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Botan Dōrō – Le Danger de la rébellion (1968)

Un texte signé Faye Fanel

Nationalité
Japon
Année de production

1968
Réalisation

Satsuo Yamamoto
Titres alternatifs

La Lanterne pivoine, A Tale of Peonies and Lanterns
Interprètes

Kôjirô Hongô, Mayumi Ogawa, Miyoko Akaza

Les morts tiennent une grande importance dans l’histoire japonaise, ils sont vénérés et craints. De nombreuses fêtes et rites leur sont consacrés pour protéger leur repos. Lorsque ces âmes reviennent interagir avec les vivants, ce n’est jamais un bon signe. Lors d’un de ces rites, le jeune Hagiwara rencontre deux femmes mystérieuses à l’histoire tragique. Rapidement, il s’éprend de la belle Otsuyu, mais cet amour n’est pas sans risque.

La lanterne pivoine

Botan Dōrō, également connu sous le nom de Kaidan Botan Dōrō ou La Lanterne pivoine, est l’un des récits de fantômes (Kaidan) les plus célèbres du Japon. Inspirée d’un poème chinois, cette histoire prend forme en 1666 sous la plume d’Asai Ryoi. Elle se déroule durant le festival de O Bon, une période dédiée à honorer les défunts. Initialement célébré tout au long du mois de juillet, ce festival s’est raccourci avec le temps, et ses dates varient selon les régions.

Parmi les nombreux rites associés à cette fête, l’un des plus emblématiques est la cérémonie des lanternes. Les participants déposent sur l’eau des lanternes de papier contenant une bougie, guidant ainsi les âmes des défunts vers l’au-delà. L’eau, omniprésente dans les histoires de fantômes, est perçue comme un lien entre le monde des vivants et celui des morts. Comme les miroirs, elle crée des reflets qui, dans certaines croyances, capturent les âmes. Ce motif est repris dans plusieurs œuvres, notamment dans le film Dark Water.

À l’origine, Botan Dōrō est une simple histoire d’amour entre un jeune homme et un fantôme. Cependant, au fil de ses adaptations théâtrales, d’abord par des conteurs puis par le théâtre Kabuki, le récit s’enrichit et gagne en complexité. La version présentée dans le film de 1968, réalisé par Satsuo Yamamoto, s’inspire directement de ces interprétations théâtrales enrichies de La Lanterne pivoine.

Botan Doro 02

La solitude attire la solitude

Hagiwara est un jeune homme pur et généreux, entièrement dévoué à aider les autres. Dans son village, il fonde une école qu’il finance lui-même, permettant ainsi aux enfants d’apprendre à lire. Il apporte également son soutien aux villageois dans leur quotidien. Malgré l’affection et le respect qu’il inspire, Hagiwara souffre d’une profonde solitude. Ce sentiment est souligné dès l’introduction du film : dans la maison familiale, il est montré isolé dans un coin du cadre, éloigné du chef de famille et de sa cour. La caméra ne s’intéresse à lui que pour le diminuer, zoomant sur son visage alors que son père le rabaisse violemment.
Cette vision s’oppose à celle des villageois qui l’adulent. Dans ces scènes, Hagiwara est placé au centre du cadre, symbolisant son importance pour ces gens modestes. Pourtant, même dans ces moments, il reste en marge, comme s’il n’était qu’un observateur de sa propre vie.

Cette mise en scène est accompagnée par des travellings latéraux donnant l’impression que quelque chose espionne le jeune homme et apporte de la tension. Dans l’introduction, ces déplacements apparaissent pour la première fois lors de l’arrivée de la belle-sœur d’Hagiwara. Elle est accompagnée d’une musique angoissante. Le trouble ressenti par le public est accentué par l’apparence de la femme, pâle et sans sourcils. Cependant, la menace ne vient pas de ce personnage, mais sous l’apparence d’une belle femme vêtue d’un kimono bleu pâle. Elle remercie Hagiwara pour sa gentillesse lorsqu’il libère des lanternes, scellant le destin funeste de l’homme.

Mirage fantomatique

Otsuyu, fille d’un samouraï déchu, partage une solitude semblable à celle de Hagiwara. Prisonnière d’une vie dans le quartier des plaisirs, elle cherche désespérément à s’échapper. Reconnaissant en elle une âme sœur, Hagiwara se laisse peu à peu séduire. La caméra traduit cette fascination en suivant le regard du jeune homme, effleurant Otsuyu comme pour capter sa beauté. Toujours en mouvement, la caméra alterne entre des plans sur son visage et des détails de son corps, accentuant l’envoûtement. Pourtant, ce que perçoit Hagiwara n’est qu’une illusion : aux yeux des villageois, Otsuyu apparaît comme une créature effrayante, au visage blanc et au regard démoniaque flottant dans les airs.

