de souffle ou de saturation. Mais il est seulement présent dans le coffret en version originale sous-titrée en français. Il est possible de changer la couleur de ces sous-titres. Il y a également des suppléments, comme la présentation de la collection ou encore une analyse du long métrage.

Points positifs :
- Bonne qualité d'image et de son
- Possibilité d'avoir des sous-titre jaunes ou blanc
- Présence de bonus qui permettent de resituer le film

Points négatifs :
- Pas de version française

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BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Sophie Schweitzer

Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite