|
|
Nationalité |
C’est probablement en raison de son échec en salle que le détenteur des droits du film La Tigresse n’a pas estimé nécessaire de les renouveler. Une négligence qui fait tomber le métrage, réalisé en 1949, dans le domaine public, comme tant d’autres produits avant 1964, c’est-à-dire avant que La bibliothèque du Congrès change la durée des droits d’auteur. En conséquence, aucun éditeur ne s’intéresse au film qui, à l’instar des poverty row, se retrouve cantonné à des éditions bas de gamme. Cela n’empêche pas le film de devenir culte, suffisamment pour que l’on se décide à restaurer une copie de bonne qualité, retrouvée par le plus grand des hasards.


Cet engouement suscité par La Tigresse n’a rien d’usurpé. Certes, le film est un four au box-office, mais le réalisateur se prénomme Byron Haskin, excellent artisan, capable de s’adapter à tous les genres. Une trentaine de films compose son actif, parmi eux La Guerre des mondes (1953), un classique de la science-fiction, Quand la marabunta gronde, un superbe film d’aventure, L’Île au trésor (1950), l’une des meilleures adaptations du roman de Robert Louis Stevenson, La Guerre des cerveaux (1968), une variation originale sur la télékinésie, Robinson Crusoé sur Mars, une approche tout aussi singulière de la science-fiction.
Aux côtés de tant de réussites, La Tigresse ne démérite pas et se hisse sans problème au niveau des meilleurs titres de la filmographie de Byron Haskin. Toutefois, gageons que l’enthousiasme généré auprès de ceux qui ont eu la chance de voir le film est surtout dû à la présence de Lizabeth Scott. L’interprétation que l’actrice délivre dans le rôle-titre est considérée comme la plus probante de sa carrière… Sacré compliment, en particulier lorsque l’on sait que madame a presque toujours incarné le rôle principal féminin lors de ses 22 contributions au cinéma.

Bien que tout aussi fatale que d’autres créatures ayant sévi durant la décennie, Lizabeth Scott présente un danger bien plus mortel pour les hommes qui la côtoient. Rien à voir avec Veronica Lake qui incarne de manière éclatante la beauté glamour du Hollywood des années 40 dans La Clé de verre (1942). L’héroïne de La Tigresse, pour sa part, mène, en plus, les hommes par le bout du nez et leur fait prendre la mauvaise pente. Par exemple, dans la même séquence, elle s’avère tout à fait capable d’arborer ce sourire irrésistible pour lequel les malheureux n’hésiteraient pas à se damner, avant d’afficher un visage froid comme la mort dès lors qu’elle a obtenu ce qu’elle voulait.
Ce que désire Jane, le personnage joué par Lizabeth Scott, c’est conserver cette sacoche contenant 60 000 dollars qu’un inconnu a jetés dans le cabriolet que conduit Alan. Alan sait que l’argent ne leur est sûrement pas destiné, qu’il appartient forcément à des gens louches et qu’il est évidemment préférable de le restituer. Mais Jane est bien déterminée à garder le butin. Les yeux pétillants, déjà, elle se met au volant, démarre en trompe pour semer la voiture qui vient de prendre le couple en chasse…


Insaisissable, mais surtout insensible, Lizabeth Scott semble ne pouvoir apporter que malheur, misère et désolation dans la vie des hommes qui vont, dès lors, se trouver sur son chemin. Dans La Tigresse, l’actrice incarne l’une des femmes les plus fatales du cinéma, mais apporte plutôt une définition probante de la femme vénale, qu’elle va, contre toute attente, admirablement défendre. Car, si son personnage est notamment amoureux de l’argent, c’est d’abord parce qu’il se trouve sous l’emprise de la convoitise. Maladie qui l’oblige à trouver des subterfuges de plus en plus malaisés pour conserver l’argent. Une situation qui la poussera à devoir vendre son corps, pratique hautement critiquable dans une Amérique soumise au code Hayes.
C’est peu dire que La Tigresse tient intégralement sur les épaules de Lizabeth Scott. Sa présence et son opiniâtreté rythment le film autant qu’elles fascinent. Son personnage séduit et effraye en même temps, tant il semble impossible de lui refuser quoi que ce soit. Le tour de force de Lizabeth Scott est d’avoir réussi à rendre son personnage fascinant, touchant et intemporel, car huit décennies plus tard, son charme n’a pas pris une ride et son emprise s’avère toujours aussi irrésistible.
![]() |
Le film bénéficie d'une sortie sur support physique : |
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> La Clé de verre – élégance incorruptible
=> Quand la Marabunta Gronde
=> La conquête de l’espace
Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma


