Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

Commandez en cliquant sur la bannière...

Ou continuez votre lecture avec...

Un Citoyen se rebelle – Nero en mode coup de pompe

Un texte signé Vincent Trajan

Nationalité
Italie
Année de production

1974
Réalisation

Enzo G. Castellari
Titres alternatifs

Il cittadino si ribella
Interprètes

Franco Nero, Giancarlo Prete, Barbara Bach, Renzo Palmer, Romano Puppo

Dans les années 70, le polar italien bascule dans une autre dimension. Alors que les gialli explosent à la suite d’Argento et que les westerns spaghetti commencent à s’essouffler, un nouveau sous-genre s’impose dans les salles transalpines : le poliziottesco. Brutal, nerveux, parfois anarchisant, parfois franchement fascisant, il cristallise toutes les tensions d’une Italie en crise. Et parmi les fleurons de cette vague coup de poing, on trouve en 1974 UN CITOYEN SE REBELLE (IL CITTADINO SI RIBELLA), réalisé par un Enzo G. Castellari en grande forme, qui retrouve ici celui qui deviendra vite son acteur fétiche : Franco Nero.

Un citoyen se rebelle 01

La carrière de Castellari, c’est justement un joli morceau de l’histoire du cinéma de genre italien. Fils du réalisateur Marino Girolami, il débute logiquement comme assistant sur les tournages de son père, avant de voler de ses propres ailes dès le milieu des années 60. Et très vite, le bonhomme s’impose comme un artisan doué, touche-à-tout, capable d’aligner des réussites dans quasiment tous les registres de l’époque : westerns (avec le très réussi 7 WINCHESTERS POUR UN MASSACRE en 1968), polars (LA POLICE ACCUSE, LA LOI ACQUITTE en 1973), films de guerre (UNE POIGNÉE DE SALOPARDS en 1978), voire même vigilante hard boiled avec l’impressionnant THE BIG RACKET en 1976.

Et bien sûr, impossible de ne pas citer son western crépusculaire culte KEOMA, tourné en 1976, véritable sommet de sa collaboration avec Franco Nero. Bref, Castellari, c’est un peu le champion toutes catégories du cinéma populaire italien, un type qui ne réinvente pas la roue, mais qui sait très bien la faire tourner — vite et fort.

Un citoyen se rebelle 02

Le film commence comme beaucoup de polars italiens de l’époque : sur une scène de violence. En l’occurrence, un braquage, aussi sale qu’expéditif, dont l’une des victimes directes est Carlo Antonelli, ingénieur respectable et citoyen modèle, que Franco Nero incarne avec une intensité contenue. Traumatisé, incompris par les flics, méprisé par les institutions, Antonelli décide alors de prendre les choses en main. Et autant dire qu’il ne va pas y aller avec le dos de la cuillère.

Mais attention, pas de flingues qui brillent, ni de punchlines façon Charles Bronson ici. Contrairement à ce que son affiche pourrait laisser croire, le film ne verse pas dans la glorification du justicier solitaire. Bien au contraire, Castellari construit une descente aux enfers. Antonelli n’a rien d’un cow-boy urbain : il est hésitant, maladroit, souvent dépassé. S’il cogne, c’est plus par instinct de survie que par goût de la castagne. Et cette fragilité en fait toute la richesse. On est loin de DEATH WISH, qui sort d’ailleurs la même année, et qui préfère jouer la carte de la vengeance assumée.

Un citoyen se rebelle 03

Car UN CITOYEN SE REBELLE est avant tout un film sur l’impuissance. Celle d’un homme face à un monde qui s’écroule, d’un citoyen à qui on demande d’être patient pendant qu’on laisse courir les criminels. Castellari filme une Gênes étouffante, crade, aux ruelles tortueuses, presque aussi menaçantes que les voyous qui y traînent. Le décor urbain devient un personnage à part entière, un labyrinthe anxiogène dans lequel Antonelli se perd à mesure qu’il tente de se retrouver.
Et comme souvent chez Castellari, la forme suit le fond. Les scènes d’action, bien que peu nombreuses, sont nerveuses, physiques, rugueuses et offrent de vrais moments de tension pure, sans musique pompeuse ni montage épileptique. À l’image du film, finalement : sec, direct, brutal.

Mais là où UN CITOYEN SE REBELLE se distingue vraiment, c’est dans sa dimension sociale. Pas de manichéisme ici. Le film ne donne pas raison à Antonelli, mais ne le condamne pas non plus. Il le montre, simplement, dans sa lente mutation, dans cette spirale où le bien et le mal se brouillent, où la justice ne ressemble plus qu’à un slogan vide. Même la relation entre Antonelli et le jeune voyou Tommy (joué par Giancarlo Prete) déjoue les attentes : d’abord instrumentalisée, elle devient peu à peu le seul lien humain sincère du film. Et c’est peut-être ça, le plus tragique.

Un citoyen se rebelle 04

Certes, tout n’est pas parfait. Le scénario tient parfois avec des ficelles un peu usées, et les méchants sont souvent réduits à des gueules cassées sans trop de nuances. Mais on s’en fiche un peu, car l’essentiel est ailleurs : dans cette ambiance désabusée, ce désespoir palpable, cette violence sourde qui gangrène tout. Castellari ne fait pas un film de vigilante, il fait un film sur le moment où un homme lâche prise, où le citoyen se délite.

Au final, UN CITOYEN SE REBELLE s’impose comme l’un des meilleurs exemples du poliziottesco « à hauteur d’homme », loin des flics ultra-virils et des mafieux bigger-than-life. Ici, la révolte est sale, incertaine, inconfortable. Et c’est justement ce qui le rend si moderne…



Le film bénéficie d'une sortie sur support physique :

=> Commandez chez notre partenaire Metaluna et une partie du montant de votre achat sera reversée à Sueurs Froides. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER. Merci.

=> Spécificités du DVD/Bluray sur le site de SIN'ART

Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix :
=> Pour rester en contact, abonnez-vous à la newsletter.
=> Pour soutenir financièrement notre éditeur Sin'Art, faites un don de 5, 10 ou 15 euros.
=>Vous pouvez aquérir aussi pour 8,80 € le n°37 de Sueurs Froides au format papier

Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci !


Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :

=> Cold Eyes of Fear

=> The big racket

=> Une Poignée de Salopards


BANDE ANNONCE :

Article rédigé par Vincent Trajan

Ses films préférés - Le Bon, la Brute et le Truand, Le Nom de la Rose, Class 1984, Les Guerriers de la Nuit, Nosferatu - Ses auteurs préférés - Maxime Chattam, Stephen King, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jean-Christophe Grangé