Lorsque Hagiwara découvre la véritable nature de son amante, le réalisateur exploite le son pour représenter l’emprise du fantôme. La voix d’Otsuyu, résonnant avec un écho hypnotique, semble asservir Hagiwara et le maintenir sous son contrôle. Face à cette menace, les villageois s’unissent pour sauver leur bienfaiteur. Ils l’enferment dans sa demeure, protégée par des talismans, afin de l’empêcher de suivre l’esprit maléfique. Ce passage évoque l’épisode des sirènes dans l’Odyssée d’Ulysse, où le héros doit résister à une attraction fatale.

Mais est-ce réellement le pouvoir d’Otsuyu qui mène Hagiwara à sa perte, ou bien son désir désespéré de briser sa solitude ? Le doute persiste jusqu’aux dernières secondes du film. Une autre interrogation plane également : cette tragédie ne serait-elle pas une punition pour avoir défié les ordres du chef de famille ?

Botan Doro 01

Il faut suivre les règles

Au Japon, la famille, en particulier dans les milieux les plus aisés, structure la vie de ses membres selon une hiérarchie stricte et des règles rigoureuses. À sa tête se trouve le chef de famille, généralement le père, suivi par le fils aîné, son héritier, puis par les autres fils dans l’ordre de naissance. Les femmes ont peu d’importance dans ce système en dehors du mariage. Elles ne servent qu’à enrichir la famille et produire un héritier mâle. Le mariage représente transaction financière qui doit être profitable pour les deux parties.

Dans la famille du héros, le frère aîné est décédé peu de temps après son mariage. Ce tragique évènement met le père d’Hagiwara dans une situation délicate. Le village, ayant envoyé la jeune femme, menace la famille en affirmant que leur honneur, ainsi que celui de l’épouse, est bafoué. C’est pour cela que le père de Hagiwara ordonne à son fils d’épouser sa belle-sœur. En refusant d’obéir, il amène le déshonneur sur la famille. Plusieurs fois, le personnage est menacé d’être exclu et laissé sans le sou. Lors d’une rencontre avec sa mère, Hagiwara est prévenu de l’arrivée d’un malheur s’il s’entête. Une scène suivie par un tête-à-tête avec le fantôme.

La rencontre entre Hagiwara et le fantôme prend une dimension moins romanesque, mais demeure profondément tragique. Le O Bon, fête dédiée aux visites des ancêtres parmi les vivants, pourrait-il symboliser une punition infligée à Hagiwara par l’un des siens ? L’histoire de son amante présente une résonance troublante : elle aussi a cherché à échapper à son devoir, n’y parvenant qu’en choisissant la mort. Le film avertit le spectateur que, dans cette société, le désir de liberté se paie cher. Une autre interprétation peut être trouvée dans la scène d’introduction, notamment à travers le personnage de la belle-sœur.

Pris au piège par le destin

Ce personnage représente bel et bien une menace pour le protagoniste, celle de l’enfermement. Hagiwara le dit lui-même, il ne souhaite pas être prisonnier d’un mariage sans amour. Lorsqu’il croise sa belle-sœur, le réalisateur enferme le personnage dans le cadre. Il est cerné par le mur et les panneaux, impossible de fuir.
Le protagoniste vit en permanence comme enfermé dans une cage, accablé par le poids de ses responsabilités. Il porte à la fois le fardeau de son devoir filial et celui de bienfaiteur des villageois, qui lui rappellent constamment qu’ils dépendent de lui. La mise en scène accentue cet enfermement, créant une atmosphère oppressante en réduisant l’espace autour de lui grâce à des zooms et des travellings avant. Ce sentiment d’étouffement reflète également l’emprise de l’esprit, car même Otsuyu le supplie sans cesse de rester auprès d’elle. Hagiwara est condamné à une tragique fatalité.

Botan Dōrō est une magnifique histoire de fantômes japonais classique, où le tragique se mêle à une douce amertume.



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Article rédigé par Faye Fanel

Ses films préférés - Chantons sous la pluie, The Thing, La maison du diable, Evil Dead 2, Fire walk with me... Ses auteurs préférés - JRR Tolkien, Stephen King, Amélie Nothomb, Lovecraft, Agatha Christie... J’adore le cinéma d’horreur et parler de mes nombreuses passions dans mes podcasts sur James & Faye ainsi que sur le site Les Réfracteurs.


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