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Quartier violent est un film outrancier avec de nombreux moments dignes d’un OFNI. La narration peut sembler bavarde, voire confuse. Néanmoins, le récit laisse rapidement place à un nombre de séquences qui tendent vers le sublime. Au final, la plastique du film s’avère un régal pour les yeux des amateurs d’un cinéma déviant.
Pour illustrer, on peut citer le final. Un gang de vauriens fait irruption dans un poulailler où sont dissimulés ses ennemis, nos héros. Ils canardent à tout va et, maladroits, dégomment même les bestioles. Autrement dit, à cause de l’incompétence des yakuzas, les volatiles subissent de sérieuses pertes collatérales dans leurs rangs.
Pour cette séquence, le pourtant très respecté réalisateur Hideo Gosha filme au plus près les gallinacés qui explosent littéralement sous les impacts… Le problème : la séquence est tournée à balles réelles. Le passage, victime de nombreuses coupes consenties lors de sa sortie sur support physique, est heureusement disponible sans aucune censure en France.
Il faut s’en réjouir car, si la pratique consistant à tuer des animaux devant la caméra se révèle navrant de pauvreté d’esprit, celle de vouloir dissimuler des conduites inacceptables l’est tout autant.


Pour revenir au film, la séquence aspire, comme d’autres, innombrables, à mettre en exergue la sauvagerie, l’immoralité et la bêtise d’une classe sociale mise à mal par Hideo Gosha…
Sauvagerie, comme lors de cette scène magistrale durant laquelle le « héros » parvient à se défaire de son ennemi à l’aide d’un tesson de bouteille asséné plusieurs fois sur la tête. Pour accompagner les cris de douleur de la victime, la bande-son adjoint les aboiements de chiens agressifs…
Bêtise crasse et immoralité, comme lorsque des yakuzas kidnappent une chanteuse de jpop et la retiennent dans un immeuble… Alors que passe à la télévision une émission mettant la jeune femme en vedette, le type censé la surveiller ne peut retenir sa fougue. Trop excité de l’avoir à ses côtés, la raclure s’emballe et étrangle la starlette jusqu’à la mort… Avant même d’avoir pu la violer.


En faisant de ce pauvre mec l’un des personnages principaux du film, Hideo Gosha montre des yakuzas qui n’ont rien de présentables. Ainsi, deux ans après Le Parrain (1972), les yakuzas de Quartier violent ont beau rouler des mécaniques, ils ne sont ni plus ni moins que des abrutis sans foi ni loi.
Quartier violent complète la galerie avec des interludes durant lesquels des danseuses, hautaines mais diablement affriolantes, pratiquent le flamenco. Une danse jugée subversive en son temps, incitant à la débauche… En outre, au comptoir, une alcoolique désespérée s’est éperdument amourachée du héros taciturne, sans que l’on sache pourquoi d’ailleurs. Plus tard, quelques séquences de performances érotiques sur la scène du cabaret apportent une touche sexy au film. Comme un soufflé, l’impact des saynètes retombe néanmoins… Dès lors que l’une des artistes dévoile en coulisse son affiliation au sexe masculin… En réalité, il s’agit d’un yakuza travelo, méchant comme une teigne de surcroît.
Au final, Quartier violent ressemble à s’y méprendre à une suite d’éléments constituant la décadence d’une société nippone en mal de repères. L’aspect dépressif de l’ensemble s’avère judicieusement encadré par des décors urbains et industriels. Dans les années 70, le Japon connaissait certes encore son miracle économique, mais à quel prix ? Au loin s’affiche alors un agencement d’usines d’automobiles, de rails pour transporter des biens divers et variés, ou encore des constructions navales…. Un ensemble d’enchevêtrements chaotiques dans lequel l’humain, la morale et l’éthique n’ont pas leur place.


Quartier violent profite de cet environnement tourmenté pour des séquences riches en symbolique. À l’instar de celle, superbe, relatant l’exécution de l’un des voyous. Là, dans un terrain vague sont entreposés des mannequins en plastique. Imperturbables, ces êtres humains artificiels assistent au massacre, tandis que les personnages positifs ont tous fui le film.
Tant bien que mal, on essaye de se raccrocher à Egawa (joué par Noboru Ando, authentique yakuza dans une vie passée) qui se trouve au centre de l’intrigue principale. À l’instar de ses anciens boss, le repenti souhaiterait vivre une vie à peu près normale. Ainsi, pour quitter le milieu, Egawa choisit de devenir le patron d’une boîte de nuit : Le Madrid.
Autrement dit, Egawa tente de trouver la respectabilité grâce au divertissement. Tandis que ses patrons, pour leur part, investissent l’industrie du petit écran.
La reconversion d’Egawa va s’avérer aussi superficielle que l’exotisme européen de sa boîte de nuit. D’abord, parce qu’il en faut peu pour que la nature violente du yakuza refasse surface. Ensuite, parce que le local ne lui appartient même pas. En effet, le bougre ne fait qu’exploiter un bouge prêté par ses anciens patrons.
Mécréant un jour, mécréant toujours ? Quoi qu’il en soit un exposé radical et sans appel de la part de Hideo Gosha.
Informations complémentaires :
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=> Critique du film L'ombre du loup réalisé par Hideo Gosha
Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma











