|
|
Nationalité |
Rossosperanza de Annarita Zambrano explore l’Italie des années 90 aux côtés d’une jeunesse en soif de liberté se débattant avec les restes du fascisme.
Zena, fille du médecin du pape et petite fille d’un fasciste, est admise dans une maison de redressement, dernier espoir des bonnes familles désespérées face à une adolescence en pleine rébellion. Elle y fait la rencontre de Marzia, nymphomane, Alfonso, gay et exubérant, Adriano, muet depuis la mort de sa mère.


Sorte de conte de fée onirique et électrique, Rossosperanza explore le passé douloureux, mais libérateur comme un cri de rage des quatre protagonistes. Zena est le fil rouge, on la voit se rêvant DJette, trimbalant ses disques partout avec elle, abordant un bec de lièvre, mais gardant sans cesse une place d’observatrice mutique. Notamment quand elle suit partout son frère, un gentil benêt, qui est moqué par leurs cousins. Assistant à des scènes de plus en plus gênantes, elle finit par craquer et commettre un geste aussi libérateur que définitif.
Elle n’est cependant pas la seule. Les flash-backs de chaque personnage les montrent ayant des gestes sensiblement comparables, bien qu’on puisse voir une montée dans la violence, ainsi que dans la mise en scène qui est de plus en plus graphique.
En effet, si la mise en scène des séquences dédiée à Zena est assez douce, évoquant des souvenirs de vacances ensoleillés, de scènes plus ou moins innocentes où la perversité est rampante, le mal tapi, en revanche celle suivant Alfonso est plus brute. Les décors de marbre sont étouffants, massifs, écrasants comme dans un giallo. À l’inverse, Adriano a droit à une séquence d’animation à la poésie folle qui colle parfaitement à son personnage. Marzia conclut ce voyage dans le passé, bouclant la boucle, avec une scène digne d’un film d’horreur américain des années 80.


De l’aveu de sa réalisatrice, le film est un cri de rage. On perçoit la lutte viscérale des jeunes gens contre l’Italie conservatrice qui est sans cesse dans un carcan traditionaliste, où perdure une certaine nostalgie du fascisme. Ce qui n’est pas sans rappeler les difficultés actuelles de l’Italie. Cette adolescence rebelle s’oppose également au caractère clérical de l’Italie, encore mère patrie du Vatican.
Annarita Zambrano signe là son second long métrage. Après avoir réalisé plusieurs courts, et un documentaire, L’anima del Gattopardo sort en 2017. On y suit un révolutionnaire italien réfugié en France avec sa fille qui perd l’asile politique et voit sa famille restée en Italie menacée. Il y a une nette différence de traitement, Rossosperanza étant bien plus punk, mais on retrouve la vision sans concession et critique de l’Italie post fascisme.
TEST DU BLU-RAY/DVD
|
Sorti chez Blaq Out, en DVD seulement, Rossosperanza affiche ses couleurs pêchues et sa musique électro dans un disque de bonne facture. La piste sonore est en version d'origine, italienne, sous-titrée en français en 5.1. Le disque comporte un bonus, en outre de la bande-annonce, c'est l'interview de la réalisatrice lors de son passage à Cannes. Elle revient sur la production du film, son rapport à celui-ci et le choix du basculement dans l'horreur. |
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Article rédigé par Sophie Schweitzer
Ses films préférés - Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà - Ses auteurs préférés - Oscar Wilde, Sheridan LeFanu, Richard Mattheson, Stephen King et Poppy Z Brite

