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Rawhead Rex – Le monstre de la lande n’a rien d’un film notoire. Certains diront même qu’il est médiocre. Mais, le film est tiré d’une nouvelle de Clive Barker… Et, malgré une réalisation paresseuse, un budget au ras des pâquerettes, des artistes au talent discutable, la pellicule n’arrive pas à se débarrasser de l’essence qui caractérise les écrits de l’un des maîtres de l’épouvante. Stephen King disait en parlant du bonhomme : J’ai vu l’avenir de l’horreur et il s’appelle Clive Barker. Un présage dont on trouve de nombreux signes dans le film de l’inconnu George Pavlou et qui expliquent, probablement, pourquoi Rawhead Rex subsiste dans l’inconscient collectif. Le film continue d’ailleurs de sortir en DVD ou Blu-ray et d’être diffusé sur tous les réseaux, confirmant un tempérament certain…


Un monstre sommeille sous terre. Ramené par malheur à la surface, il s’en prend à la vie des gens qui habitent un petit village irlandais. Un Américain écrivant un livre sur les légendes locales tente de résoudre le mystère qui entoure l’église de la paroisse…
Si l’histoire se déroule de manière monotone, quelques fulgurances viennent régulièrement surprendre le spectateur. Comme l’étonnante mise à mort d’un enfant, juste pour faire avancer l’histoire. L’instant déconcerte. On ne s’attend vraiment pas à quelque chose d’aussi outrancier dans un film qui ronronnait jusqu’alors comme un vieux diesel. Une séquence dont la construction suggère une belle description sur papier. La traduction sur pellicule laisse toutefois à désirer ; au point que la réalisation peu inspirée gâche le potentiel dramatique de la scène.

Plus loin, la perspective d’une église construite sur une terre bénie par les démons s’avère un élément franchement attrayant. En effet, l’idée permet de confronter des hommes de Dieu avec le Mal. À nouveau, le film transpose le concept plutôt mollement en images. Toutefois, Rawhead Rex délivre à nouveau un épisode saisissant. Stupéfiant même, au point que l’on se frotte les yeux pour s’assurer qu’on n’est pas en train d’halluciner lorsque le monstre se met à se soulager sur un prêtre accueillant la douche dorée à bras ouverts.
Voilà, a minima, deux séquences résolument subversives que l’on aura tendance à attribuer à l’imagination transgressive de Clive Barker plutôt qu’à George Pavlou, eu égard à la filmographie plutôt modeste de ce dernier. Toutefois, la séquence du cureton souillé par le pipi du démon bénéficie d’une jolie ambiance résolument gothique s’appuyant sur l’architecture de l’église et de son cimetière attenant. Le moment de bravoure annonce même un final ubuesque, dans lequel les villageois vont tous en venir à prêter leur allégeance au démon, rachetant un développement de l’histoire jusqu’àlors plutôt poussif.
Dans le rôle principal, l’interprétation livrée par David Dukes n’est pas mauvaise, parvenant même à émouvoir lors des moments les plus dramatiques. Pour autant, l’acteur ne colle pas au personnage. Difficile à dire pourquoi… Manque de carrure, de charisme, ou est-ce tout simplement parce qu’il ne correspond pas aux clichés d’usage ? Dans tous les cas, l’acteur s’avère peu crédible dans le rôle d’un héros censé détruire le Rawhead Rex.

Le constat se révèle identique en ce qui concerne la crédibilité du couple que le garçon forme avec Kelly Piper, actrice dont le seul fait d’armes est d’avoir été l’une des victimes du Maniac (1980) de William Lustig. L’interprétation n’est pas en cause. Difficile en revanche d’apprécier ce personnage féminin qui souffre dès le début d’une présentation franchement détestable. On la voit maugréer à l’encontre de ses enfants trop bruyants, râler sur le village trop éloigné de la ville… On ne parierait pas un kopeck sur la longévité de son couple qu’on imagine même en instance de divorce. Mais non, son mari l’adore et on se demande bien ce qu’il peut trouver à une femme aussi ronchon…
Dans un autre registre, les deux curés incarnés par Ronan Wilmot et Niall Toibin semblent tout aussi incongrus, semblant cacher quelque chose dès l’entame. Jamais, néanmoins, ne sera révélé l’étendue de leur connaissance quant à incongruité de l’emplacement sur lequel se dresse leur église.
Si le film se montre souvent incohérent, il n’en est pas bâclé pour autant. D’ailleurs, Rawhead Rex tient ses promesses… Ainsi, on ne se balade qu’une seule fois sur la lande, mais le dépaysement est garanti. L’action se déroule souvent de nuit avec des séquences nocturnes bleutées qui assurent un charme typique des années 80. Les flics, pour leur part, ne déçoivent pas non plus, cumulant avec le talent qu’on leur connaît bêtise et incompétence. Rawhead Rex, c’est aussi quelques effets gores à base de décapitation, de profondes et belles déchirures ou encore de généreuses effusions de sang. Clou du spectacle toutefois, l’arrachage d’une chemise qui, savamment orchestré, libère joyeusement une jolie paire de seins.

Rawhead Rex souffle le chaud et le froid, à l’image de son monstre. Peu expressif comme on peut facilement s’en rendre compte puisque George Pavlou s’entête à vouloir le cadrer en gros plan. N’empêche, quelle allure ! Même si son apparence ne correspondait pas du tout à ce qu’avait imaginé Clive Barker.
Au milieu des années 80, le romancier suscitait un vif intérêt de la part du monde du cinéma. En effet, en plus de Rawhead Rex, Transmutations, réalisé une année plus tôt, s’inspirait aussi des écrits du romancier. Deux séries B qui vont s’avérer suffisamment éloignées de l’aspect macabre qui caractérise les œuvres de Clive Baker pour décider l’écrivain à adapter lui-même Le Pacte, Hellraiser. Autrement dit, il n’y aurait peut-être pas eu de Hellraiser (1987), de Cabal (1990) ni même de Lord of illusions (1995) sans le semi-ratage de George Pavlou.
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Article rédigé par André Quintaine
Ses films préférés - Frayeurs, Les Griffes de la Nuit, Made in Britain, Massacre à la Tronçonneuse, Freaks... Passionné de cinéma de genre, oeuvre également sur les blogs ThrillerAllee consacré au cinéma allemand et L'Écran Méchant Loup dédié aux lycanthropes au cinéma











