Frottez-vous à Linda Blair, l'amazone vengeresse des Rues de l'enfer, avec Toutes les couleurs du bis

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Les Rues de l’enfer ou les chasses de la comtesse Blair

Un texte signé André Quintaine

Nationalité
USA
Année de production

1984
Réalisation

Danny Steinmann, Tom DeSimone
Titres alternatifs

Savage Streets
Interprètes

Linda Blair, John Vernon, Robert Dryer, Johnny Venocur, Sal Landi, Scott Mayer, Debra Blee, Lisa Freeman, Marcia Karr...

Les Rues de l’enfer se pose comme un film plutôt crapuleux. On ne se montrera donc pas surpris qu’il ait été si souvent rejeté par les différents comités de censure devant lequel il s’est présenté de par le monde. En effet, impossible de laisser passer une œuvre pareille quand on a hérité de la responsabilité de préserver la population des aspects les plus sordides de notre belle civilisation.

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Lorsque Les Rues de l’enfer sort en salles, au début des années 80, des pays comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne sont obsédés par la violence contenue dans les films qui ont recours à un nouveau support pour se répandre : la VHS. Louées à la vidéothèque du quartier, les cassettes se retrouvent au cœur des foyers d’honnêtes citoyens. Pire, les enfants sans surveillance peuvent facilement se retrouver en contact d’images qui ne sont pas appropriées à leur jeune âge.

Aujourd’hui, la crainte que pouvait générer les conséquences de la vision d’une jeune femme malmenée par des voyous peut sembler extravagante. En particulier lorsque internet déborde de gonzos dans lesquels des hommes maltraitent méthodiquement des représentantes de la gent féminine sans que cela n’interpelle personne.

Mais ces visions de violence inquiétaient alors. Et les parents, qui craignaient qu’elles ne finissent par insensibiliser la population face à la violence, s’organisaient pour protéger leurs enfants. C’était évidemment peine perdue, car il y avait bien trop d’argent à se faire en filmant la brutalité quotidienne.

D’autant plus que ces organismes, qui interdisaient et censuraient les films débordant de scènes jugées choquantes, oeuvraient de manière autoritaire et sans aucune cohérence. Les coupes pratiquées maladroitement, ainsi que les interdictions statuées arbitrairement, donnaient la sensation d’avoir été décidées par quelques censeurs en mal d’autorité. Sur le sujet, le récent Censor (2021) réalisé par Prano Bailey-Bond se montre franchement pertinent.

Quoi qu’il en soit, pour les gouvernements de l’époque, la censure offrait l’avantage de pouvoir désigner un coupable tout trouvé à la montée de la violence que les politiques étaient en charge d’éradiquer. Car, toutes les exactions contenues dans ces films existent bel et bien dans la réalité. Dès lors, il est parfaitement de mauvaise foi d’accuser ce genre de produits d’attiser la violence ou de la provoquer. Bien au contraire, en dévoilant les horreurs dont sont capables nos sociétés, on porte à la connaissance, on dénonce, on accuse.

Et dans ce contexte, même un film d’exploitation aussi crapuleux que Les Rues de l’enfer peut éclairer…

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Brenda est à la tête d’un gang de filles. Elle et ses chicas arpentent ainsi crânement les rues de la ville. Régulièrement, elles se mesurent à une autre bande, cette fois composée de quatre garçons, responsables de l’insécurité qui règne dans les rues. Brenda les méprise et leur joue un sale tour sans imaginer une seule seconde que la riposte puisse être aussi retentissante… En effet, les vauriens décident de se venger en violant Heather, la sœur sourde et muette de Brenda.

Les Rues de la violence est un film d’exploitation. Les preuves sont accablantes. D’une part, parce que les protagonistes sont dépeints comme des idiots dignes d’un Troma, sans pour autant que le réalisateur fasse preuve de distance et d’humour décalé. D’autre part parce que la violence gratuite n’a d’égale que cette séquence de douche totalement inutile, culminant en un échange de coups entre rivales en costume d’Eve.

À la tête de l’entreprise, on trouve, au départ, Tom DeSimone, réalisateur qui s’est tourné vers la réalisation de miteuses séries B (son chef-d’oeuvre : Une nuit infernale, 1981) après une carrière débutée dans le porno (Prison Girls, 1972). Au bout de quelques jours de tournage à peine, le bonhomme se voit remplacé par un autre comparse, également issu du X, Danny Steinmann. Son principal fait d’armes : avoir mis en scène l’épisode le plus détesté des fans de la franchise Vendredi 13… Vendredi 13, chapitre V : Une nouvelle terreur (1985).

À la vue des Rues de l’enfer, on devine d’ailleurs ces difficultés de tournage, doublées d’un manque de moyens évident. Comme cela arrive parfois, ces handicaps vont toutefois s’avérer bénéfiques.

D’abord, parce qu’il se dégage du film un brin d’hystérie qui se marie de manière intéressante avec les rues clinquantes de Los Angeles où se déroule l’action. Par exemple, les personnages, sanguins, fougueux, agissent sans jamais réfléchir. Dès lors, les mecs sont des ordures. Et les filles vulgaires. Au final, cette impulsivité ajoute un brin de folie à l’histoire, comme si l’inattendu guettait au coin de chaque ruelle. Quant à la musique rock typique des années 80, elle colore l’action pour lui donner une belle patine années 80.

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Les Rues de l’enfer s’affirme également comme sous-produit du film Un justicier dans la ville (1974) qui relatait la justice rendue par un homme dont la fille avait également été violée par des crapules. La comparaison ne va pas forcément se révéler aux dépens des Rues de l’enfer qui propose une intrigue plus élaborée et riche. En effet, la quête de justice de Charles Bronson cadençait seule le film de Michael Winner au rythme des mises à mort. En revanche, celle exercée par la vénéneuse Brenda se concentre dans les dernières minutes.

Le final, haut en couleur, prend l’apparence d’une chasse à l’homme n’offrant que peu de mystère sur l’issue à laquelle peuvent prétendre ses proies et conclut de manière spectaculaire le film. Mais auparavant, Les Rues de l’enfer sait se montrer tout aussi divertissant. En particulier en faisant le choix de s’engager dans la voie ouverte par les films de violence juvénile comme Les Rues de feu (1984) ou Class 1984 (1982).

Un choix qui s’appuie énormément sur les personnages et leurs émotions à fleur de peau. Par exemple, avec Vince (Johnny Venokur) dont nous faisons la connaissance dès les premières secondes du film… Pour intégrer le gang du charismatique Jake, il doit s’opposer à son père. Autrement dit, le voilà désormais soumis à Jake. Provenant d’une classe sociale plus élevée que celle de ses nouveaux amis, Vince mettra en évidence des difficultés à tourner le dos à ses valeurs morales et à s’adapter au nihilisme prôné par Jake. Cette désillusion est l’un des moteurs du film.

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Grâce à l’interprétation survoltée livrée par Robert Dryer, on comprend parfaitement la fascination que Jake peut exercer sur ses acolytes. Mais c’est surtout un type déjanté et très dangereux…

La scène de viol qui figure dans le film n’a pas usurpé sa sordide réputation. Même largement censurée. Il faut dire que l’interprétation de Linnea Quigley fait mouche. Le film se permet même une petite séquence pour rendre le crime encore plus dramatique. Dans cette scène, la jeune femme, bien naïve, se laisse prendre au jeu de l’un de ses tourmenteurs incarnés par Scott Mayer. C’est simpliste, certes, mais redoutablement efficace pour que l’on se mette à profondément détester cette bande de loosers dont on ne manquerait le supplice pour rien au monde.

C’est Linda Blair qui va se porter volontaire pour exécuter cette corvée. Pour celle qui incarnait la petite Regan dans L’Exorciste de William Friedkin, Les Rues de l’enfer représente assurément une chute vertigineuse. Néanmoins, la star, professionnelle jusqu’au bout des ongles, ne prend pas son travail par-dessus la jambe et livre une interprétation savoureuse.

Si, la plupart du temps, le duel à distance que se livrent Robert Dryer en drogué psychopathe et Linda Blair en amazone pas commode peut s’avérer un peu gauche, infantilisant même, il vaut néanmoins largement le coup d’oeil et Les Rues de l’enfer demeure toujours, après toutes ces années, fortement recommandable.


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Article rédigé par André Quintaine

Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma